MCD



 

LOUDERBACH : FUNÉRAILLES MINIMALES

 

 

Lacrymale et hypnotique, la musique de Louderbach fait le pont entre technominimale acétique et expériences terminales post-punk. Autumn, leurdeuxième album, renouvelle l'idée que l'on se fait des deux genres.

Certains l'ont sûrement oublié en ces temps de revival 80 incontinent,mais cette époque n'était pas uniquement vouée aux gémonies del'electro-pop guillerette et à l'avènement d'une dance music calibrépour les radios. Dans les recoins les plus obscurs de la productionpost-punk et expérimentale, de nombreux artistes repoussaient lesfrontières de la production musicale (et souvent de la morale). C'estde cette musique extrême dont Louderbach se fait l'écho. Projet menédepuis 2004, entre Berlin et Los Angeles, par le producteur Troy Pierce(Minus) avec son ami Gibby Miller, le duo forme un couple étrange quientérine définitivement l'union si actuelle du post-punk et del'electro, mais versant "dark side" cette fois. Pour nous, ils ont bienvoulu éclairer les zones d'ombres de ce sombre album. Dialoguetransatlantique.

Troy, à New York, tu étais connu pour les soirées minimales quetu organisais. Etait-ce pour toi une façon de lutter contre les racinesdisco et punk rock de la ville ?
Troy Pierce : En vérité, je ne suis pas sûr que j'étais réellement enlutte contre quoi que ce soit. J'étais juste vraiment impliqué dansl'univers techno et, dans cette optique, je pensais que peut-êtred'autres personnes pourraient l'être également. Donc, il n'était pasjuste que tous ces gens n'aient pas un endroit où se retrouver. Jevoulais juste pouvoir réunir ceux qui cultivaient la même passion quemoi. Je me moquais de savoir s'ils seraient 50 ou 200, l'importantétait de se retrouver autour de cette musique. Et plus prosaïquement,je voulais aussi avoir la possibilité de jouer les tracks que j'aimaisafin de gagner assez d'argent pour pouvoir me payer un taxi et rentrerchez moi une fois la fête finie !

Comment vous êtes vous rencontré toi et Gibby ?

TP : Très simplement, à New York, au cours d'une soirée grâce à un amicommun. Á l'époque, il était très punk (et il l'est toujours). Il estvenu vers moi et m'a demandé comment je connaissais la musique que jepassais. On a tout de suite accroché et nous nous sommes revus par lasuite. Nous avons de nombreux centres d'intérêts en commun, dont unsens de l'humour plutôt acerbe.

Depuis Enemy Love, en 2006, on peut dire que la musique de Louderbachest plutôt froide et minimale. Elle me fait penser à cette scène coldwave et industrielle des années 80, Coil, Throbbing Gristle, JoyDivision ou même New Order pour le côté dansant. Étais-tu impliqué danscette scène avant de faire de la musique électronique ?

TP : Pas vraiment en fait. Je connaissais cette musique en effet depuisFront 242 ou Nitzer Ebb, mais je n'ai jamais réellement fait partie decette "scène", pas en tant que musicien en tout cas.

Et aujourd'hui ?

TP : Oui, actuellement je dirais que je découvre beaucoup plus dechoses de cette époque. Gibby connaît très bien cette musique, il m'afait découvrir de nombreux groupes dont je ne connaissais même pasl'existence auparavant. C'est une époque très riche dont lesproductions sont encore extrêmement pertinentes aujourd'hui. Mais, mêmesi notre musique avec Louderbach s'en rapproche, je ne me considèretoujours pas comme faisant partie de cette scène.

Donc Louderbach n'est pas vraiment une façon de rendre hommage à cettescène des 80's non plus ? Ce n'est pas un projet nostalgique ?

TP : Au début nous n'avons pas entamé ce projet dans cette optique,mais, au fil du temps, j'avoue que cela m'a effleuré. Je trouved'ailleurs que cela sonne très bien ce concept "minimal wave" ou"minimal post-punk". C'est très pertinent aujourd'hui alors que tout lemonde redécouvre cette époque. Ce genre d'étiquette est toujours un peustupide bien sûr, mais cette scène est pour une bonne part de ce quenous sommes devenus. C'est assez évident si tu écoutes Plastikman, BabyFord ou Gary Numan et Japan par exemple.

Penses-tu que la techno minimale, dans son ascétisme, doit particulièrement à ces groupes ?

TP : Pour certains c'est certain ! Bauhaus et Joy Division, parexemple, pour la production, le côté rythmique… Ce sont deux de mesgroupes favoris de tous les temps. Certains de leurs morceaux sonttellement avant-gardistes, tellement épurés et étranges… Pour moi c'estdéjà de la minimal techno : une musique épurée et étrange, la musiqued'une autre planète.

[...]
propos recueillis par Maxence Grugier

Louderbach, Autumn (M_nus / La Baleine) Infos: www.myspace.com/louderbach
Troy Pierce: www.myspace.com/troypierceminus Dais Records: www.daisrecords.com 

 
Extrait de : MCD n°53

En relation