XFRMR / Robbie Thomson en haute-tension électrique

XFRMR Robbie Thomson MAC EXIT 2016

Porté par l’incandescence électrique live de sa bobine Tesla à haute-tension, la pièce XFRMR de l’artiste écossais Robbie Thomson propulse le spectateur dans une intense expérience électromagnétique.

En pénétrant sur l’arrière-plateau de la grande salle de la maison des Arts de Créteil, servant de cadre inopiné et un brin industrieux à la pièce live XFRMR (« Transformer ») du jeune artiste écossais Robbie Thomson, présentée dans le cadre du festival EXIT 2016, on pressent déjà la nature électrique de la performance qui va suivre. Enfermée dans sa cage, comme un animal aux abois, une bobine tesla attend de faire jouer sa rutilance résonante dans un déferlement de fréquences et d’étincelles électriques. Quelques secondes suffisent d’ailleurs au musicien pour lancer le dispositif dans sa dimension de machine sonique et audiovisuelle infernale. Rivé sur ses instruments-contrôleurs à quelques encablures de la « bête », celui-ci essaye de dompter la formidable énergie grésillante qui se dégage de son noyau cylindrique et se nimbe d’effets de projections en surimpression. Un exercice d’intensité total aux contours hypnotiques rapidement fascinants.


image © Robbie Thompson

« Je souhaitais travailler avec des dispositifs à haute-tension et c’est comme ça que j’ai été amené à travailler avec une bobine Tesla », explique naturellement Robbie Thomson. « Au départ, c’était d’abord pour ses qualités visuelles ainsi que pour la perspective historique qui s’en dégageait [ce transformateur électrique, permettant d’atteindre de très hautes tensions, a été mis au point dès 1891 par son inventeur, Nikola Tesla]. Je n’étais pas encore conscient de son potentiel musical et je n’avais notamment pas idée que cette machine était capable d’une telle gamme de tons avant de commencer à expérimenter avec. »

Concrètement, la bobine Tesla agit comme un transformateur à noyau d’air : c’est l’ionisation de l’air dans le transformateur qui crée le son et la lumière. Mais au-delà de ce phénomène, la machine révèle effectivement de véritables et surprenantes qualités musicales. « La corrélation directe avec la masse sonique, sa spécificité visuelle et la physicalité qui se dégage de la bobine quand on l’utilise comme un instrument électro-acoustique m’ont vraiment poussé à utiliser ce dispositif dans un contexte artistique », confirme d’ailleurs Robbie Thomson.

XFRMR Robbie Thomson MAC EXIT 2016

La nature sauvage de l’électricité

Visuellement, le dispositif n’est pas sans rappeler les installations plus contemplatives – mais tout aussi électriques - de la série Impacts du Canadien Alexandre Burton, par ailleurs présentées dans les mêmes lieux de la MAC de Créteil lors de l’exposition Natures Artificielles du festival EXIT en 2013. Une manière de conforter en tout cas l’intérêt que peut avoir ce genre de dispositif procédant de phénomènes naturels dans la nouvelle nébuleuse art/Science qui se dessine actuellement. « Je crois sincèrement que l’utilisation de ce type de dispositif "technologique", capable de produire des phénomènes naturels - ce qui est le cas de la bobine Tesla - et de synthétiser de la matière audiovisuelle, est particulièrement pertinente pour des artistes contemporains », acquiesce Robbie Thomson. « La science franchit constamment de nouvelles frontières, qu’il s’agisse encore aujourd’hui de l’intelligence artificielle ou des nanotechnologies, qui permettent aussi de dompter l’univers physique qui nous environne. Il est donc toujours intéressant de considérer la nature sauvage de l’électricité car on considère trop souvent à tort qu’on la maîtrise complètement aujourd’hui. »

XFRMR Robbie Thomson MAC EXIT 2016
 

En termes de maîtrise, la scénographie de XRFMR prône en tout cas une véritable esthétique du danger. « La scénographie est une mixture de considérations esthétiques et d’autres beaucoup plus pragmatiques », indique à ce propos Robbie Thomson. « La cage de Faraday qui enserre la bobine est nécessaire pour contenir les champs électromagnétiques créés par la décharge électrique et comme point d’ancrage reliée à la terre [Une cage de Faraday, d’après son créateur Michael Faraday, est une enceinte utilisée pour protéger des nuisances électriques et électromagnétiques. Elle est donc étanche aux champs électriques et joue aussi le rôle de blindage électromagnétique]. Mais c’est aussi une structure qui a beaucoup de potentiel comme surface de projection ou surface lumineuse. »

Pour insuffler encore plus de dynamique à la performance, Robbie Thomson articule au dispositif des effets sonores crus en prise direct et un traitement audiovisuel live cadenassé. « Tous les sons sont créés avec Ableton et avec des synthétiseurs qui processent les sons  envoyés directement par la bobine. Les tonalités produites en live par la Tesla et captés par les microphones sont également intégrés dans le mix. Donc en fait, ce que l’on voit est ce que l’on entend. Pour les visuels, j’utilise Touchdesigner. C’est un excellent logiciel modulaire pour travailler en 3D temps réel. »

XFRMR Robbie Thomson MAC EXIT 2016
 

Touche-à-tout de la sculpture cinétique

Manipuler ce genre de dispositifs requiert une certaine expérience. En l’occurrence, malgré son jeune âge et des débuts artistiques plutôt dans le domaine des arts visuels, Robbie Thomson a acquis la sienne en travaillant principalement à la réalisation de sculptures cinétiques pour des performances et pour le théâtre, à Glasgow, et en collaborant avec de nombreux collectifs résolument « do-it-yourself » et technologiques, comme 85A, Glue Factory et plus récemment au sein de la team Cryptic. « Je produis des dispositifs cinétiques et robotiques depuis des années mais travailler avec la bobine Tesla m’a permis d’explorer une autre direction », précise Robbie Thomson. « Pour cela, j’ai collaboré avec un ingénieur électrique à Glasgow, Steve Conner, qui a créé le design de la bobine et toute sa circuiterie. Ma pièce Ecstatic Arch a été la première où j’ai utilisé la bobine en 2012, mais c’était une grosse installation, où la bobine partageait la scène avec des sculptures cinétiques qui interagissaient chorégraphiquement avec le son et la lumière. J’ai commencé à travailler spécifiquement sur XFRMR l’année dernière, avec l’envie de reprendre cette bobine Tesla et de me concentrer en particulier sur la partie création musicale avec elle. »

Avec ses talents de touche-à-tout de la sculpture cinétique, le jeune artiste écossais s’apprête d’ailleurs à travailler prochainement sur un autre type de projet scénographique et live AV ambitieux, qui devrait être lui aussi propice à une certaine tension électrique. « Je vais commencer à travailler cet été sur un projet live AV basé sur la nouvelle Valis, de Philip K. Dick », explique Robbie Thomson. « C’est une sorte de récit semi-autobiographique autour de la schizophrénie et des problèmes de dépression de son auteur au milieu des années 70. Le show sera un mélange de film, de dispositifs robotiques live et abordera les thèmes de la déficience mentale, de l’intelligence artificielle et de l’astronomie. » De quoi stimuler encore l’électro-encéphalogramme, assurément.

Laurent Catala

Photos: © Digitalarti | JBLuneau


RT Tesla Coil live set from Robbie Thomson 


 

cryptic.org.uk/robbie-thomson

robbiethomson.co.uk

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