United Visual Artists (UVA)

Le collectif UVA (United Visuals Artists), récemment invité par la Gaîté Lyrique pour habiller lumineusement leur bâtiment à l'occasion de son ouverture, est l'un des groupes artistiques les plus productifs dans le domaine des liaisons arts numériques, architecture et espace public, y adjoignant même différentes performances liées à la mode, à la musique ou... aux questions environnementales. Un grand chantier permanent que nous décrypte, Alexandros Tsolakis, l'architecte officiel du collectif depuis janvier 2008 et artisan des projets les plus sculpturaux comme Onward, Speed of Light, Canopy, Connection et Rien à Cacher / Rien à Craindre.

Alexandros, une grande part du travail d'UVA consiste à intégrer des technologies audiovisuelles et lumineuses dans des sculptures iconiques questionnant les espaces publics, les immeubles, les intérieurs, en fait toute une gamme de lieux allant d'églises à des scènes de concerts ou des plateaux de danse. Qu'est-ce qui guide UVA dans cette exploration constante d'autant de registres ?
Quand UVA a commencé en 2003, le collectif travaillait beaucoup sur du design visuel et scénique pour des groupes de musique mais, rapidement, le champ s'est élargi pour aborder d'autres aspects comme les installations lumineuses par exemple. La diversité des membres du collectif a permis d'ouvrir de nouvelles perspectives que nous avons progressivement peaufinées en fonction des opportunités. Finalement, cette approche croisée des pratiques est à la base de notre fonctionnement depuis toujours, même si elle s'incarne encore mieux dans notre évolution plus récente vers les installations lumineuses architecturales permanentes.

Cette approche cadre en plus très bien avec la logique d'anonymat qui semble prévaloir dans le collectif. S'agit-il d'un choix spécifique ?
Il est très difficile de définir le rôle de chacun car, si tout le monde arrive dans UVA avec un background professionnel spécifique, tout le monde travaille dans les faits sur des choses très différentes. Du coup, l'anonymat est un choix très conscient de l'image donné d'UVA. Nous nous pensons comme un collectif et pas de façon individuelle.

Selon moi, l'un des supports artistiques les plus référents d'UVA apparaît dans vos colonnes de lumières et d'ultrasons présentes dans des pièces comme Array (2008) et Volume (2006). Il semble que vous aimez particulièrement travailler sur ces formes de bâtons-lumières que l'on retrouve d'ailleurs aussi dans votre clip pour Battles (Tonto) et qui était encore présente lors de votre invitation à l'ouverture de la Gaîté Lyrique en mars dernier. Qu'est-ce qui vous intéresse particulièrement dans cette forme ?
Présenter des dispositifs tubulaires dans une sorte de quadrillage lumineux est quelque chose qui nous aide à sortir du trop habituel écran plat, qui permet de recréer et de redéfinir une spatialité. En plus, ces éléments ont une simplicité qui nous touche et un vrai potentiel pour créer des jeux d'animations lumineuses articulées.

La plupart de ces installations établissent aussi des relations particulières avec les mouvements des spectateurs. Est-ce que l'interaction est un axe d'intérêt particulier pour vous ?
L'interaction est un outil, pas une fin en soi. Nous ne l'utilisons pas aussi souvent que les gens croient. La plupart du temps, c'est juste une réponse du système pour générer du contenu. Dans chacun de nos projets, nous essayons de trouver un sens en lien avec notre concept de transversalité original, mais l'interaction n'est en aucun cas ce sens.

Qu'en est-il par contre pour le travail sur des grosses structures ? Avec des pièces comme Speed of Light, un enchevêtrement labyrinthique de lasers présenté en 2010 dans l'espace art-industriel de Bargehouse sur les bords de la Tamise, Santral à Istanbul, ou les grosses pendules de Chorus dans la Cathédrale de Durham, il semble que la massivité du lieu soit un critère de choix ?
Notre idée est de travailler dans l'ensemble de l'espace public afin de créer des expériences collectives qui puissent toucher un maximum de gens. Afin d'assurer l'expérience immersive optimales aux spectateurs, il est important de leur donner aussi un espace respirable, où ils pourront profiter de l'instant. Beaucoup des installations que nous faisons sont donc spécifiques à un lieu. Pour nous, ces espaces retenus sont donc déjà en eux-mêmes très intrigants et attractifs, et constituent de fait une partie de l'installation elle-même.

Il en était sans doute un peu de même donc pour la Gaîté Lyrique, où vous avez travaillé sur un projet spécial, Rien à Cacher / Rien à Craindre, une série de dispositifs inspirés par le concept d'utopie mais où la pièce immersive m'a rappelé certains travaux de Kurt Hentschlager par exemple...
Le projet pour la Gaîté Lyrique a une longue histoire qui prendrait trop de temps à être racontée. Heureusement, les personnes intéressées pourront trouver en ligne le "making of" et toutes les idées du concept, comme par exemple le Panopticon qui est une part essentielle du projet.

Pour reprendre cette idée de concept, des pièces comme Triptych, présentée à la Nuit Blanche Paris 2007, Monolith, Londres 2008, l'installation vidéo hereAfter montrée à Londres et Tokyo en 2007, ou encore le couloir virtuel Y-3 A/W 2010 présenté à la Fashion week 2010 de New York font évidemment référence au monolithe noir de Stanley Kubrick dans 2001: L'odyssée de L'Espace. La science-fiction est-elle une influence particulière dans votre travail ? Plus largement, d'où proviennent vos influences, notamment celles contribuant à vos pièces de sculptures lumineuses ?
Disons que la science-fiction est clairement l'une des influences de certains membres de l'équipe. Vous savez, notre équipe est si diversifiée que les influences peuvent autant venir d'un mouvement artistique du passé que d'un profil de hacker informatique truqueur. Tous ces éléments entrent en fait en collision quand nous nous réunissons pour réfléchir en amont à un projet. De cette manière, nos travaux monolithiques peuvent être influencés par des "rencontres du troisième type" comme par des artistes minimalistes des années 60. En fait, c'est un mélange d'influences, d'expériences et de personnes qui finalise le résultat.

C'est donc cette grande variété aussi qui vous fait travailler sur de petites installations numériques comme Contact en 2008 ?
Nous sommes intéressés par toutes les échelles de travail, de l'atome à la Lune !

À la base, UVA travaillait d'ailleurs dans le domaine de la performance visuelle pour concerts rock, comme lors du tour avec Massive Attack, mais aussi comme dans le cadre de votre récent projet autour du Coacherella festival à Palm Springs en Californie...
L'habillage visuel de performances live est à la base du projet, depuis ses tout débuts. Ce qu'il faut retenir, c'est que tous nos projets sont très différents et que nous expérimentons sans cesse de nouvelles façons de travailler.

Mais dans l'approche live, il doit y avoir des occurrences plus directes ? C'est aussi sans doute ce qui vous a amené à travailler pour des compagnies de danse ou des orchestres classiques, comme avec Echo en 2006 et Meltdown en 2008 ?
Bien sûr. Nous adorons ce pouvoir de l'immédiateté qui anime une performance live. Et nous trouvons autant d'intérêt dans les pratiques contemporaines que dans des formes culturelles plus classiques.

Mais au-delà de cette immédiateté, certaines de vos installations sont devenues des installations permanentes, comme Canopy, une structure lumineuse de 90 m de long évoquant un sous-bois numérique mélangeant lumière artificielle et naturelle, à Toronto par exemple. Pour des artistes travaillant l'architecture et la lumière comme vous, est-ce là l'aboutissement ultime ?
Canopy était un projet voué à être permanent dès le début. La pièce fait partie du programme d'art public de Toronto qui a, ces dernières années, transformé la ville en un musée de pièces artistiques permanentes comme celle-là. C'est génial de se dire que son travail va demeurer là pendant des années. Dans ce sens, oui, c'est un véritable aboutissement.

Vos pièces sont faites ou tournent essentiellement dans les grandes métropoles de la planète. Avez-vous déjà réfléchi à des projets fixés dans des endroits plus éloignés de la grande localisation urbaine ?
On aimerait vraiment faire des choses dans des lieux plus reculés. Nous en avons d'ailleurs discuté souvent. Nous attendons sûrement une bonne opportunité pour passer à l'acte.

Je vous demandais ça parce que j'ai entendu parler de ce projet commissionné par le Natural Maritime Museum de Londres, autour du changement climatique et d'une exposition intitulée High Arctic, faisant suite à un voyage de certains membres d'UVA, du Groenland aux îles Svalbard...
High Arctic, notre installation à venir au Natural Maritime Museum [actuellement en cours, NDLR], fait suite à l'expédition arctique à laquelle a participé notre Directeur artistique Matt Clark avec l'organisation Cape Farewell (http://www.capefarewell.com) au Groenland. Ce projet nous a davantage impliqué dans les problématiques du changement climatique et les questions environnementales actuelles. Il est important que l'art aussi puisse participer à la prise de conscience en cours. Ça a été une excellente expérience que de travailler sur place avec les équipes de Cape Farewell ou avec celles du NMM de Londres. L'installation est une sorte de monument futur au passé arctique : les visiteurs sont invités à se promener librement dans le paysage en découvrant à leur manière l'échelle, la fragilité et la beauté de l'Arctique, le tout bien sûr retravaillé selon les esthétiques d'UVA.

Dans quelles directions artistiques souhaiteriez-vous emmener UVA ces prochaines années ? Sur quels nouveaux projets travaillez-vous actuellement ?
Nous allons continuer notamment dans cette voie des installations architecturales, lumineuses et sculpturales permanentes. La prochaine sera encore à Toronto, dans la galerie du Centre Eaton. Il s'agit d'une sculpture lumineuse de 120m de long, faite avec de longs prismes reflétant et réfractant la lumière du soleil tout en créant des formes lumineuses intriquées pendant la nuit. L'ouverture est prévu le 1er octobre, durant la Nuit Blanche annuelle de Toronto.

Laurent Catala

Site: www.uva.co.uk

Publié dans Digitalarti Mag #7

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