Tropisme, festival ouvert à 360°

Le cœur de Montpellier bat au rythme du festival Tropisme durant trois semaines, du 22 mars au 8 avril 2016. Il prend ses quartiers à La Panacée, centre d'Art contemporain niché en plein centre historique, et déploie des événements culturels aussi variés qu'expositions, lives audiovisuels, boum pour enfants ou ateliers culinaires, tous augmentés par les nouvelles technologies. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges et le public répond à l'appel puisque la précédente édition a accueilli plus de 25000 personnes.

Le secret de ce succès ? un savant mélange de cultures populaires et de propositions artistiques exigeantes qui est la marque de fabrique de Vincent Cavaroc, le directeur artistique, aussi en poste à la Gaîté Lyrique depuis sa création."J'ai un parcours peu conventionnel. Je viens de Rodez, j'ai débuté comme mécanicien avant de reprendre des études en communication. J'ai grandi dans la culture des bals populaires, des banquets de village. Ce sont des festivités qui réunissent tout le monde simplement. j'ai envie de transposer ces univers en m'amusant à réunir un chef cuisiner et un DJ, à ressusciter des formes comme la boum ou la guinguette, tout en donnant à voir la création actuelle. Je pense que la culture doit créer des liens, permettre de se retrouver ensemble, surtout à notre époque qui dématérialise et virtualise les relations."

 

Le pari est réussi. Devant les installations du Collectif Scale, les enfants s'amusent autant que les adultes à battre du pied pour faire résonner les rangées de tambours mappés de Playground (la photo ci-dessus). Dans Terminal, un vieux monsieur interagit avec la musique en dirigeant son téléphone vers la rangée de mobiles. Il m'avoue voir ce genre de créations pour la première fois et pourtant il participe avec enthousiasme. Il faut dire que le dispositif, développé avec l'IRCAM et l'artiste Chloé, est très fin. Une base sonore atmosphérique et spatialité accueille des rythmiques minimales, des sons cristallins, de légères vibrations en résonance avec un plancher de lignes lumineuses. Le temps se divise en écoute et en faire, on peut jouer à plusieurs de cet instrument à la fois complexe dans sa structure et d'un accès enfantin.


Making off de Inmorphis présenté à la Gaîté Lyrique.

Plus immersif, Inmorphis déroule quatre univers visuels et musicaux différents sur les quatre murs et le sol d'une salle. On passe du figuratif avec Layla de Bachar Mar-Khalifé et Hyper Cité du photographe plasticien Jean-François Rauzier sur une musique de Bambounou et Étienne Jaumet, aux figures abstraites de Désillusion de Rebotini et Topologic de Bambounou. Un pupitre central permet de déclencher des effets en live sur les vidéos. Résistance met en scène un piano automatique Disklavier. le public déclenche les séquences sonores de Rami Khalifé (du groupe Aufgang), la structure géométrique monumentale lui répond en lumières colorées.
 

Ces installations sont conçues comme des dispositifs ouverts qui incluent l'action du spectateur. C'est la première fois que le Collectif Scale, spécialisé dans les dispositifs scéniques, s'attaque à la forme de l'exposition. Vincent Cavaroc est à l'origine de cette initiative "Je trouve que dans les formes audio-visuelles, la signature musicale prévaut souvent sur le visuel. On a réfléchi à des dispositifs qui rendent visible la musique, et une fois créés, nous avons invité des musiciens à les investir. C'est une façon d'inverser les propositions habituelles et d'interroger le rapport musique/image".
 

Le Music Lab prolonge cette découverte avec une sélection d'applications sur tablettes comme, par exemple, Bubl Dessin qui lie graphismes et sons ou Loopimal dans lequel les animations artisanales répondent aux effets sonores. Les plus âgés ont aussi accès aux stations Push2 d’Ableton utilisées par les professionnels. Une série d'ateliers complète la proposition, ainsi qu'une conférence sur le spectacle augmenté. C'est l'un des trois thèmes qui traversent la programmation, avec la gastronomie connectée et le transmedia.
 


"Je suis super" décliné en jeu vidéo sur un volume en mapping.

"Je suis super" est l'illustration parfaite de ce dernier. Réel et virtuel se superposent pour raconter la vie de Super sur un ton de comics trash. Il envahit tous les supports, du tableau à la vidéo d'animation en passant par le jeu vidéo. Ses auteurs ont même été jusqu'à en faire un groupe de rock ! Ce héros ne se prend certes pas au sérieux mais est tout de même co-produit par France Télévision qui héberge son site. Comme dans l'exposition, tous les éléments disparates concourent à déployer son univers. Vincent Cavaroc y voit une maturité nouvelle du genre : "Pendant un certain temps, le transmedia trouvait difficilement son écriture parce qu'il restait fasciné par sa propre forme. Aujourd'hui les créateurs s'approprient l'outil et développent de nouveaux types de fiction."
 

C'est aussi ce qu'on constate dans la salle de réalité virtuelle. On peut y voir notamment I Philip de Pierre Zandrowicz, un court métrage dans lequel le spectateur se retrouve dans la peau d'un androïde construit sur une base mémorielle du célèbre auteur Philip K.Dick. A travers ses yeux, on se retrouve exposé comme un monstre de foire dans une conférence ou interrogé par des journalistes. Par instants, on se retrouve dans un univers 3D qui figure son mental. L'effet d'identification est saisissant et une empathie se crée pour cette intelligence artificielle qui se découvre peu à peu une conscience. Visible sur Oculus, la vision à 360° ajoute à l'immersion dans cet univers SF un peu angoissant qui est totalement dans l'esprit des livres de l'auteur qui l'inspire. Une version film est disponible sur le site d'Arte Creative. D'autres films d'environ cinq minutes explorent les sensations induites par les différents supports de réalité virtuelles comme le choc ou les déplacements accélérés.

Usé, qui joue ce soir là, nous confie avoir eu du mal à supporter de se retrouver propulsé dans l'espace puis ramené à grande vitesse vers la terre dans un vertige augmenté. Pourtant ce musicien originaire d'Amiens semble, à le voir en live, amateur de sensations fortes.

Sur la petite scène du Blacksheep, il lance une base musicale de multi-claviers sombres et hypnotique sur laquelle il chante et maltraite batterie et guitare préparée avec une furieuse énergie (son premier album sort ce 24 avril sur Born Bad Records). Le public, préparé par le DJ set éclectique et inspiré de Stil Eric, entre en transe à l'unisson. On reconnait parmi les spectateurs des acteurs montpelliérains de la danse contemporaine ou des arts plastiques, ce qui atteste que la mixité des genres fonctionne réellement au sein du festival.


Stil Eric aux platines au Black Sheep.

Vincent Cavaroc confirme "Je ne suis pas pour une logique d'actions en faveur de publics spécifiques. Je fais confiance à la curiosité des gens et je préfère présenter la diversité de la création actuelle. Illusion & Macadam, la coopérative culturelle qui organise le festival, regroupe environ 250 structures très différentes les unes des autres. Elle essaie de structurer ce milieu et le festival est la vitrine de notre réflexion sur la façon de produire et de gérer avec les nouveaux outils. C'est ce qu'on retrouve dans le volet académique (chapeauté par Sébastien Paule, gérant d'Illusion & Macadam) avec notamment la gastronomie connectée."
 

Durant la conférence sur ce thème, on découvre le Smart Gastronomy Lab qui façonne le chocolat avec une imprimante 3D (photo ci-dessus), des grillons à déguster en cupcakes, une machine qui permet de créer sa propre bière… Le tout est à tester l'après midi dans la salle de restauration de La Panacée. "Plutôt que faire un volet professionnel à part, nous préférons retenir le terme "académie" qui permet d'inclure les personnes simplement curieuses." précise Vincent Cavaroc "Nous voulons imbriquer expérience et réflexion et créer des espaces pour que les gens échangent autour de ces nouvelles pratiques dans une ambiance décontractée."

Tropisme joue le jeu de la transversalité, de la curiosité, de la simplicité, et sort des catégories pour parler au plus grand nombre dans une légèreté de ton toute printanière. Cette troisième édition se clôture le 8 avril avec une Nuit Électro au Rockstore qui réunit Arnaud Rebotini, Pilooski et DJ Toffee. Préparez vos baskets !

Festival Tropisme
http://tropismefestival.fr

Texte et photos Sarah Taurinya

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