Scopitone se nourrit d’ailleurs

Japon, Canada, Islande… cette année, plus de dix nationalités sont représentées dans la programmation de Scopitone, un engagement renouvelé pour ce festival tourné depuis ses débuts vers l'international. Nouveau venu, Taïwan ouvre les festivités avec le spectacle W.A.V.E. de la compagnie YiLab. Une première invitation faite à ce territoire en plein essor que l'équipe de Scopitone a découvert il y a deux ans et avec lequel, à l'image de ses autres collaborations, il tisse des liens durables.

(Image titre : W.A.V.E., Cie YiLab, 2017. Photo DR)
 

Scopitone et Montréal, une entente idyllique

Scopitone a toujours eu à cœur de croiser différentes cultures dans sa programmation. Dès 2002, le ciné-concert étonnant du groupe anglais Asian Dub Foundation sur le film La Haine donnait le ton. Très rapidement, l'équipe se tourne vers Le Québec. Le jumelage de Nantes avec la ville de Québec offrait un pont facile à emprunter. Mais c'est l'effervescence créative de Montréal qui les séduit, et notamment le festival Elektra puis le BIAN. Partis de simples invitations respectives, ils collaborent aujourd'hui activement sur la mobilité des artistes et la co-production d'œuvres. On verra ainsi la première monographie de Samuel St-Aubin qui s'est fait une spécialité du détournement d'objets domestiques pour les animer en chorégraphies incertaines, fragiles, absurdes, parfois inquiétantes.

Robert Lepage, directement inspiré par l'ouvrage d'Alberto Manguel "La bibliothèque, la nuit", invite au voyage à travers le temps et l'espace dans différentes bibliothèques, ode poétique sur Oculus Rift. "Le Québec a toujours eu beaucoup d'avance sur l'innovation dans le champ artistique, précise Cédric Huchet, ils sont très présents sur le plan international, c'est le propre de pays qui s'engagent pour accompagner les artistes à l'étranger, les promouvoir, financer leur mobilité, ce que ne fait pas assez la France à mon avis". Qu'à cela ne tienne, Scopitone trouve les moyens d'exporter des artistes français et de produire les œuvres d'artistes étrangers, comme la performance du montréalais Maotik, sculpteur d'espaces 3D, et du musicien mexicain César Urbina (alias Cubenx), donnée en première à la Maison des Arts de St-Herblain.

Scopitone co-produit aussi, avec Stéréolux et le Musée d'arts de nantes, la dernière pièce de Myriam Bleau, Stories of Mechanical Music, des boites à musique composées soit de CD soit de vinyls découpés à la CNC qui déploient sons, courbes et lumière et donnent une nouvelle vie aux anciens supports. Elle joue aussi sa performance Autopsy.glass, fine séance de torture pour verres à pied.
 

Asie tout azimut

"À partir de 2009, on s'est tourné vers le Japon et assez rapidement les créations japonaises sont devenues des étapes récurrentes dans le parcours de Scopitone." raconte Cédric Huchet. On se souvient des installations et performances de Daito Manabe, Ryoichi Kurokawa ou Ryoji Ikeda lors des éditions précédentes. Cette année le duo Qosmo (Nao Tokui et Shoya Dozono) fait l'ouvertureavec une battle AI / DJ. Dans l'exposition, on verra Semi-senseless Drawing Modules de SoKANNO + yang02, présenté pour la première fois en 2014 au Sapporo International Art Festival. "Depuis 4 ans, je vais en Asie deux ou trois fois par an, notamment parce qu'on est invité sur des événements, des festivals. Il y a de grandes différences entre les façons de concevoir, de créer", analyse Cédric Huchet, "En France, nous avons une histoire très forte entre les soutiens publics et la culture, c’est moins le cas en Asie. Beaucoup d'artistes travaillent par ailleurs et créent sans la prétention d'un statut. Ils n'ont pas de problème à travailler pour une marque ou un partenariat privé. Le fait d'être en quelque sorte affranchis de cette prétention leur offre une liberté, une spontanéité qui se ressent dans leurs créations.". Il ajoute "Quand on envoie un artiste français présenter un projet en Asie, on crée une porosité assez positive. Il voit comment ça se passe chez eux, quels sont les réseaux de distribution, les canaux de promotion, les ressources, les façons d'exister, de défendre son projet. C'est très enrichissant."

Le Printemps Coréen à Nantes a été le point de départ de l'histoire forte entre Scopitone et la Corée. Pas d'artiste coréen cette année, ce n'est que partie remise. Actuellement l'équipe collabore avec une ancienne friche industrielle qui sera transformée en centre d'art en 2018. Mais attention, pour Cédric Huchet,  "Il ne s'agit pas de reproduire des choses ou d'être donneur de leçon mais plutôt de les accompagner dans leurs envies. Nous voulons établir des collaborations qui nous permettent de nous exprimer, d'emmener des projets mais aussi de prendre, d'entendre les attentes en face, les aspirations et les inspirations et de s'en nourrir aussi."


Ezra présente le logiciel "Le grand méchant Loop", création maison de sa Cie. Photo Cédric Huchet, Stereolux 2017.

Depuis deux ans, Scopitone part à la découverte de Taïwan, petit pays, certes, mais qui déploie beaucoup d'énergie pour rendre visible sa scène artistique, notamment dans le champ numérique. Cet été, dans le cadre du festival du Songshan Cultural and Creative Park de Taipei, Scopitone a permis à Ezra de la Cie Organic Orchestra de réaliser deux ateliers et une performance autour de sa pratique du Beatboxing augmentée. À la différence de la Corée et du Japon, il a ressenti une certaine proximité culturelle avec les participants, peut-être due au fait qu'ils étaient essentiellement des artistes de sa génération. Il a aussi été agréablement surpris par la volonté du festival de montrer des démarches engagées qui mettent en avant des parti pris esthétiques forts plutôt qu'une simple innovation technique. Son seul regret, "quand j'ai vu la qualité d'écoute du public, je me suis dit que j'aurais pu prendre plus de libertés."

Le public français va quand à lui découvrir W.A.V.E. de la Cie YiLab, présenté pour la première fois en Europe, un spectacle qui fait interagir la danseuse et chorégraphe Su Wen-Chi avec un environnement technologique mouvant son et lumière.
 

Les voisins européens

Bien sûr, l'Europe a été le premier terrain d'action de Scopitone et est largement représentée dans les expositions et concerts 2017 : environnements immersifs et déstabilisants du hollandais Nikki Hock, phénomènes naturels contrôlés du britannique Alistair McClymont, installation méditative du suisse Yannick Jacquet allié au belge Before Tigers


The Limitations of Logic and the Absence of Absolute Certainty, Alistair McClymont, 2017. Photo DR.

Dès les premières éditions, Scopitone collabore avec Today's Art en Hollande ou Club Transmediale à Berlin, des festivals choisis plus par affinités que pour leur appartenance à des réseaux juridiquement constitués. "On avait envie de travailler ensemble sur des projets, des contextes, des artistes donnés", raconte Cédric Huchet. Ces choix sensibles se retrouvent dans une programmation qui privilégie les découvertes aux grosses locomotives habituelles, ce que valident les festivaliers, de plus en plus nombreux.

Cédric Huchet conclue par une anecdote "Lors d'une table-ronde à Tokyo, on m'a demandé s'il y aurait un Scopitone au Japon un jour. j'ai répondu que ça n'arriverait à priori pas, parce que ça ne correspond pas à notre philosophie. Il est hors de question d'arriver en colon sur un territoire parce qu'on a de bonnes relations avec les tutelles, les instances publiques ou les professionnels. Nous ne sommes pas là pour prêcher la bonne parole. En nous déplaçant, nous cherchons plutôt à nous remettre en question. On a beaucoup à apprendre des autres."
 

Festival Scopitone, 16ème édition
Du 20 au 24 septembre 2017 à Nantes
www.stereolux.org/scopitone-2017

Digitalarti est partenaire de l’édition 2017 du festival Scopitone

 

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