Plateaux protéiformes pour 100% Expo

Alors que la Villette s’apprête à accueillir la nouvelle exposition hybride 100% EXPO, son commissaire Charles Carcopino nous invite à une petite visite de ce premier rendez-vous pas seulement numérique, mais beaucoup quand même.

Dans la petit salle de la rotonde du WIP, à l’entrée nord du parc de la Villette, les Québécois de Projet Eva mettent la touche finale à leur installation performative Nous sommes les fils et les filles de l'électricité (NSFFDE). Dans cet espace neutre, plusieurs chaises sont disposées. Elles attendent les premiers participants qui vont être invités à s’assoir et à revêtir un masque et un casque à travers lequel ils recevront des consignes de comportement tandis que leur visage sera transformé en surface de mapping.


Projet EVA  photo : Stéphane Caron 

Grâce à son dispositif particulier, NSFFDE implique directement ses acteurs d’un instant dans son étrange mise en scène. « Du fait du système de commandes vocales personnalisé, chaque personne a une expérience différente », explique Etienne Grenier, artiste et co-directeur du collectif. « Avant même qu’ils entrent, les gens doivent répondre à un questionnaire psychologique qui va d’ailleurs générer dynamiquement des critères de déroulement du scénario. » Par sa dimension un brin paranoïaque – où tout le monde s’observe, sous le masque pour les participants, et de l’extérieur pour le public - NSFFDE n’est pas sans rappeler leur précédente création, Cinétôse, et son plafond ne cessant de descendre jusqu’à contraindre le public à s’allonger au sol. Sauf qu’ici la menace s’insinue en vous. « Dans Cinétôse, on ramenait la menace physique du plafond au premier-plan, Mais là on veut aller plus loin en rentrant dans la tête des gens. »

100% multidisciplinaire

A l’image de cette pièce, 100% EXPO ouvre à la Villette un nouveau format d’exposition hybride, porté par l’expertise de son commissaire, Charles Carcopino, ancien curateur du festival EXIT. « Plusieurs projets présentés se situent à la limite de l’installation et de la performance », reconnaît-il. « C’est le cas de celui de projet Eva. C’est une installation et un spectacle qui joue sur la manipulation du public. Avec ces jeux de  projections sur les visages, on dirait presque un rite initiatique. »

Ce principe initiatique risque fort de se reproduire au fil des quinze jours d’un rendez-vous qui va inviter le public à la chasse aux installations sur différents points du Parc de la Villette, en l’occurrence la Grande Halle, la folie L5 et le WIP. « 100% est une exposition qui s’intéresse à des projets protéiformes, à cheval entre la performance, les arts plastiques, le design et les arts numériques », poursuit Charles Carcopino. « Se cantonner à un seul support n’est pas intéressant, c’est plus excitant de mélanger, d’autant plus dans un lieu comme le Parc de la Villette, fait pour un public familial. »

Pour l’occasion, des performances multidisciplinaires, à l’image du salon de musique Mortal Recordings de Clemence Seilles et Théo Demans, ou du théâtre d’objets manipulés (Another Day In Paradise de Robbert Weide) seront donc de mise. Mais c’est surtout pas son articulation entre principes actifs du numérique et dispositifs plus ouverts que 100% EXPO révèle sa marque de fabrique. « On avait déjà commencé ce genre d’approche sur EXIT [par d’exemple avec l’exposition Low Tech qui mariait en 2012 sculptures sonores ou en bois, écrans de pellicules et jeux d’ombres projetées], mais c’est là c’est plus affiné. On ne voulait pas se limiter qu’aux arts numériques car c’est désormais un genre assimilé par tous les artistes. Tout le monde utilise du numérique. »


 © Neil Beloufa "Rationalized room Being Rationnal", Wilhelm Lehmbruck museum, Duisburg, DE, 2015

Principes numériques actifs

C’est bien vrai ! En se baladant entre les différentes installations, aux formats aussi variables qu’enivrants, on se rend rapidement compte que des principes de manipulation/ détournement du public (Projet Eva), mais aussi de déambulation (à travers la sculpture / croquis d’architecte de fer à béton du Rationalized in&out de Neil Beloufa) et d’immersion (face aux trois gonflables de 12 mètres de haut du Bogus de Kris Verdonck) replacent rapidement les œuvres dans un autre contexte.


Xavier Veilhan "Light Machine (Music) 2015" - Photo : Claire Dorn © Xavier Veilhan / ADAGP, Paris, 2016 - Courtesy Galerie Perrotin

Derrière le mur de 1024 ampoules du Light Machine de Xavier Veilhan, ce sont bien des pixels et leur esthétique numérique qui se dévoilent. « L’idée est ici de reproduire des pixels par d’autres formes d’énergie », souligne Charles Carcopino. « Chaque pixel est remplacé par une ampoule. En changeant de mode d’énergie, on change de mode de perception. »

Dans la sphère gonflée à l’hélium du Ada de Karina Smigla-Bobinski, qui noircit progressivement la paroi de la pièce où elle se trouve grâce à ses pointes en fusain, c’est l’interaction avec le public qui insuffle la vie. 


ADA - places visited from Karina Smigla-Bobinski 

« C’est un hommage à la vie cellulaire, inspiré par les machines à vocation poétique d’Ada Lovelace, la première à avoir fait ce genre de dispositifs au XIXème siècle », explique Charcles Carcopino. « Le public participe en déplaçant la sphère ».
Et de la même manière, ce sont des tranches de vie numérisées en sculptures virtuelles 3D qui sont mises en scène dans les neuf boîtes à images d’Isos de Kris Verdonck / A Two Dogs Company.

Technologie vitale

A travers 100% EXPO, c’est un hommage vital au croisement entre technologie et humain qui se met en place, dans un décor de science-fiction que stimule encore l’antenne décamétrique du Radiographie de Cécile Beau et Nicolas Montgermont – expérience d’écoute des ondes radio émises par les planètes et autres objets célestes – ou le Memory Lane de Felix Luque Sanchez et Inigo Bilbao. « Felix est parti d’un souvenir d’enfance, une plage sur la côte Atlantique qu’il a modélisé dans une retranscription haute-définition », glisse Charles Carcopino. « C’est une manière de faire de la technologie un élément de magie ».


- Radiographie - from bo céc 


Felix Luque Sanchez & Inigo Bilbao - Memory Lane

Et pour que la magie soit complète, il fallait bien que 100% EXPO la dévoile aussi sous des auspices plus hi-tech, mais tout aussi décalés ! Présenté par l’artiste américain Geoffrey Lillemon, The Nail Polish Inferno "Born Digital" est une pièce de réalité virtuelle avec lunettes Oculus Rift qui rompt avec l’habituelle froideur robotique de ce genre d’expérience. Car sitôt dans le « jeu », on se retrouve happé par une ambiance hot de strip-club torride. « La technologie manque trop souvent d’humour », explique Geoffrey Lillemon. « Elle manque de ce côté sensible et sexy que je cherche à glisser dans mon travail ». Mais le spectacle n’est pas que virtuel. Assis sur un siège doté de tous les boutons d’un jeu d’arcade, le joueur fait directement face au public en mode installation. « Les joueurs font partie de l’installation », confirme Lillemon. « C’est une façon de dire qu’il y a une manipulation intérieure, celle du jeu, mais aussi une manipulation extérieure. »

N’oubliez pas, l’installation à 100% EXPO, ça pourrait bien être vous,.

Laurent Catala


Festival 100% à La Villette - Trailer
 

100% EXPO, Parc de la Villette, du 25 mars au 10 avril.  

Site | Event FB

 

Infos pratiques

100 % EXPO 

• Grande halle, WIP, Folie L5  

Entrée libre pour les détenteurs d’un billet spectacle du festival et Carte Villette
Plein tarif 8 € • Tarif réduit 5 €  

M° et Tram : Porte de Pantin - Porte de la Villette
Information /réservation 01 40 03 75 75 

 

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