Murmurate, le concert qui utilise votre portable comme haut-parleur

Tout droit sorti des cerveaux de l’Anglais Tim Shaw et du Français Sébastien Piquemal, Murmurate est une nouvelle manière d’impliquer le public. Le duo propose, à Stereolux/Trempolino à Nantes et à la FACT de Liverpool, un concert live diffusé à travers les haut-parleurs de téléphone des spectateurs présents. Une innovation qui pourrait révolutionner la forme traditionnelle des concerts ? Analyse…

Dans une ambiance intimiste, un groupe de spectateurs, prêt à assister ou plutôt participer à Murmurate, est assis autour de Tim Shaw et de Sébastien Piquemal. Les dernières consignes sont données, l’expérience audiovisuelle est prête à être vécue… Le concept est ambitieux et innovant : chaque terminal, téléphone ou tablette, présent au moment du concert se transforme en haut parleur individuel, offrant ainsi à son propriétaire une perspective d’écoute inédite. Il ne s’agit pas de diffuser l’intégralité de la bande passante mais de contrôler, par un système de filtre, certains sons, orientés ici et là. « Tim et moi naviguons dans un canevas dans lequel chaque téléphone est autonome. Nous chargeons des instruments puis nous les contrôlons en changeant les filtres et la densité des sons. » explique Sébastien Piquemal. Le résultat donne une pièce sonore hautement spatialisée d’environ 20 minutes et où chaque membre de l'auditoire tient un rôle distinctif dans la composition générale. Au final l’effet dans la salle est surprenant. Une connexion est établie entre les personnes et leurs appareils portables. De manière naturelle, beaucoup se prêtent leurs téléphones, les mettent dans un verre ou leurs bouches, pour amplifier le son. D’autres se baladent dans la salle. Murmurate est une magnifique réussite en matière d’interaction et au regard des innovations existantes en la matière.


Murmurate - Performance Compilation from Sébastien Piquemal

Depuis les années 2000, les concerts participatifs sont devenus la tendance. Le public, au delà des critères sonores ou visuels usuels, est désormais à la recherche d’un supplément d’âme. De multiples scénographies intégrant des dispositifs interactifs ont donc fait leur apparition. On retiendra quelques artistes notables comme Dan Deacon qui, en 2012, proposait une application pour smartphone permettant d’émettre de la lumière stroboscopique et de produire des sons durant ses lives. L’usage du smartphone est peut être la seule analogie possible avec Murmurate.

Murmurate
gauche: © Ben Jeans Houghton /  droite:© Chris Scott   

La performance sonore s’impose comme une expérience interactive d’un nouveau genre car elle tente de mettre fin à une relation unilatérale entre le musicien (qui joue) et le spectateur (qui écoute). A terme le souhait serait de décliner le système dans d’autres formes artistiques. «  nous réfléchissons à des propositions différentes : ciné-concert, performance exclusivement dans un environnement extérieur, accompagnement instrumental dun musicien ». En soit on se prend vite à rêver du potentiel de développement artistique et commercial de ce genre de dispositif.
 


Fields - a year of performances (2014) from Sébastien Piquemal 

On y voir de plus près, le système, baptisé Fields (Murmurate est le nom donné à l’une des performances utilisant Fields), doit surmonter plusieurs contraintes avant d’envisager une déclinaison potentielle plus large. La limitation technique du téléphone en est la principale raison. Puisque la fréquence des haut-parleurs de smartphones est limitée, seules les médiums et les aigus peuvent être jouées. Difficile dans ces conditions d’envisager une diffusion sonore de morceaux aux basses soutenues. Sébastien Piquemal précise que « Initialement nous travaillions avec du Fields Recording (NDLR enregistrement de terrain) mais les basses ne passaient pas. Pour Murmurate nous devons jouer avec des sons de synthèse où il y a beaucoup de texture ».  La latence du réseau est également une autre limite technique. Sur certains téléphones le message envoyé arrive plus ou moins rapidement. Quelques millisecondes de décalage qui suffisent à empêcher une synchronisation parfaite de la rythmique et justifie donc l’usage de bandes sonores aléatoires. Pour le moment donc, exit la quasi intégralité de la musique produite et commercialisée.

Les deux artistes ont développé ce dispositif en open source via Pure Data (langage de programmation pour la création musicale en temps réel) lors d’un workshop en 2014. Depuis certains fragments qui permettent d’envoyer des commandes aux téléphones sont réutilisés par d’autres artistes à l’international qui contribuent à l’évolution du projet et de ses (futures) applications. « Ben Taylor de lUniversité de Bâton-Rouge a réalisé des performances à lesthétique web punk. Et quelques autres également… ». Quoi qu’il en soit l’initiative de Tim Shaw et Sébastien Piquemal a au moins un mérite : celui de nous faire passer une expérience véritablement unique. 

Rédaction Adrien Cornelissen


Murmurate - Connect The Dots, Sheffield 10/10/2015 from Sébastien Piquemal 

 

Agenda

20 avril / Stereolux-Trempolino, Nantes

13 mai / FACT, Liverpool

14 mai / Cumberland Arms
 

Liens open source

Fields : système de diffusion sonore sur smartphone (utilise rhizome et WebPd)

Rhizome : serveur pour performances interactives

WebPd : Pure Data en javascript

 

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