Mouvement Art Technologie: une vente aux enchères dédiée à l’art technologique

Mouvement  vente enchères

C'est un événement singulier qui est organisé les 18 et 19 juin en marge de Futur en Seine par Blancs-Manteaux Auction, une étude fondée par Laurent Lacroix, ingénieur informaticien passionné par la création artistique. En effet, si l'art numérique et affilié, après une "parenthèse enchantée", commence à se préoccuper de la question de sa conservation et surtout de se trouver un marché en organisant des foires, un peu sur le modèle de ce qui se pratique pour l'art contemporain, il n'y avait jamais eu de vente aux enchères. Seules exceptions, une vente en France consacrée exclusivement à l'art-vidéo il y a plusieurs années, et une autre en Angleterre sur un registre un peu plus large.

Mais la singularité de l'événement organisé par Blancs-Manteaux Auction tient aussi, et surtout, à la nature même de cette vente, puisque c'est autant une mise aux enchères qu'une exposition ouverte au public. Intitulé Mouvement Art Technologie (MAT #1), cette exposition-vente est placée sous la direction artistique de Franck Ancel, artiste-théoricien et expert-commissaire. L'idée est de proposer des œuvres qui s'échelonnent de 1956 à 2016. Soit, comme Franck Ancel nous le précise, un panorama d'artistes et de créateurs qui ne font pas que subir l'environnement mécanique, économique, informatique, etc., dans lequel ils évoluent, mais qui s'accaparent les technologies de leurs époques pour les traduire en œuvres.


Nicolas Schöffer - Cyspe - 1959

Le point de départ de ce voyage artistique au travers du temps est symbolisé par le robot Cysp 1 réalisé par Nicolas Schöffer en 1956, et présenté pour l'occasion au travers d'un triptyque photographique le montrant traversant Paris. Le lieu de l'exposition-vente, le 19 Côté Cour, est situé derrière le 104 dans le 18ème à Paris. C'est un ancien atelier transformé en espace modulable, sur une surface de 250 m2 répartis sur deux étages, avec une cour et un jardin. Cet espace sera mis en scène par la jeune designer Agathe Occhipinti.

Dans le jardin, l'espace In Situ comme nous l'indique Franck Ancel, se dressera un gonflable et une maquette de Hans-Walter Müller, un architecte utopiste. Des rééditions de 2015, les œuvres originales ayant été construites en 1967 et 1968 et présentées au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris dans le cadre de l’exposition Structures gonflables. Le rez-de-chaussée, appellé Partition, permettra de déployer la "time-line" de l'exposition sur un mur de 40m de long et de montrer ainsi les œuvres en perspective dans leur diversité. Baptisée Immersion, la pièce à l'étage sera assombrie et consacrée aux œuvres lumineuses; dont celles inédites de Laurent Bolognini, AM70 et Dragon Lights.

Laurent Bolognini
 Laurent Bolognini, Dragon Lights (gauche) et AM70 (droite)

Au total, il y a 64 artistes, ou collectifs, pour 94 pièces présentées : l'exposition-vente MAT #1 est aussi à interpréter comme un échiquier artistique, avec des combinaisons et combinatoires multiples. Mais cette diversité est avant tout le signe d'un dialogue, comme le rappelle également Franck Ancel. Un dialogue entre générations, techniques, formats et esthétiques différentes… Un dialogue entre la tradition de l'art géométrique, cinétique, optique, numérique… Un dialogue entre acteurs vivants et historiques… Un dialogue enfin entre le passé et le futur. Mais c'est surtout quelque chose de présent, un événement au présent. MAT #1 est aussi une rencontre entre les collectionneurs et "les créateurs de l'art d'aujourd'hui", comme le souligne Franck Ancel en paraphrasant le titre d'une revue des années 50.

Parmi les œuvres exposées, beaucoup ressortent d'une logique géométrique et cinétique. De nombreux tirages photographiques sont également proposés, ainsi que des sculptures et tableaux qui voisinent avec des créations relevant de matériaux et/ou de process plus "high-tech" : Mouvement Art Technologie, donc. Emblématique de ce parti pris, Contact Is The Only Love du collectif USCO dont la photo est à l'affiche. C'est une reproduction en modèle réduit et tirage limité d'une sculpture cinétique de 1963 (dont l'original a été détruit en 1968) qui a été présentée dans le cadre de l'exposition Traces du sacré à Beaubourg en 2008.


Contact is The Only Love from fusionlab 

Parmi les artistes et pièces proposées, on mentionnera notamment le cliché de Marion Kalter, John Cage chez Dorothea Tanning. Un tirage numéroté de la photographe — en l'occurrence le numéro 2 (le numéro 1 étant dans la collection ZKM — réalisé pour l'exposition. De même pour Félix Lazo, un artiste de Santiago du Chili qui vient de l'art sonore et dont le travail influencé par Francesco Varela est axé autour de dispositifs interactifs. Là, spécialement pour la vente, il a fait des tirages d'Autopoieticsystem (3 monochromes, chaque tirage étant unique).

 

Seront également présents France Cadet (Lynx Rufus, 2008), Magali Daniaux & Cédric Pigot (The Diluted Hours, 2016), Olga Kisselva (Code Source, 2009), Antoine Schmitt (Carré Blanc 15/4/15 (8), 2015) et Olivier Ratsi avec une série de 4 portraits inédits de présidents américains, toujours fragmentés selon sa technique de montage. Et des connaissances un peu plus anciennes comme le groupe DIX10, formé par Roma Napoli et Dow Jones, avec une pièce représentative de leur démarche apparentée à la figuration critique (Tapis / Juju et Roro, 1982). Roma Napoli exposera également une photographie inspirée par les écrits du père de la cybernétique, Norbert Wiener (Identity, 2012).

Léa Maleh proposera une clef USB dans un packaging en corian, avec un fichier permettant de réaliser une sculpture via une imprimante 3D (Alpha Omega, 2016), et Selma Lepart, une version "tableau" de R.E.D.; une installation interactive qui repose sur des matériaux dont les formes réagissent à la présence, et qui était au programme cette année du Festival Exit à Créteil.

Il y a également de l'art vidéo avec Nicolas Tourte (Passage, 2016), mais il n'y aura que 3 projections : l'expérimentation de Nicolas Schöffer à l'ORTF que l'on peut considérer comme le premier clip de la télévision (Variations luminodynamiques 1, 1961), le docu-fiction expérimental sur le passage à l'an 2000 de Régine Cirotteau (Zéro, 2000) et un dispositif de Richard Garet qui combine 4 sources vidéos (Four Cardinal Point, 2015).


Passage, 2016 / installation vidéo (détail) >>> SOON! from nicolas tourte 

Mentionnons aussi une sérigraphie numérotée (6 sur 50) de Gillian Wise, constructiviste des années 60-70. Une des premières artistes à avoir été présenté dans la revue Leonardo. Ainsi que Eduardo Kac avec une réplique en porcelaine de son fameux lapin vert fluo (Lagoglyph, 2015). Une pièce unique. Et un Portrait Génétique de Xavier Moehr basé sur le code ADN de son "modèle".

La gamme de prix est plutôt raisonnable, avec une fourchette de départ allant de quelques centaines à milliers d'euros. On suivra avec grand intérêt la mise aux enchères — sur place ou sur Internet — d'une Dreamachine, dont la charge symbolique n'est plus à démontrer… C'est un des trois exemplaires réalisés pour la rétrospective Brion Gysin au Consortium de Dijon en 2010. Ce devrait être un des temps forts de cette vente placée sous la houlette du commissaire-priseur Anguerran Delépine-Sibille.


Au New Museum à New York: réactions du public face à l'installation cinétique et lumineuse Dream Machine, qui produit des hallucinations.

Autre acmé, l'intervention en direct durant la vente de Fred Forest qui rééditera là l'intervention vidéo sous forme du Portrait d'un collectionneur réalisée dans les mêmes circonstances en 1974. Enfin, comme nous le confirme Franck Ancel — qui lui-même propose une œuvre lumineuse, She Loves Control (2014), référence à Joy Division tracée avec des néons bleu, blanc et rouge — cet événement est appelé à devenir pérenne. Une deuxième édition, MAT #2, est déjà planifié autour d'une time-line allant cette fois de 1947 à 2017.

Lityin Malaw
 

Digitalarti Media est partenaire de l'événement

 

MAT #01, 19 Côté Cour, 19 rue Marc Séguin, 75018 Paris.

Exposition publique le samedi 18 et dimanche 19 juin, de 11h à 23h,
Vente aux enchères le dimanche 19 juin à 15h, sur place et en ligne.

Voir le catalogue 

 

Mouvement art technologie

 

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