Martin Messier : La physique des machines

Performeur et vidéaste, Martin Messier est aussi musicien et il n’est pas exagéré de dire que le son est le moteur de son inspiration. Batteur de formation, il se passionne très vite pour la composition électroacoustique. Ses œuvres s’envisagent dans un rapport entre objets symboliques et productions sonores. Ainsi, toute l’œuvre du Québécois est tributaire de la temporalité, elle résonne des échos du passé, du présent et du futur en posant la question de la pérennité et de la mémoire, ainsi que de notre adaptation aux (nouvelles) technologies.

Martin, peux-tu rapidement nous présenter ton background en tant qu'artiste, d'où viens-tu ?

Ma porte d’entrée vers l’art s’est faite à titre de musicien (batteur) dans un groupe punk-métal à la fin de mon adolescence. Je crois que c’est une influence qui est toujours encore très présente dans mon travail. D’un point de vue académique, j’ai étudié la batterie au cégep et la composition électroacoustique à l’Université. En parallèle, j’ai beaucoup travaillé dans le milieu des arts de la scène (danse-théâtre), à faire de la conception, tout en réalisant mes propres créations en parallèle.
 

L'orientation art et technologie fait-elle partie de ton projet artistique depuis le début ?

Pas vraiment. Un de mes buts était de devenir batteur professionnel pour ne pas avoir à passer ma vie derrière un ordinateur ! À cette époque, j’étais même un peu « anti-technologie ». C’est plus tard en entendant un concert de musique concrète de Robert Normandeau que j’ai vraiment accroché et que j’ai bifurqué. Tout ce travail de la matière me semblait très proche des arts plastiques et j’ai trouvé ça fascinant. En entendant tous ces sons étranges, je visualisais toute sorte d’images, j’hallucinais !
 

Tu présentais Machine_Variation à la fin du mois d’avril au festival ]interstice[ (Caen). Peux-tu nous parler plus précisément de ta démarche sur cette performance ?

Pour cette performance, Nicolas Bernier et moi voulions mettre le geste humain (instrumental) en avant, pour qu’il soit vu et surtout perçu par le spectateur. Nous nous sommes donc imaginés jouer sur un énorme instrument afin de pouvoir mettre en valeur ce geste. Avec cette idée, nous nous sommes lancés dans l’élaboration de cet objet phénoménal. Au final, c’est plutôt l’aspect physique dans son ensemble qui a vraiment pris le dessus.
 


MACHINE_VARIATION / PERFORMANCE MÉCANIQUE ET SONORE Martin Messier & Nicolas Bernier 

Projectors est une création audio-visuelle à base de projecteurs Super 8, pour Sewing Machine Orchestra ce sont des machines à coudre Singer, tes oeuvres mixent souvent anciennes et nouvelles technologies, d’où vient cette inspiration pour l’ancien réutilisé dans des créations modernes ?

L’idée d’utiliser des objets m’est apparue à travers la nécessité de présenter la musique électro d’une autre façon. Pour cela, je me suis mis à chercher des “objets sonores” qui pourraient être utilisés et manipulés sur scènes, une sorte d’instrument ou d’interface. C’est en empruntant cette voie que j’ai choisi d’utiliser des machines à coudre par exemple. Autrement, j’ai toujours cette image en tête qu’il est possible de pousser l’univers du quotidien un peu plus loin. C’est ce qui s’est passé musicalement avec la musique concrète et c’est ce que j’essaie de faire sur scène en manipulant ou en contrôlant ces objets.


Projectors, Martin Messier, (2014)

Ton travail tend donc à magnifier l’ancien et à l’adapter au monde moderne, c’est donc une forme d’hommage, plutôt que du recyclage ou un symptôme de la rétro-mania actuelle ? 

Oui. Si je devais choisir entre tes trois propositions, je choisirai clairement l’hommage, puisque tous ces vieux objets sont réutilisés dans un tout autre contexte. Je me sens très loin du recyclage ou du rétro. Les gens peuvent bien faire ce type de lien, mais ça n’est pas mon intention. Le choix de mes instruments me semble très spécifique et précis. Ça ne déborde jamais vers d’autre. J’ai plutôt l’impression de repousser les limites du quotidien et de le recontextualiser dans le domaine du sonore.
 

Tu es véritablement investi, physiquement investi, dans tes performances. Tu joues de tes machines comme avec des instruments de musique, la performance est physique autant qu’artistique...

C’est un de mes buts d’être investi physiquement comme si je jouais d’un instrument. Au final par contre, il n’y a pas de recette, c’est très différent d’un projet à l’autre. J’ai souvent la volonté que ça explose mais souvent,  le projet me mène ailleurs et je suis obligé d’inhiber ce désir. Il me reste donc quelques projets encore à créer.


Sewing Machines Orchestra (Performance/installation) Martin Messier
 

Composes-tu toujours en parallèle de tes performances ?

Depuis huit ans j’ai décidé de mettre en l’avant mon travail de performance, sans qu’il soit directement associé à de la musique. J’ai décidé de séparer ces deux activités. Pour moi, ce sont deux choses distinctes. Cela dit, c’est quelque chose qui m’intéresse toujours et c’est quelque chose qui me manque de plus en plus. J’ai pour l’instant tout de même un album terminé qui attend d’être publié. Ça viendra.
 

Montréal développe une vraie dynamique en faveur de la création numérique, des arts innovants, etc. Penses-tu bénéficier en tant qu'artiste de cet élan ?

Je ne me sens pas apte à mesurer cela puisque je n’ai jamais vécu ailleurs. Cela dit, c’est vrai qu’il y a un certain appui en faveur de la création numérique ici. On en est même à la deuxième année du printemps numérique dont je suis porte-parole. (Rassemblement de toutes les activités qui ont lieu durant le printemps). Tout ce que je peux dire avec certitude, c’est que oui, ça bouge à Montréal dans ce domaine.
 

Le festival Mutek de Montréal se profile à l’horizon, tu y es présent avec une nouvelle performance, peux-tu nous en parler ?

À Mutek, Je présente un nouveau projet qui se nomme Field cette année. C’est un projet qui n’a pas d’origine précise. Il est apparu au fil du temps et il est la conséquence de plusieurs expérimentations. L’idée a été de conceptualiser visuellement un objet faisant référence au synthé modulaire. Je voulais utiliser cette « physiqualité » qui existe lorsque l’on branche et débranche des câbles. À partir de ce point, plusieurs détournements ont lieu pendant la performance, notamment à cause des jeux d’ombres, des câbles lumineux qui apparaissent et des câbles qui deviennent des sources sonores.


Field, Martin Messier, 2015

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Propos recueillis par Maxence Grugier

A lire également: 

- Interstices Sonores
Frequencies de Nicolas Bernier, conceptualiser l’art et la physique

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MACHINE _ VARIATION from Martin Messier
 


PROJECTORS : Martin Messier from Martin Messier
 


SEWING MACHINE ORCHESTRA : Martin Messier from Martin Messier 

 

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