Machines hantées à l'Impakt Festival 2017

Impakt festival

Imaginez-vous vivre dans l'internet des objets. Vous caressez un chat fluorescent dans une maison connectée, entouré de vos amis semi-robotiques. Tout semble ésotérique alors que votre file d’actualité s’évanouit dans la réalité augmentée fusionnant instantanément votre vie au big data. De l'autre côté de la pièce, votre télévision spectrale diffuse les dernières informations sur notre monde hybride: les prolétaires 2.0 se révoltent contre les « corporates » de régions isolées, le premier syndicat d’intelligence artificielle a été reconnu par le gouvernement américain et le FBI a enfin démantelé les cartels de « fake news ». Entouré d'un flot continu de nouvelles technologies, vous entamez des danses cryptées afin de démystifier cette singulière phénoménologie numérique. Témoin principal de l'émergence de cette ère éclatante, vous plongez inconsciemment dans ce monde de machines hantées et de problèmes abjectes.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la planète, artistes, écrivains, scientifiques, biologistes, chercheurs, activistes, commissaires, travaillent à  la création une nouvelle forme d'humanisme numérique illustré par des mythes utilisant un langage universel fait d'algorithmes aléatoires.

Hyper Reality de Keiichi Matsuda. Hyper-Reality présente vision provocatrice et kaléidoscopique de l'avenir, où les réalités physiques et virtuelles ont fusionné dans une ville est saturée de médias. (vidéo)

Ce scénario pourrait être celui d'un futur proche surtout après avoir visité l’édition 2017 du festival Impakt: "Haunted machines & Wicked Problems". Comme le précise wikipedia: « Le festival Impakt est une manifestation annuelle sur l'art médiatique, fondé en 1988 à Utrecht, aux Pays-Bas. Y sont présentés des  films, vidéos, performances, de la musique, des conférences et autres événements. » Mais par dessus tout, c'est un lieu où se rencontrent amateurs et spécialistes afin de discuter de la singularité d’une époque construite par les nouvelles technologies. Grâce à des conférences de qualité, œuvres audacieuses et performances atypiques le programme surpasse les attentes traditionnelles que l’on peut avoir de ce genre de festival. Certes, la qualité des conferences n’était pas toujours égale mais, de la même manière qu’il faut du mauvais pour obtenir du bon, il est logique que ce festival ait ses propres défauts.

Durant 5 jours, un large éventail d'artistes internationaux, conservateurs, chercheurs, programmeurs, biologistes, interprètes, scientifiques, étudiants, architectes ont confronté leur vision sur l’aspect occulte de nos relations aux technologies. Explorant des pratiques telles que le design spéculatif, l'alchimie moderne, le vodouisme 2.0, le festival soulève des questions telles que « à qui appartient le futur ?, Qu'est-ce que la vérité à l’ère du numérique? Comment les technologies affectent-elles notre écosystème? Existe-t-il une forme de matérialité surnaturelle du numérique? Comment nos corps réagissent-ils à l’Internet des objets? Quels sont les défis éthiques et politiques d’une société sur-médiatisée? Grâce à cette « explosion » thématique tout visiteur, qu’il soit geek ou néophyte, avait la possibilité de plonger dans les divers aspects constituant un sujet si complexe.

Que ce soit sous forme de conférences (à het huis Utrecht) ou d’expositions (fotodok/casco, HKU academie) les visiteurs étaient invités à voyager au travers de nombreuses réflexions mises en forme grâce à différents médias. En allant de la projection de films tel que "Lettre du voyant" de Louis Henderson à l’"installation vivante" de Dries Verhoeven Phobiarama, votre esprit pouvait initier une sorte de processus de démystification technologique nécessaire à la compréhension du monde dans lequel nous vivons. 


Phobiarama - Dries Verhoeven

Il est également important de souligner que le festival a exposé le travail des étudiants de la HKU donnant ainsi la parole à de nouveaux praticiens. Je terminerai donc en mentionnant la performance du belge Diederik Peeters , qui lors d’une séance de spiritisme atypique nous a invité à dépasser notre scepticisme grâce à l’invocation en temps réel d’esprits disparus.


Les curateurs Natalie Kane et Tobias Revel

Tobias Revell et Natalie Kane sont les initiateurs de Haunted Machines un projet curatorial qui sur le long terme les a menés à créer le programme de cette année d’impakt. Ils avaient débuté en 2015 avec une mini-conférence à FutureEverything. Leurs recherches interrogent les différents récits de magie et de mythe inhérents de nos relations aux technologies. Natalie est curatrice de la section design numérique au Victoria and Albert Museum, et chercheuse chez Changeist. Tobias, lui , est artiste et directeur de cursus au London College of Communication et maître de conférences, également  membre fondateur du Think Tank Strange Telemetry.

Les Intervenants

L'un des plus grands atouts de ce festival a été le panel de discussion ainsi que les performances, voici qui vous auriez pu entendre: Adam Curtis (GB), Ben Vickers (GB), Warren Ellis (GB), Legacy Russell (US), Anab Jain (GB) Liam Young (AU), Angela Washko (US), Simone Niquille (CH), Julian Oliver (NZ), Crystal Bennes (GB/FI), Scott Smith (GB), Füsün Türetken (TR), Peter Moosgaard (AT), Royce Ng (AU/HK), Data School Utrecht (NL), Georgina Voss (GB), Michelle Kasprzak (CA), Nicolas Nova (CH), Betti Marenko (GB), Joël Vacheron (CH), Karen Verschooren (BE), Pieter van Boheemen (NL), Lydia Nicholas (GB), Sarah Kember (GB) and Edwin Gardner (NL).

Adam Curtis is a documentarist well-known for making film using BBC’s film archive as raw storytelling material. His movies such as “Hypernormalisation" critically analyze our modern geo-politics in a time where money and power are at lead. Often assimilated to a “leftist" he is in fact disturbingly shaking the documentary scene by using in his own words “disjointed and often wildly contradictory fragments of information” in order to reflect the chaos of our modern times. His film such as are accessible online here.


HyperNormalisation. documentaire BBC par British filmmaker Adam Curtis.  2016

Legacy Russel est une écrivaine, artiste, productrice culturelle, théoricienne principal du mouvement glitch féministe à l’initiative  du hashtag #GLITCHFEMINISM. Elle fait appel au numérique comme forme de résistance contre la domination  des multinationales et explore les notions de genre, la performance, le self-digital, l'idolâtrie et les nouveaux rituels médiatique . Elle pose cette question fondatrice de sa démarche: «comment le rituel se manifeste-t-il dans les espaces habituellement désignés comme« laïques? » . Docteur en culture visuelle, distinguée par la Goldsmiths,  elle a travaillé pour des institutions telles que le Brooklyn Museum, le Whitney Museum of American Art et le Metropolitan Museum of Art, NY.


Serpentine Miracle Marathon: Not My Dad | Legacy Russell from Legacy Russell

Liam Young is an architect who’s practice plays of the thin line between design, fiction and futures. He is founder of the think tank Tomorrows Thoughts Today whose work explores the possibilities of fantastic, speculative and imaginary urbanism. Building his design fictions from the realities of present he also co-runs nomadic research studio Unknown Fields Division.

Lire l'entretien : Liam Young - "La VR n’a rien de radicalement nouveau"
 


Unknown Fields: A Journey through the Dark Side of the City from liam young

Les artistes

De la recherche de la valeur mythologique du pétrole au Moyen-Orient à l'utilisation du symbolisme pour contrôler les voitures autonomes, 14 artistes ont exposé leur conception de l’occult digital à fotodok/casco lors du festival Impakt.  Monira Al Qadiri (SN), Sophia Al Maria (QA/US), James Auger (GB), Zach Blas (GB), James Bridle (GB), Ingrid Burrington (US), Wesley Goatley (GB), Navine G. Khan-Dossos (GB), Mimi Onuoha (US), Tabita Rezaire (FR/DK/GY), Thought Collider (GB/NL), Suzanne Treister (GB), Addie Wagenknecht (US) and Angela Washko (US).

Angela Washko est une artiste, écrivaine et animatrice dévouée à la création de nouveaux forums de discussion sur le féminisme dans des espaces dit "hostiles". En 2012, elle a créé un Centre de conseil sur la sensibilité au genre et la conscience comportementale dans World of Warcraft, une intervention en cours au sein d’un des jeu de rôle le plus populaire de tous les temps. Pour Impakt, elle a présenté une performance où elle incarne un avatar récoltant les points de vue sur le féminisme de certains joueurs aboutissant à des résultats parfois humoristiques voire  choquants. (voir vidéo en fin d'article)

James Auger est un designer/chercheur universitaire « spéculatif » dont les travaux portent sur les systèmes de valorisation sociale et culturelle des machines. Jimmy Loizeau a lui étudié les beaux-arts à Maidstone et Birmingham ainsi que le design de produits au Royal College of Art. Il a travaillé au MIT Media Lab Europe à Dublin dans le groupe Human Connectedness et enseigne maintenant à la Goldsmiths et au RCA. 

 

Sublime Gadget Ripple Counter by James Auger
Auger-Loizeau, Sublime gadget #1: Ripple Counter.

En tant que partenaire d'Auger-Loizeau (avec James Auger), il expose et donne des conférences internationales dans le but d'accroître le débat autour des technologies et de leur culture dans des lieus exclus de ce type de discours.

Car il ne s'agissait pas uniquement de technologies mais de culture, de politique, d'économie, de science et plus encore ... Impakt a réussi à invoquer des idées critiques dans un contexte souvent trop enthousiaste ou au contraire dystopique. Il est temps de donner aux artistes, scientifiques, amateurs et autres la possibilité d’exprimer leurs doutes et contre-discours face à une vision trop rationaliste et utilitaire de la technologie. De fait, je recommande vivement à quiconque de se rendre à la prochaine édition Impakt ... afin de poursuivre la discussion.

 

Juliette Pépin


Impakt Festival 2017, video report

 

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