Les Faits du Hasard au Centquatre

Licht, Mehr Licht

Exposition centrale de la tentaculaire Biennale Internationale des Arts Numériques Némo, l’exposition Les Faits du Hasard concoctée par son directeur, Gilles Alvarez, et par José-Manuel Gonçalvès, directeur du CENTQUATRE, propose jusqu’au 4 mars un nouveau parcours scénarisé au cœur de propositions artistiques et numériques plaçant le « hasard organisé » - la fameuse sérendipité - au centre du processus créatif. Petit tour d’horizon de quelques-unes des œuvres présentées.

Comme tous les deux ans, la Biennale Internationale des Arts Numériques conçue par l’équipe d’Arcadi et Gilles Alvarez s’est installée au CENTQUATRE pour une exposition faisant la part belle à la grande mécanique artistique du hasard, de l’accidentel et de la sérendipité,  dans le sillage de sa prédécesseure, Prosopopées : quand les objets prennent vie (voir article). Comme l’explique Gilles Alvarez « Avant le hasard dans l’art, c’était l’erreur. Mais depuis Marcel Duchamp et la mécanique quantique, il existe un hasard intentionnel, un outil qui demande à être organisé par le geste artistique ». Un postulat que José-Manuel Gonçalvès, directeur du CENTQUATRE et cosignataire de la direction artistique de l’exposition, prolonge en revendiquant la nécessité de « construire une exposition d’art contemporain qui va puiser dans toutes les esthétiques, dans le numérique, dans le théâtre d’objets pour jouer de la variété du hasard et montrer que le résultat d’une œuvre n’est pas toujours reproductible ».

Martin Messier  Impulse
Martin Messier - Impulse © Quentin Chevrier

Hasard contemplatif ou plus perturbant

A ce titre, Les faits du Hasard se révèle une exposition pleine de surprises, alternant pièces contemplatives comme le Chijikinkutsu du Japonais Nelo Akamatsu - où une composition sonore frêle et immersive est conçue à partir du frottement d’aiguilles magnétisées sur 400 verres réparties dans une pièce (voir vidéo) -, ou le Tele-Present Wind du Canadien David Bowen, où une chorégraphie de tiges de plantes est dirigée en temps réel par la captation de vent depuis les plaines du Minnesota, et œuvres plus déstabilisantes comme le Impulse du Québécois Martin Messier, avec sa matérialisation saccadée de flux électriques conçus comme une analogie poético-technologique du fonctionnement du cerveau (voir vidéo), et surtout cette Machine To be Another du collectif BeAnotherLab, proposant d’échanger son corps – et ses perceptions empathiques – avec une personne vous faisant face par le biais de casques de réalité virtuelle.

tele-present wind, David Bowen
Tele-Present Wind, David Bowen   © Quentin Chevrier

Certaines approches s’appréhendent de manière clairement alchimique, comme les dispositifs de création sonore loufoques de l’instrumentarium Aquaphoneia du collectif Topological Media Lab, avec ces assemblages d’objets permettant de transformer la voix en matière liquide ou gazeuse. Mais l’installation la plus envoutante se révèle sans doute la nouvelle pièce de Guillaume Marmin, Licht Mehr Licht, invitant le spectateur à emprunter un corridor traversé de flux lumineux spectraux, dans une déambulation magnétique se rapprochant des fameux phénomènes d’attraction lumineuse caractéristiques des Near Death Experience. De quoi approfondir sérieusement votre manière d’explorer les champs du possible du hasard.

Image titre: Licht Mehr Licht, Guillaume Marmin
Laurent Catala

Les Faits du Hasard, jusqu’au 4 mars au CENTQUATRE
dans le cadre de Némo, Biennale des Arts Numériques, Paris Île-de-France, octobre 2017-mars 2018

www.biennalenemo.fr

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