Le numérique en folie partagé à la Villette

Folie Numérique

Passée pour trois ans , la convention entre le parc de la Villette et le centre d’arts numériques Fées D’hiver entend soutenir la création émergente à travers un modèle coopératif valorisant le travail de l’artiste.

Alors que le festival Villette Numérique a disparu depuis quelques années et que la création digitale artistique n’apparaissait plus qu’en composante des manifestations pluridisciplinaires de la structure du nord-est parisien (100 % expo, la récente installation Test Pattern n.13 de Ryoji Ikeda présentée dans le cadre du festival d’automne ou l’approche design interactif de l’expo-atelier Beyond Seeing au WIP), le numérique retrouve un droit de citer pérenne au cœur du parc à travers le projet Folie Numérique, procédant du réaménagement de la folie N5 et de son attribution au centre d’arts numériques Fées D’Hiver.

« Nous avons remporté un appel à projet lancé par le Parc de la Villette qui souhaitait porter des activités artistiques et culturelles dans ces folies longtemps occupées par des activités privées - la folie N5 que nous occupons était occupé par des Kinés ! », explique ainsi Erik Lorré, artiste numérique et fondateur de Fées D’Hiver.
Une bonne nouvelle qui n’est pas passée inaperçue aux yeux du public qui s’est bousculé dans le lieu pour une de soirée d’ouverture hautement réussie le 12 janvier dernier (avec une première exposition où l’on a pu voir, entre autres, des œuvres de Joan Giner – la boîte optique Infinite Room –, Frédéric Deslias – la bobine révélant les champs magnétiques de #TeslaCoil –, ou s’adonner au gaming interactif avec lampes torches du Chroma Perspectio de Studio Bruyant). 

tesla coil

Gouvernance autogérée

Concrètement, cette nouvelle Folie Numérique va permettre la mise en place d’activités variées, tournée vers les acteurs de la création numérique au sens large. « Les publics concernés seront les usagers des communs [c'est-à-dire les espaces, le matériel, les savoirs technologiques, le réseau], à savoir les artistes, partenaires, compagnie, collectifs, tiers lieux, lieux institutionnels, tous les publics largement représentés sur le Parc de la Villette », poursuit Erik Lorré. « En termes d’activités, il y aura des événements, expositions, résidences, recherche, formations, ateliers métiers et pédagogiques. Nous avons passé une  convention de trois ans qui respecte la nouvelle législation européenne imposant l’attribution d’occupation des lieux d’établissement publics par des appels à projets réguliers. Mais l’appel à projet sera reconduit et notre projet certainement s’il a fait ses preuves. »

Surtout, le lieu s’inscrira dans le principe d’économies émergentes de type 3ème révolution industrielle et de coopérative d’artistes, autogérée sur un mode de gouvernance partagée, caractéristique des projets menés par Fées D’Hiver depuis plus de dix ans. « Nous n’avons pas voulu créer un énième centre de création avec un modèle économique classique, à savoir totalement perfusé par la subvention publique, couvrant essentiellement des frais de fonctionnement et sclérosant toute la partie artistique », se félicite Erik Lorré. La Folie Numérique aura donc vocation à soutenir avant tout la création émergente. « Nous avons l’ambition d’expérimenter le centre de création 2.0, le tiers lieu du futur en définissant la folie numérique comme un espace-outil, un lieu ouvert et traversé par des usagers (artistes, partenaires, collectifs, publics…) dans une gouvernance horizontale, portée par des commissions indépendantes au sein d’un groupement d’artistes – nous n’employons pas volontairement le mot « collectif », trop connoté – sans cesse renouvelé. Le plus intéressant est que ce modèle économique émergent sera porté au cœur du Parc de la Villette, au milieu d’opérateurs institutionnels. Nous comptons bien profiter de ce contexte pour rendre visible cette expérimentation. »

 

Un espace/outil de travail au services des artistes 

Première conséquence, les évènements portés par la Folie Numérique ne seront pas issus d’une programmation, mais le résultat direct de l’activité de cette  « ruche » créative où le numérique sera utilisé comme un médium désacralisé et émancipateur, comme le précise Laurent Carlier de Vision’R, référent évènementiel du lieu avec Etienne Bernardot. « Les événements envisagés à la Folie Numérique sont un prolongement de son positionnement sur les communs. Ils seront donc portés par les artistes, les partenaires de Fées d’Hiver, mais pourront aussi accueillir des propositions extérieures. L'enjeu des communs correspond aux usages que l'on en fait. Dans le cadre du numérique, les outils à disposition et en circulation ne sont pas à sacraliser, mais à mettre au service des libertés d'expression, des usages sociaux et des épanouissements actuels et à venir. »

Par le biais de l’accompagnement technique de son LABo des Fées, organe central au cœur du dispositif, ce nouveau lieu converti en espace/outil de travail permettra aussi de lutter contre la précarité grandissante des artistes faisant usage du numérique dans leur processus créatif. « La Folie Numérique se positionne comme nœud actualisant des réseaux en accompagnant des travaux artistiques ou pas encore qualifiés d’artistiques », résume Laurent Carlier. « Pour le moment il n’y a pas de financement pour le fonctionnement,  mais la redistribution des richesses de toutes sortes (accueil, savoir-faire, expérience, matériel, logistique...) pourraient comporter un axe financier car celui-ci fait partie des logiques de reconnaissance qualitative qui permettront de sortir de la survie imposée aux chercheurs-artistes ‘’non rentables’’. »

À la Villette, la Folie Numérique revendique déjà un nouveau modèle d’usage technologique et c’est tant mieux.

Laurent Catala

Expo permanente à la folie numérique
Mercredi à Vendredi 14h-19h
Samedi-Dimanche 10h00-12h00 / 14h00-18h00

www.feesdhiver.fr  folie-numerique.fr

 

 

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