EP7: une guinguette numérique avec pignon digital sur rue

EP7

Nouvel équipement situé aux portes de la BNF, l’EP7 allie visées transdisciplinaires – mêlant notamment culture numérique et gastronomie – et interaction temps réel aux consonances très street art grâce à son imposante façade de douze écrans. Une véritable galerie virtuelle numérique qui n’attend plus que vous pour fonctionner.

En matière d’équipements innovants ou de structures dédiées au numérique, le nouveau quartier Paris Rive Gauche a offert de nombreux projets intéressants ces dernières années. Du côté de Digitalarti, on peut citer le Happen Space d’Accenture, hôte de nombreuses installations et évènements en coproduction, comme lors des manifestations Immersions Digitales et D-Light en 2012 et 2013, ainsi que plus récemment l’œuvre artistique pérenne Solar Wind de Laurent Grasso qui offre sur deux silos géants entre le Périphérique et l’Avenue de France un habillage lumineux permanent, traduisant des données météorologiques spatiales traitées en temps réel.

En remontant cette même Avenue de France jusqu’au parvis de la Bibliothèque François-Mitterrand et au quartier Tolbiac-Chevaleret, il est désormais possible de découvrir un nouvel espace ouvert depuis fin février, l’EP7, qui attire immédiatement l’œil avec son dispositif multi-écrans faisant chavirer sa façade en même temps qu’il pose les jalons d’une nouvelle forme de connectivité sur l’espace public.

Le numérique avec un petit air de fête

Porté par Christophe Pasquet et Frédérique Magal – les fondateurs du Point Éphémère – qui en ont imaginé les contours en collaboration avec l’agence d’architecture Randja. L’EP7 tire son nom de la parcelle de territoire ayant fait l’objet d’un appel à projet de la SEMAPA il y a sept ans. Un long process qui débouche aujourd’hui sur l’apparition de ce nouveau site culturel gourmand, conciliant espace d’exposition en façade et espaces de convivialité à l’intérieur dans une dimension guinguette numérique assez insolite.

« L’objectif de l’EP7 est d’abord de faire vivre un quartier qui accueille ses premiers habitants », explique Aleksandra Smilek, programmatrice et coordinatrice du lieu. « C’est un territoire très jeune, dont l’identité reste à créer, tout comme ses pôles de créations et ses points de rencontre et de partage. C’est pour répondre à ces besoins communautaires et culturels essentiels que l’idée de faire une guinguette prend tout son sens. De tout temps, la guinguette a été un lieu de partage et de fête. Mais s’il était très réputé pendant la période de l’impressionnisme, son concept a aujourd’hui en quelque sorte besoin de faire peau neuve en abordant de manière hybride la nouvelle vague de création numérique. » 

EP7

Symbole éclatant de cette peau neuve recouvrant les murs de l’EP7, sa façade multi-écrans traduit de façon technologique la volonté du lieu de se connecter en temps réel avec son public et son voisinage. « Le numérique offre la possibilité au bâtiment de changer de diffusion de manière très dynamique, permettant à l’EP7 de vivre au rythme du quartier et d’accompagne tout au long de la journée usagers et habitants », poursuit Aleksandra Smilek . « La façade connait donc plusieurs temps de programmation évolutifs dans une  journée. Le matin, elle est une gazette numérique diffusant bons plans, blague du jour et petites annonces du quartier [un travail conjoint est d’ailleurs mené avec les autres infrastructures du quartier pour relayer leurs activités, École des Gobelins, ENSA, Maison des associations du 13eme, etc.]. L’après midi, elle se fait galerie d’art et diffuse dans son entièreté du contenu artistique. Et le soir, elle vire clubbing et diffuse des sessions VJing pendant les afterworks. » 

L’EP7, une véritable galerie numérique virtuelle

Pour permettre cette connexion au territoire et à ses habitants/usagers, le dispositif agit donc comme une véritable interface de dialogue avec l’espace public et se transforme en une véritable galerie numérique virtuelle ayant pignon digital sur rue. « Cette façade numérique de douze écrans, c'est en somme 133 m2 d'espace d'exposition digital », résume Aleksandra Smilek. « Elle présente des œuvres interactives comme celle de Santiago Torres, mais proposera également des œuvres d’art génératives, comme la prochaine création de disnovation.org qui sera diffusée à partir du 21 mars à l’occasion de la biennale d’art numérique Némo. »

La programmation à venir s’annonce d’ailleurs aussi croustillante que les menus street-food gourmets du chef Adrien Tran proposés à la carte du restaurant. À partir du 28 mars, la façade accueillera le travail de la ligue francophone de light painting. En avril, ce sera un dispositif de danse interactive en partenariat avec l’Institut des Systèmes Complexe ISC et l’inauguration de l’exposition Systaime Love You, Your Life Is Perfect de SYSTAIME, l’un des pionnier du Netart français. En mai, y est prévue une rétrospective du grand photographe Roman Opalka.  Puis ce seront également des défilés de mode pendant la Fashion Week, un hackaton sonore de la BNF et une intervention de l’artiste internationale Pia Myrvold prévue pour la fin de l’année. Pour la nuit Blanche, le prix d’art numérique Opline Prize y trouvera résonance avec des artistes reconnus comme Orlan, Alain Fleisher, Jacques Villeglé. Et L’EP7 sera également le point névralgique de la Digital Week pendant les mois d’octobre et novembre.

Toute une année de diffusion qui ne manquera pas non plus de mettre en valeur de jeunes artistes internationaux, tels Fabien Zocco, Émilie Gervais, ou encore Tomek Jaromil et Johanna Wlaczyn, dont l’exposition 7eme Ciel sera opérationnelle à partir du 19 avril. Un véritable précipité d’œuvres numériques, entretenant un principe assumé et dynamique de renouvellement chronique des travaux présentés. « Nous organisons des vernissage tous les 10 jours », souligne ainsi Aleksandra Smolarik.. « Les œuvres sont exposées sur la façade pendant un mois avec une récurrence de diffusion de moins en moins forte pour finalement disparaitre de la programmation et laisser la place à d’autres. »
 


EP7 def. Randja © David boureau
 

Un établissement culturel jeune, mais ambitieux

Car l’EP7, en dépit de son jeune âge, ne manque déjà pas d’ambitions. Et la principale d’entre elle reste de faciliter l’accès à l’art numérique du plus grand nombre.

« La Façade numérique a beaucoup de points communs avec le street art. Elle démocratise l’art dans la ville », précise Aleksandra Smolarik. « Grâce au support numérique, elle permet de donner plus de vue à une création contemporaine encore très souvent de niche et ayant des difficultés à toucher la population. Le plus gros challenge est donc d’offrir de l’art numérique à la population la plus large et de lui faire découvrir des formes d’art et des discours sur la technologie auquel il lui était difficile d’accéder jusque là. Notre plus gros défi est donc de sensibiliser les passants à des formes d'art qui aborde la technologie de manière transversale. »

Laurent Catala

Photo titre: EP7 def. Randja © David boureau, oeuvre de Santiago Torres, courtoisie Galerie Denise René

EP7, 133 avenue de France 75013 Paris.
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