En 2018, Elektra chante le corps électrique

A-t-on douté du fait que ceux qui compromettent leur propre corps se cachent d'eux-mêmes ?
« I Sing the Body Electric »  Walt Whitman

À l’époque de l’anthropocène – époque marquée par l’impact de l’humain sur son environnement naturel – nos corps sont devenus de nouveaux champs d’exploitation (capitaliste, politique, mais aussi artistique). Le discours transhumaniste en a fait un outil défectueux qu’il faudrait à tout prix améliorer en ayant recours à de nouvelles technologies telles que le génie génétique et autres techniques émergentes. Or, il est de plus en plus probant que cette capitalisation de l’humain, dans ce qu’il possède de plus naturel, n’est pas sans conséquences sur sa manière de faire corps avec le monde.

Après avoir établi le contexte technologique dans lequel nous évoluons, la trilogie AUTOMATA du festival ELEKTRA nous propose un dernier volet qui « Chante le corps électrique » et se dédie à la corporéité – en d’autres termes à ce qui relève du corporel, du corps humain et matériel à l’ère de l' « human enhancment » (augmentation humaine). Car, comme nous le confiait son directeur artistique Alain Thibault « la culture numérique est aussi animée de questions critiques par rapport aux usages que nous faisons de cette technologie. Ce n’est pas un domaine neutre d’admiration béate, elle a une vraie dimension politique et sociale. »


BIAN X ELEKTRA 2018 - TEASER from Elektra

Lors de sa 19e édition qui se déroulera à Montréal du 26 juin au 1er juillet à la Société des Arts Technologiques - SAT et à Arsenal art contemporain, le festival Elektra fidèle à son statut de révélateur d’artistes promet de nous introduire à de nouvelles expériences performatives. Au grès d’une programmation éclectique mais pointue, le public sera amené à découvrir un large panel d’artistes tels qu’Alex Augier (FR) et Alba G. Corral (ES). Leur pièce end(O), spécialement conçue pour la Satosphère, donnera à voir et à vivre les rapports de force établis entre différentes dimensions d’un hypermédia. Toujours de manière immersive, le projet Trajectories de l’artiste japonais Chikashi Miyama (JP) initiera le public à ce nouveau type d’interaction opérant entre mouvements corporels et audiovisuel génératif.

Voir détails dans l'évenement facebook pour end(O) et Trajectories

Événement far en partenariat avec la BIAN, la France sera l’invitée d’honneur de la soirée inaugural du festival. La performance de NSDOS (FR) - Tattoo Hacking nous invitera à questionner les analogies ambiguës entre corps et interface. Au travers de différents dispositifs digitaux de captation, NSDOS établit un dialogue musical entre son corps et ses outils. Ses mouvements naturels y génèrent ainsi une œuvre surprenante au grès d'une hybridation sonore et visuelle. En parallèle, les œuvres de Freeka Tet (FR) uncanny valley, Anne-James Chaton (FR) Some Songs mais aussi Cod.Act (CH) Πton seront aussi à découvrir. Enfin, le projet Présence -- la performance robotique au service de la médiation remet en question la physicalité de l’expérience culturelle dans sa relation à l'espace institutionnel situé, et ce, grâce aux possibilités ubuesques offertes par les technologies émergentes telle la robotique. Et si le musée pouvait être visité sans que le corps n'y soit invité ? A ne pas rater…


uncanny valley, Freeka Tet

NSDOS Elektra
NSDOS

Même si le festival ELEKTRA s'est initialement construit autour de l’art performatif, celui-ci n’a pas manqué d’élargir son expertise à l’art contemporain en initiant, en 2012, la BIAN (biennale internationale d’art numérique - 29 juin au 05 août 2018 à l'Arsenal art contemporain). Sa 4e édition aura aussi lieu cette année et partagera la thématique qu'est ce singulier corps électrique.

L’Allemagne y sera invitée d’honneur grâce à la présence inédite du commissaire, artiste et directeur du ZKM - Centre d’art et de technologie des médias à Karlsruhe (DE) Peter Weiber en collaboration avec Alain Thibault, directeur artistique d’ELEKTRA. Y seront présentes les œuvres des artistes Manfred Mohr, Ralf Baecker, Bernd Lintermann & Nikolaus Volszow. Du côté canadio-québéquois V.Dream de Li Alin est à ne pas rater. À l’heure ou le sommeil et le rêve sont les cibles de nombreuses industries capitalistes cherchant à rentabiliser ces temps de pensée suspendue, l’artiste nous invite à rêver éveiller grâce à la réalité virtuelle. Quelle meilleure lutte y aurait-il contre la capitalisation à outrance que celle de créer de l’inactivité grâce au rêve augmenté ?
 

Li Alin
VDream Print, Li Alin

Les artistes Skawennat, Adam Basanta, Projet Eva: Simon Laroche & Etienne Grenier, Light Society, Caroline Monne, seront aussi à découvrir ainsi que leurs homologues internationaux mondialement connus Teamvoid & Youngkak Cho, Daniel Rozin, Ed Fornieles, Robin Meier, Christa Sommerer & Laurent Mignonneau, Ali Kazma, Aleksandra Domanovic, Pierre Huyghe, Omer Fast.. Ou encore Addie Wagenknecht dont l’œuvre critique Optimization of Parenting, p.II semble des plus contextuelles de par sa remise en question de la charge sociale que le modèle de la mère inflige aux femmes. Introduisant un bras robotique réagissant aux besoins d’un enfant endormis, son travail s’articule autour de la pression faites aux femmes, interrogeant ainsi la place que les technologies peuvent jouer dans l'émancipation de celles-ci face à un dictat social qui semble périmé.


Optimization of Parenting, ABB Robot Arm, Digital Fabrication Laboratory, (dFab), CMU School of Architecture, 2012

 

Mais un festival d'une telle envergure serait incomplet sans l’organisation de tables rondes autour de sujet contemporain en liens avec l’art et la technologie. C'est pourquoi, le MIAN (Marché international de l’art numérique - 28 et 29 juin 2018 au Centre Phi) offrira aux spectateurs un panel de discussion des plus poussé autour de problématiques actuelles. Mettant en perspective des thèmes tels que la diffusion de l’art contemporain numérique, son économie, sa production, son lien avec les sciences… Voire même sa légitimité à être. Cette partie du festival permettra à tout un chacun de témoigner de l’état actuel de l’art contemporain numérique. La table ronde art et science sera notamment animée par un de nos collaborateurs Maxence Grugier, qui questionnera les liens poreux entre sphère créatrice et scientifique ainsi que les productions qui en découlent.

Enfin une série d’expositions satellites se dérouleront en parallèle du festival dans de nombreux lieux culturels phares de Montreal tels qu'Oboro, Perte de Signal, Centre Lethbridge, Eastern Bloc, Ellephant, Galerie Trois Points, Vox centre de l’image contemporaine où l’on pourra retrouver le travail de l’artiste émergeante Sabrina Ratté - Radiance VI dont le projet Machine for a living a été présenté cette année lors du festival Mirages à Lyon (voir notre article).

MIAN 2018

19E FESTIVAL INTERNATIONAL D'ART NUMÉRIQUE
— ELEKTRA  26 JUIN — 01 JUILLET 2018

4E BIENNALE INTERNATIONALE D'ART NUMÉRIQUE
— BIAN  29 JUIN — 05 AOÛT 2018​

Digitalarti est heureux de compter parmi les partenaires du Festival Elektra

Programmation complète sur:
www.elektramontreal.ca

 

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