Daito Manabe & Motoi Ishibashi subliment l’invisible à la MCJP


 

En 2016 la Maison de la Culture du Japon à Paris programme Transphère, une série d'installations présentant le travail d’artistes japonais contemporains. En attendant les créations de l’Atelier Bow-Wow & Didier Faustino visibles cet été, et celle de Rei Naito à l’automne prochain, les célèbres Datoi Manabe & Motoi Ishibashi, artistes-programmeurs d’exception, dévoilent Rate-shadow. Une nouvelle oeuvre numérique à mi chemin entre réel et virtuel et visible jusqu’au 7 mai 2016.

On peut lire ici et là, que la série Transphère de la Maison de la Culture du Japon à Paris ambitionne de questionner le sens de l’art à travers l’expérimentation. Un leitmotiv fréquemment revendiqué par les structures culturelles, avec un sentiment parfois déceptif pour le visiteur. Pourtant, dans ce cas précis, l’amateur prêtera une attention particulière à cette annonce. En soit, il est déjà remarquable de voir la Maison de la Culture du Japon à Paris décloisonner la création contemporaine pour y présenter une oeuvre numérique. A plus forte raison, il s’agit ici d’inviter Daito Manabe & Motoi Ishibashi, figures incontournables de la scène numérique et brillants chercheurs en informatique, à présenter une nouvelle pièce.

Daito Manabe s’était déjà fait remarquer en publiant, en 2008 sur YouTube, sa stupéfiante performance Face Visualizer. Depuis, à l’image de Ryoji Ikeda, célèbre pour ses installations avant-gardistes ou de Masaki Fujihata dans le domaine de l’infographie et du network art, Daito Manabe et son compère nippon se sont fait un nom dans la recherche et le développement. Aomi Okabe, directrice artistique des expositions à la Maison de la Culture du Japon à Paris, précise que “Daito Manabe et Motoi Ishibashi, qui appartiennent à une génération nourrie aux jeux vidéo, se désignent d’abord sous le terme de programmeurs, assurant eux-mêmes le développement des programmes et du matériel informatique auxquels ils ont recours.”

Une méthodologie basée sur l’expérimentation

Coopérant en tant que directeurs de Rhizomatiks Research, l’une des structures japonaises les plus innovantes en matière de création numérique, les artistes, et programmeurs donc, s’enrichissent mutuellement de leurs domaines d’expertise. “En règle générale, Motoi Ishibashi est en charge de l’ingénierie, c’est à dire de l’ensemble du matériel et de la mécanique, alors que de mon côté je travaille sur le logiciel et les ondes électromagnétiques, tels le son et la lumière.”, explique Daito Manabe.

Le duo fonde son travail sur une expérimentation permanente. Pour eux, la recherche - informatique et mécanique - compte autant que le résultat plastique, au point d’en faire les principales modalités pour toute activité créative. Motoi Ishibashi détaille cette approche : “Les outils utilisés évoluent en permanence. Nous les ré-exploitons et c’est à partir de ce moment que nous imaginons ce qu’il est possible de réaliser comme oeuvre. Il serait compliqué de dissocier la recherche et la réalisation artistique dans notre activité. Ce sont les revers d’une même médaille, indispensables pour mener à bien notre travail”


 

A mi chemin entre réel et virtuel

Finalement les capteurs myoélectriques, mapping (voir Pulse) ou lasers (voir Robot x Dancers x Lasers), poussés à un haut niveau technologique, deviennent de simples outils permettant de créer une zone tangible entre le réel et le virtuel. Leurs créations prennent alors différentes formes. Aussi les performances chorégraphies mises en scène par Mikiko et jouées par la compagnie elevenplay sont toutes plus remarquables les unes que les autres.


drone x spotlight _ elevenplay x rhizomatiks "Shadow"

3 dancers and 24 drones mêlant quelques danseuses à une armada de drones volants est l’une des dernières en date. Dans d’autres cas leur inventivité prend vie à travers des installations plastiques. Particles, monumental nuage de pixels lumineux primé aux festivals Ars Electronica et Japan Media Arts est peut être leur plus belle réussite.


ELEVENPLAY x Rhizomatiks Research “3 dancers and 24 drones” 


PARTICLES / Daito MANABE & Motoi ISHIBASHI

Même si l’interactivité est souvent de mise, il ne s’agit pas là de disserter sur la relation homme-machine. “Je n’ai jamais été réellement conscient de placer l’humain au centre de nos créations. Néanmoins nous concevons de nouvelles expressions artistiques en combinant ce que seules les technologies peuvent créer et ce que seuls les humains peuvent créer” avoue Motoi Ishibashi. De façon plus ironique Daito Manabe ajoute que “le propos central ne se concentre pas sur l’être humain. Une électrode pourrait être placée à l'intérieur du cerveau d'un rat. Les données récoltées serviraient de base intéressante pour un travail.”. Quoi qu’il en soit, en simulant un univers, souvent poétique, Daito Manabe & Motoi Ishibashi incitent le spectateur à expérimenter la différence entre perception et réalité.
 

Rate Shadow ou comment percevoir l’invisible

C’est justement ce que revendique Rate Shadow présentée pour la première fois, à la Maison de la Culture du Japon à Paris. L’installation s’inscrit dans la continuité de Rate, créée en 2011. Cette dernière était alors composée d’immenses ballons blancs dont les splendides couleurs ne se révélaient qu’à travers le filtre d’un écran de caméra. En développant un dispositif de LEDs, Daito Manabe & Motoi Ishibashi donnent à voir l’invisible. Cette fois, des formes sont éclairés et créent des ombres qui, visualisées au travers d’un écran de smartphone ou de tablette, révèlent des couleurs invisibles à l’œil nu.


Rate Shadow

Le mécanisme repose sur l’usage de fréquences indécelables pour nos capacités cognitives. Pourtant toutes ces ondes lumineuses n’en restent pas moins réelles. C’est là l’intérêt de Rate Shadow. Paradoxalement, alors que la technologie nous émancipe de certaines contraintes physiques, elle nous rappelle également nos limites cérébrales. Daito Manabe & Motoi Ishibashi réussissent alors un formidable tour de force : non-contents de montrer l’invisible, ils le subliment en une expérience inoubliable.
 

Rédaction et propos recueillis Adrien Cornelissen
Remerciements Rina Watanabe, Ayumi Ota, Mami Iida, Philippe Achermann

Photo titre: Rhizomatiks Research+ELEVENPLAY, border, 2015. Photo: Muryo Homma (Rhizomatiks Research)

Quelques photos du montage de l'exposition

Paysages fertiles - Transphère 1

Daito Manabe & Motoi Ishibashi
Du 16 mars au 7 mai 2016
 

Rencontres

Avec Daito Manabe & Motoi Ishibashi
Animé par Oami Okabe (directrice artistique à la MCJP)
15 mars - 18h30 | Fb Event

Avec Atau Tanaka (artiste) et Emiko Ogawa (Ars Electronica)
Animé par Dominique Moulon (critique d’art et commissaire d’exposition)
24 mars - 18h30

Avec xxxxxxxxxxxxxx
Animé par Cédric Huchet (programmateur Scopitone/Stereolux)
14 avril - 18h30

Liens

rhizomatiks.com
rzm-research.com
www.daito.ws
www.motoi.ws

 

 

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