Blanca Li 360° : Chorégraphie pour une réalité augmentée

Avec 360°, un film chorégraphique réalisé pour un nouveau type de cinéma immersif, Blanca Li transcende la réalité et place le spectateur au centre de la danse. Son approche singulière des nouvelles technologies dans le spectacle vivant avait introduit en 2009, ses danseurs dans "Le Jardin des délices" d'un Jérôme Bosch animé en 3D. Aujourd'hui l'éternelle pionnière revient au festival EXIT (jusqu'au 5 avril 2015) avec une approche totalement enjouée de la réalité virtuelle.

C'est dans la salle surchauffée du sous sol de la Mac de Créteil que l'action se passe : sous le regard amusé d'un public aussi éclectique que l'aurait souhaité Malraux, d'autres spectateurs introspectifs sont tranquillement assis : affublés de casques de "Réalité Virtuelle", ils sont introduits au cœur de la chorégraphie. 360° est l'un des cinq projets choisis par Charles Carcopino, commissaire d’Exit pour illustrer les possibles "réalités augmentées" par un cinéma "fait maison", un "Home cinéma" qui démultiplie les écrans et les modèles de production. (voir article Home Cinema).
 


Dans l'espace de réalité virtuelle à l'exposition Home Cinema du festival EXIT   © JBluneau
 

360°, le film produit par Claire Marquet (ph TV /Première Heure) avec l'artiste Blanca Li vous plonge dans l'arène d'un "open space" professionnel où une vingtaine de danseurs survoltés, vous toisent et vous invitent  à partager leur journée de bureau qui se transforme soudain en pas de deux, en glissades sur la rampe d'escalier, en arabesques par-dessus les tables... Comme si vous étiez brusquement invité(e) au rêve éveillé d'une Alice contemporaine, Blanca li vous fait entrer dans la danse, avec vélocité, explosant dans ce film-performance, les carcans corporels de l'entreprise...


Réalité virtuelle / Blanca Li 360° - Blanca Li from Le Studio MAC Créteil 

Un sujet utopique sans doute ! Une réalisation réfraichissante, somme toute, encore expérimentale dont l'artiste nous livre ici, quelques procédés, préférant laisser la parole à James Senade, fondateur du studio St George pour les questions de post production !  
 

- Quels sont l'origine et le moteur de ce projet ?

Blanca Li: Claire Marquet est venue me voir à New York et m'a dit : "tu ne veux pas faire un film à 360 ° ?" Je n'avais aucune idée de ce dont elle parlait. Nous avions déjà travaillé ensemble pour la réalisation d'un film sur le spectacle Robot (2013) et sur Elektro Kif  (2010) en captation. Lorsqu'elle m'a montré des exemples, ça m'a intéressée tout de suite. Mais je me suis dit qu'on ne pouvait pas filmer à 360 ° un spectacle conçu pour une vision frontale du public, en plaçant seulement la caméra au centre, si l'action n'était pas pensée pour tourner autour de ce point de vue. J'ai donc proposé à Claire de chercher un lieu qui raconte une histoire pour y concevoir une chorégraphie dans  l’espace, avec les danseurs.

- Comment ont-ils accepté cette proposition ?

BL: Les danseurs sont des professionnels qui  comme moi étaient enchantés de participer à un  projet expérimental... Nous n'avions aucune idée de ce que cela allait donner au final.
 

- Quelle a été la plus grande difficulté dans cette aventure ?

BL: De créer une chorégraphie dans laquelle on se place  au centre et où l'on peut  voir à n'importe quel moment ce qui se passe à partir de n'importe quel point de vue : c'était très complexe de faire en sorte que la circularité de la chorégraphie fonctionne parfaitement pour vingt danseurs, au même moment et pendant toute la durée du film. Nous n'avons pas commencé à tourner tant que cela n'était pas réglé ! 
 

- Combien de temps a pris la réalisation de ce film qui dure dix minutes ?  

BL: Nous avons démarré le tournage en novembre, le film vient d'être terminé, or nous sommes déjà en avril !  Avec les danseurs nous avons répété puis travaillé pendant deux jours, mais c'est la postproduction qui a pris beaucoup de temps.


BEHIND THE SCENES BLANCA LI 360 from Claire Marquet prod 

C'est le moment où James Senade, superviseur des effets visuels, gratifié d'un "Flame awards" en 2014, entre en scène, présent bien évidemment, sur le tournage aux cotés du directeur de la photographie, Frédéric Martial Wetter et de l'opérateur Steady cam, Jan Rubens.     

- C'est la première fois que vous travaillez sur un film à 360° ?

James Senade: Non, pas tout à fait, nous travaillons actuellement avec un producteur sur une fiction en cinéma immersif... 

- Qu'est-ce qui fait la différence, faut-il un matériel spécial ?

J.S: Dans un film immersif c'est la lumière qui guide et le décor : l'environnement prend une grande importance. Et puis on se retrouve à gérer beaucoup d'information. Il y a plusieurs manières de procéder. Nous avons tourné avec une caméra RED et une focale assez large une sorte de "fish eye", sur 4 axes, plus deux avec le sol et le zénith, et avec cette idée que "la caméra c'est moi", le spectateur.


Jan Rubens (opérateur steadycamer) et James Senade sur le tournage de 360° @ Blanca Li

Nous nous sommes retrouvés avec des images très lourdes - 60 par seconde - de 11K qu'il a fallu, "stitcher", soit 4 prises à recomposer ensemble dans une séquence unique à mapper sur une sphère. Il a fallu corriger tous les raccords et trouver les outils qui modifient l'image anamorphosée. Nous, nous avons choisi d'utiliser notre matériel et de travailler à la française (NDLR comprendre " à façon comme des orfèvres" ) : nous avons pris le temps de développer nos propres outils sur Nuke et sur Flame (les deux grands logiciels de compositing du marché). Ce qui était également complexe dans ce projet c'est la diffusion du film sur de nombreux supports, pas seulement pour le kit de réalité virtuelle Oculus Rift, mais aussi pour tablettes et pour le web, avec la possibilité de se déplacer dans la chorégraphie avec une souris.

- Quel était pour vous, l'enjeu principal de ce film ?

J.S: Que cela apparaisse le plus simple possible comme si l'on avait tourné avec un téléphone portable. La danse est un champs d'expression total. Avec Blanca nous voulions quelque chose de ludique qui s'affranchisse de la technologie.

 

Et l'artiste de conclure  : "la danse est un langage universel qui se prête bien à l'utilisation des nouvelles technologies, mais elles doivent d'abord servir la danse... pour la sublimer. Maintenant que j'ai compris comment ça marche, je suis prête à recommencer, dit-elle"... Avec une plus grande attention portée au son qui comme le confirme le spécialiste du virtuel : "le son binaural, c'est 80 % de l'immersion mais dès lors qu'on a de l'image, celle-ci prend le pas !"  

Etoile chercheuse à la croisée de la danse et du cinéma, à l'avant garde de la mode et des cultures populaires émergentes, Blanca li nous faisait monter à bord du Vaisseau Niemeyer, dans le défilé  2014-2015 de JP Gaultier, avec 360 °, elle nous fait décoller au bureau ! 

360°, le Premier film de captation artistique pour un visionnage sur ordinateur, tablette, téléphone, et kit Oculus Rift.
blancali360.com

Véronique Godé/ Orevo 

> Voir et Ecouter <


Interview de Charles Carcopino, commissaire de l'exposition Home Cinema au festival EXIT 

reportage Arte Blanca Li 360 - Behind the scenes

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