Avec Ergonomics, votre corps devient smart

La Smart City devient notre environnement "naturel", nous devons changer pour nous adapter. Comment ? Ergonomics nous propose diverses solutions, dont son produit phare, le "Smart Body". Sous couvert de start up innovante, Ergonomics étudie l'adaptation de nos corps à l'urbanisme connecté. "Future is now" proclame la firme, vous pourrez vous en rendre compte lors des Ergoconferences les 10 et 11 février 2018 à la Gaîté Lyrique.

Qu'est-ce qu'un Smart Body ? Nous vivons dans des environnements urbains et technologiques et nous devons voir comme une évolution biologique le fait de nous y adapter physiquement via des extensions et un conditionnement adapté. L'un des secrets, intégrer des formes d'économie spatiale et énergétique via les tutoriels qui proposent des enchainements de mouvements à exécuter mobile à la main. Ces smart body training protocol ponctuent la conférence, animée par trois hôtesses (Rocio Berenguer, Marja Christians et Patric Sean Gee-Hou Kuo) qui incarnent à la perfection ce Smart body : déplacements à angles droits, attitudes figées, gestuelles rigides, sourires publicitaires. Le discours encourage à la maîtrise de soi dans un objectif de rentabiliser son "être" au monde réel et online : gérer son image, ses émotions… s'optimiser !
Le portable est un appendice indispensable, le selfie est la norme, et les  philosophies orientales nourrissent le coaching personnel : "Devenez le meilleur de vous-même, votre meilleure version" module le vocodeur.

Ergonomics est bien sûr un "fake", difficile à percer quand on ne voit que le site qui reprend les codes de l'entreprise innovante et ne dévoile ni le propos artistique ni l'équipe. Un dispositif qui rappelle les Yes Men et leurs jeux d'identité pour intégrer des milieux qu'ils critiquent. C'était la première volonté de Rocio Berenguer, (co-créatrice du projet avec Marja Christians), J'ai créé le personnage Jos Valiente comme interface de communication pour que nous puissions être invités dans des rencontres qui traitent de la Smart City et toucher ce public particulier. Ce qui s'en rapproche le plus était notre présentation pendant l'European Lab des Nuits Sonores à Lyon auquel participaient des entrepreneurs. Ils nous ont pris au sérieux, certains quittaient la salle, d'autres critiquaient le "produit". Ça a très bien fonctionné mais ce n'est pas une économie viable. Nous avons du faire des compromis et nous produire en tant que spectacle.


Marja Christians présente Ergonomics à l'European Lab (Lyon) en mai 2017. Photos © Ergonomics.

Le spectacle-conférence pointe les dérives d'un monde dans lequel le vivant est subordonné au modèle de la machine. L'urbanisme chorégraphie le corps des citoyens, les objets technologiques chorégraphient notre gestuelle quotidienne. J'ai eu envie de chorégraphier le corps de spectateurs pour mettre en évidence cette relation, précise Rocio Berenguer

Si les spectateurs éprouvent physiquement la pression du contrôle normatif (de façon assez amusante tout de même), pour Rocio Berenguer, le participatif pose surtout la question du choix. La position "je ne veux pas être manipulé" est soutenable. Certains choisissent de ne faire qu'une action, d'autres la totalité. Ils expriment leurs limites. Ils ne peuvent pas rester simplement assis sans ressentir une pression. Ils sont obligés de se positionner par rapport à la sollicitation, de définir leurs limites.

Un positionnement souhaitable face à la béatitude technologique diffusée par les entreprises innovantes, dont Ergonomics reproduit très fidèlement l'image glacée : vidéos transparentes et bleutées sur lesquelles s'impriment des slogans creux. Plus qu'un produit, elles vendent une forme de réalité.
Les outils technologiques, comme Google par exemple, transmettent des valeurs. Ils nous montrent une façon de voir le monde, de s'y relier. Ils changent aussi notre vision de nous-même. La biométrie nous fait percevoir notre corps comme un objet extérieur définissable par des données informatiques, c'est un rapport étrange !


Marja Christians dans une pose aussi aérienne et maîtrisée qu'absurde. Photo © Ergonomics.

Cette étrangeté est transmise par la gestuelle très mesurée des performeurs. Seule échappée, le danseur Patric Sean Gee-Hou Kuo sort un instant du seul posing pour exécuter d'autres figures plus libres du voguing, danse inspirée par les photos de mode qui a émergé dans les années 70 dans les milieux homosexuels latino et afro-américains. Rocio Berenguer y voit une façon de sortir de la critique pure pour faire des propositions : Le voguing c'est une façon de libérer le corps, de jouer des identités. Nous pouvons créer à partir des contraintes une fois que nous nous les sommes appropriées.


Patric Sean Gee-Hou Kuo entouré de Marja Christians et Rocio Berenguer. Photo © Ergonomics.

C'est par là qu'a commencé le projet, en observant les corps dans la cité et en constituant un catalogue de postures pour nourrir le spectacle. Les enquêtes, interviews et recherches vont prendre la forme d'un Guide pratique du corps dans l'espace public, publication papier et interface numérique réalisée en collaboration avec Sarah Fdili Alaoui et avec la participation d'autres chercheurs, à paraître à l'automne 2018.

D'ici là, vous pourrez découvrir tous les avantages du Smart Body lors des représentations d'Ergonomics les 10 & 11 février à la Gaîté Lyrique.

Article Sarah Taurinya

Ergonomics, de Rocio Berenguer & Marja Christians.
Les 10 et 11 février à la Gaîté Lyrique, Paris.
Dans le cadre du festival "Sors de ce corps !" (2 au 11 février 2018)
gaite-lyrique.net/ergonomics

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