Visual Exformation: création musicale et lumineuse pour un œil à l'écoute

Grame Visual Exformation
 

Proposée par le Grame (Centre national de création musicale de Lyon) et présentée au Festival Musica à Strasbourg, l'installation lumineuse et oeuvre de concert Visual Exformation s'attaque à la traditionnelle exploration des champs d’interaction entre musique et lumière. C'est un quatuor à cordes, le renommé Quatuor Diotima, qui relève cette fois-ci le défi, accompagné par toute une équipe associant design, scénographie et sciences pour réaliser un spectacle multimédia performatif et interactif abouti.

Pour élaborer cette œuvre pluridisciplinaire, le compositeur Jesper Nordin s’est associé à Cyril Teste (scénographe), Ramy Fischler (designer) et Tor Nørretranders (auteur scientifique) dont les théories scientifiques sur les modes de perception du réel ont inspiré la création:  Nos organes sensoriels enregistreraient onze millions de renseignements par seconde, quand notre esprit n'en sélectionnerait que quarante. Afin de pouvoir observer cette réalité débordante, nous l’organisons inconsciemment et laissons notre esprit la travailler, la recréer. Ce que nous voyons est le produit de ce travail de l’esprit. Si bien que ce que nous appelons la perception est à la fois une construction et une hypothèse. De ces observations, l'intention a été d'imaginer un objet pour lequel son architecture lumineuse et la musique crée entrent en correspondance et apportent une compréhension nouvelle des rapports entre musique, art visuel et perceptions.

En multipliants les stimulis sensoriels l'esprit combine les languages pour apporter une vision nouvelle de l'objet analysé.  C’est peut être cela que nous désirons explorer sur ce projet, la notion de contour qui se trouve entre la musique et l’espace. Ce trait infime, cette frontière à peine visible qui relie l’œil de l’oreille explique l'équipe.

Visual Eformation
maquettes de l'architecture lumineuse

"La question que la scénographie doit poser dans ce projet, est avant tout celle du temps. Comment la scénographie peut interagir en temps-réel avec la musique, plus encore avec les interprètes. quel est son battement de cœur ?" 

L’architecture proprement dite se présente comme un écrin de lumière déployée autour des musiciens: trois volumes cubiques emboîtées et amovibles sur des rails circulaires, objet de design lumineux en aluminium serti de LED de haute qualité. Pour imaginer une combinaison et une interactivité musique-mouvement-lumière cohérente, l'équipe artistique a envisagé le dispositif à un niveau de compréhension fondamental et intuitif. Les modulations d’éclairage obéissent à une programmation algorithmique issue de l’analyse du spectre, du timbre et de l’intensité de la musique.

Le dispositif vient interagir lumineusement avec la partition selon des règles préétablies calculées et restituées en temps-réel. Les codages reposants sur l’analyse de certains paramètres musicaux (hauteurs, dynamiques, rythmes, modes de jeux). Une sémantique musicale bien spécifique a ainsi du être élaborée afin d’atteindre un maximum de cohérence entre la partition musicale et la partition colorimétrique et lumineuse. Les musiciens peuvent alors contrôler intuitivement  les effets de couleur comme ils maîtrisent les modes de jeu sur leur instrument.

"Les interprètes se retrouveront à l’intérieur, immergés dans cette architecture de lumière. Ils pourront également interagir physiquement avec elle en déplaçant les structures sur leurs axes respectifs, permettant de dessiner des figures différentes à chaque tableau de la composition"  explique Cyril Teste . "Une tentative poétique d’inscrire à chaque mouvement, des contours infinis qui effacent et révèlent un peu plus dans le temps la présence immatérielle de la musique."


Photo: Résidence au Cent Quatre

Sans directions de lumière particulières, l'architecture lumineuse est également en capacité de changer d’intensités, de couleurs, de géométries et de tracer des espaces variés, spasmodiques ou immobiles. Nous avons le désir par là de créer une entité autonome qui relèverait plus de l’objet que de la scénographie. Un objet génératif qui soit en capacité d’évoluer en permanence mais aussi d’être régit par une temporalité indéfinie."

 Avant tout, il s’agit bien d’une invitation faite aux spectateurs à voir et à entendre et à suivre une narration lumineuse, tissu de sons et d’images. A l’issue du spectacle, les spectateurs sont invités à venir « rejouer » l’œuvre du concert dont l’architecture porte la trace sonore et musicale, en faisant tourner les structures sur leur rail. Une autre manière de combiner le langage de l’œil avec celui de l’oreille. A découvrir le 4 octobre au festival Musica 2016 en mode concert puis avec la version installation le 7 octobre au vernissage du festival Panorama au Fresnoy et le 14 octobre au Lux - Scène nationale de Valence.

www.grame.fr | FB event

exformation festival musica
 

 

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