Philippe Boisnard métaphysique des flux

Philosophe, critique d'art, écrivain et artiste multimédia, Philippe Boisnard ne cesse d'explorer notre futur immédiat au travers de performances audio-visuelles, d'installations interactives et de créations mettant en jeu le flux incessant des données qui transitent sur Internet.

Pour notre part, nous avons découvert les travaux de Philippe Boisnard avec phAUTOmaton. Une œuvre participative qui, comme son nom l'indique, repose sur la technique de la photographie instantanée. À la manière des photomatons, cette installation se présente sous la forme d'une cabine où le public est invité à écrire un mot ou bien une phrase puis, dans un deuxième temps, à prendre la pose pour obtenir une photographie "texturée". Ce portrait apparaît, en temps réel, sur un site Internet dédié. Au-delà du souvenir d'un instant, c'est aussi l'archivage de la pensée que met en scène ce dispositif articulé autour d'un réseau de 10 bornes, entre Poitiers et Vladivostok en Russie.

La suite de phAUTOmaton est déjà en préparation et il devrait y avoir aussi au moins un dispositif axé autour d'une carte et des flux de population dans le courant de l'année 2015. L'occasion aussi pour Philippe Boisnard d'interroger la question des frontières, aussi bien internationales et idéologiques, que sociales ou économiques ou linguistiques. De pointer les territoires urbains constitués de zones de non-porosités, à savoir la non-possibilité de voir le visage/langage de l'autre. Et de formuler également une critique de la notion de réseaux sociaux, en mettant en œuvre des espaces de rassemblement qui ne sont plus soumis à l'exclusion (ce qui se passe avec Facebook)…

Multipliant les collaborations, singulièrement avec Hortense Gauhier au travers de leur entité commune HP Process (Words City, Contact, Kleine Maschine), ainsi que Lucille Calmel (Identifiant) ou Jean Voguet (L'Odysée), Philippe Boisnard fourmille de projets atypiques. On citera notamment un projet de mapping géant et interactif au centre d'une ville. Philippe Boisnard étant intéressé dans cette technique par l'articulation entre les messages envoyés par le public et la dynamique de restructuration architecturale. La création de l'espace ne se faisant pas selon la subordination de l'attention du spectateur au seul travail de l'artiste, mais bien en étant totalement investie par la production sémiotique des participants spectateurs. Et ainsi de ne pas fixer un spectacle, mais de laisser évoluer l'expression du public. Ce qui dans le cadre d'une projection sur une mairie peut être assez drôle…

Autre projet à venir : un zapping urbain déambulatoire annoncé dans le cadre de Coup de chauffe, le festival des arts de la rue de Cognac, en septembre 2015. Ou bien encore une œuvre de gestion big-data en lien avec la reconstitution de la frégate Hermione… En jouant avec les sources web autour de La Fayette, il s'agit de créer une forme de librairie qui permet à la fois de raisonner les données et de donner une forme esthétique aux arborescences qui se tissent à partir des noms, de leurs réseaux, de leurs parcours […]. Des arborescences relationnelles qui donnent la possibilité de voir des lignes de consistance historique assez intéressantes.

Mais c'est un autre projet, en collaboration avec Arnaud Courcelle, qui fait actuellement l'actualité : Shape_of_memory. Il s'agit d'une oeuvre interactive et générative qui va puiser directement le flux de ses éléments parmi les millions d'images mises en ligne sur Flickr. Le "télé-spectateur" pouvant enrichir, modifier et complexifier cette "data-visualisation" via un site dédié, grâce requêtes opérées à partir de smartphones et qui vont constituer la base de données de l’oeuvre. À l'heure du cloud, cette œuvre est aussi une métaphore de la mémoire, de la disparition et de l'oubli, qui met en perspective l'instabilité du réseau et des données qui y sont accumulées, ses accidents, ses opérations d’empilement, ses effacements, ses failles amnésiques, ses compositions arbitraires par réunion thématique, ses impasses.
 


Shape of Memory [1 screen with non sound] from philippe boisnard 

Shape_of_memory sera présentée dans le cadre de la 3ème édition du FASTE — Forum Arts Sciences Technologies Éducation à la Faïencerie, à Creil, en région parisienne — du 12 au 18 mars, aux côtés, notamment, des paysages sonores de Vincent Mignerot, des dispositifs sonores conçus par Yro, Bernard Szajner et Jesse Lucas à l'initiative du Collectif Avoka, du jeu musical proposé par Julie Staebler & Filipe Pais (Onomaphonic), d'Ezra et de son gant interactif (Bionic Orchestra 2.0)… Quelques jours plus tard, l'installation de Philippe Boisnard et Arnaud Courcelle traversera l'Atlantique et sera cette fois proposée dans le cadre de l'Atlanta Science Festival, du 21 au 28 mars.

Laurent Diouf

Philippe Boisnard & Arnaud Courcelle, Shape Of Memory

> FASTE 3, Forum Arts Sciences Technologies Éducation, du 12 au 18 mars, à la Faïencerie, Théâtre de Creil (Scène Nationale en préfiguration). 

> Atlanta Science Festival, du 21 au 28 mars à Atlanta, Géorgie (États-Unis). 

En savoir plus: Dossier PDF Shape Of Memory

 

 

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