Naziha Mestaoui, One Heart, One Tree

Dans le cadre des projets artistiques présentés en marge de la Conférence sur le Climat qui se tiendra à Paris, du 30 novembre au 11 décembre 2015, Naziha Mestaoui proposera One Heart, One Tree : une forêt virtuelle et interactive qui prendra racine sur quelques monuments emblématiques de la capitale, avant de se matérialiser sur d'autres continents.

Quoi de plus symbolique que la figure de l'arbre pour aborder cette problématique du changement climatique qui sera débattue lors de cette conférence internationale placée sous l'égide de l'ONU ? Pour sa 21ème édition (d'où son nom de code, COP21), à Paris, au Bourget, on attend près de 20000 représentants et observateurs venus du monde entier. C'est à peu près le nombre d'arbres qui furent re-plantés suite à la première mouture l'installation de Naziha Mestaoui… À l'origine de ce projet, en effet, se trouve une autre installation interactive de même type, baptisée One Beat, One Tree.


One Beat One Tree from Naziha Mestaoui 

Une sorte de "trailer" de One Heart, One Tree, créée pour Rio+20 le précédent sommet climatique, en 2012. Il s'agissait d'une version indoor. À moindre échelle et un peu moins personnalisée en terme d'interaction. Mais qui met en œuvre le même principe : impliquer directement le spectateur dans un processus à la fois esthétique et écologique, par le biais d'une application qui transforme une représentation graphique en acte éco-citoyen, pour prolonger de manière concrète cette expérience sensorielle : au-delà des projections et représentations modélisées des arbres, il s'agit bel et bien d'une action de reforestation. D'un geste artistique et participatif, qui va du virtuel au réel.


1 Heart 1 Tree from Naziha Mestaoui 
 

One Heart, One Tree va donc reprendre ce principe en le déclinant sur le mode monumental, en plein air et en rajoutant la prise en compte du battement de cœur du "spectateur-acteur" dans le processus d'interaction avec l'œuvre. Concrètement, Naziha Mestaoui (Electronic Shadow) va donc développer une sorte de "forêt virtuelle" par la magie du mapping sur des monuments à Paris, dont l'Arc de Triomphe qui verra sa façade s'illuminer de vert-fougère au gré des contributions de chaque spectateur. Vingt-huit vidéo-projecteurs reliés à une batterie d'ordinateurs s'occuperont également de la Tour Eiffel, pour donner vie à ses animations 3D en temps réel. Et gérer le flux des connections.


 

Dans un premier temps, il s'agit de "commander" la pousse d'un arbre via une application smartphone. Avec un battement de cœur comme signe déclencheur; privilégiant ainsi le corps sur la machine. L'idée étant d'implanter une "graine d'énergie". Chaque spectateur pourra jouer les démiurges et "déclencher" plusieurs pousses : il n'y a pas de limite au nombre d'arbres. Une somme symbolique (2/3 euros), prélevée pour chaque demande, sera reversée aux associations chargées des plantations in real life (une trentaine sur les 5 continents). Le spectateur a par ailleurs le choix de l'implantation de son ou de ses arbres, en Afrique, au Maroc, à Madagascar, en Amérique du Sud, etc. À ce stade de l'opération, son nom ou un mot associé apparaît sur une liste qui s'affiche sur le monument. Il reçoit en contre-partie une photo, une capture d'écran qui valide sa démarche.

Dans une seconde phase, au-delà de ce "son et lumière" revisité à l'aune de l'interactivité et des images 3D, et de l'écho qu'il trouvera au travers des réseaux sociaux, le projet est amené à se réaliser, à s'inscrire dans les faits avec un vrai projet de reforestation. Pour cela, il faut tout d'abord patienter un moment, quelques mois au plus, le temps que les associations et coopératives chargées de planter l'arbre puissent tout mettre en place, y compris un certificat et les données géolocalisées (via un fichier Google Earth) pour que le spectateur-planteur soit prévenu et qu'il bénéficie ensuite d'un suivi régulier.

Il pourra ainsi observer, à distance et à rendez-vous fixe tous les six mois, la croissance de son arbre via son smartphone ou ordinateur. En particulier durant les 3 premières années, cruciales sur le plan du développement des arbres, selon les espèces et les régions choisies. Et ainsi vivre une expérience physique et sensorielle par procuration : il y a aussi dans cette expérience quelque chose qui rappelle le tamagotchi, mais grandeur "nature", dans le monde réel. Mais c'est bien sur le long terme, et sous le contrôle attentif de Pur Project, que s'installe ce projet qui met la technologie au service du vivant, de l'environnement, en court-circuitant toute idéologie.

Ce projet est né lors d'un voyage en Amazonie, au contact de tribus reculées (les Ashaninka). Naziha Mestaoui y découvre alors d'autres tropismes… Une autre manière d'appréhender la réalité. Une autre manière de voir le monde où les chants sacrés, par exemple, permettent de formaliser ce que l'homme occidental ne voit pas ou ne voit plus : la dimension immatérielle du monde et les forces invisibles qui le relie au vivant. Un monde et un arrière-monde dans lesquels l'arbre est un élément central. Les derniers fils des âges farouches nous amènent à reconsidérer notre rapport au vivant, alors que pensons notre environnement que sous l'angle de la réification ("compensation carbone", etc.), que nous sommes de plus en plus connecté, mais déconnecté de la nature.

L'intention de Naziha Mestaoui au travers de son œuvre interactive est bien de renouer les fils avec la nature, de redevenir acteur de notre environnement, d'agir concrètement sur le climat en favorisant la reforestation. Au-delà du symbole, l'arbre est envisagé comme solution globale pour les enjeux climatiques : par rapport au rejet de carbone, à la réduction des gaz à effets de serre, à la régulation de l'eau et la reconstitution des nappes phréatiques, à la conservation une bio-diversité, à la sortie de la monoculture intensive pour revenir à une agriculture vivrière, etc. Et Naziha Mestaoui peut se targuer d'un résultat plus que tangible, grâce à son action menée au travers de One Beat, One Tree qui a débouché sur des plantations durables en Amazonie, au sud du Brésil, en Inde dans certaines Universités, en France en région parisienne et dans le Sud-Ouest, au Ghana…

Vous pouvez depuis quelques jours apporter votre contribution au projet  via la campagne Kickstarter ( la plateforme de crowdfunding fête son arrivée en France. La campagne a pour objectif de réunir 62 000 euros d’ici le 30 juin.  La réussite du projet dépendra ainsi intégralement du soutien des internautes.

Laurent Diouf

Naziha Mestaoui, One Heart, One Tree, début décembre 2015 à Paris (Arc de Triomphe, Hôtel de Ville, Tour Eiffel).

www.nazihamestaoui.com

 

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