Mirage Festival 2016: on a sélectionné les 10 œuvres les plus bluffantes

La quatrième édition du Mirage Festival rassemblait du 02 au 06 mars dernier plus de 8500 personnes sur une dizaine de lieux dans tout Lyon. C’était également l’occasion de découvrir une fois de plus des œuvres, installations ou performances, originales et pertinentes, symboles de ce « réenchantement du quotidien » (voir notre article) proposé cette année par la manifestation lyonnaise, présentées sous le thème « Techno-Fiction ». Panorama :

::VTOL :: – Ra, I/O et Post Code


VTOL - Attractor © Elena Volterrani

Le média-artiste russe VTOL, alias Dmitry Morozov présentait quatre pièces étonnantes à la Galerie des Terreaux au cœur de Lyon. Nous en avons sélectionné trois, particulièrement marquantes : Ra, est une machine qui scanne un disque de pyrite à l’aide d’un laser, jouant de ses irrégularités pour créer du son dans un processus de sonification de la matière. Post Code, est une imprimante de carte postale glitchées, qui réalise des images à l’aide de codes barres présentés par le public. I/O, la plus belle, est une machine à écrire qui dessine des portraits des spectateurs en code ASCII en scannant leurs visages.


::vtol:: post code from ::vtol:: 

L’œuvre de VTOL, en cultivant l’humour et en utilisant les clichés de ce que nous imaginons être un art post-« soviétique », questionne l’obsolescence et la vanité de la course au progrès et des nouvelles technologies.
 

Pierce Warnecke et Yair Glotman - The Mirror and the Mask (US/ISR)

Jeudi 03 mars, l’Américain Pierce Warnecke et l’Israélien Yair Glotman, présentaient aux Subsistances de Lyon, une étonnante pièce de vaudou post-numérique au sein de laquelle musique électroacoustique jouée live, figurines imprimées en 3D, vidéo et fumée créaient un monde hanté, mystique et ténébreux.
 

Par son aspect intemporel, The Mirror and the Mask s’éloigne des clichés des arts numériques outrancièrement techno, pour rejoindre le live cinéma, ou même le théâtre d’objets, redonnant sa place à la mécanique (mécanique de la création, de la mise en scène et de la manipulation) dans une pièce hybride et libre comme on en voit encore trop peu dans ce type de manifestation.

A lire également: Rencontre avec Pierce Warnecke
 

Olivier Ratsi - Pêle-mêle (FR)


©Elena Volterrani, Pêle-Mêle, Olivier Ratsi

Magnifique dans sa forme épurée qui fait clairement référence aux canons métriques de la renaissance, Pêle-mêle, la très belle installation du Français Olivier Ratsi, trouvait parfaitement sa place au sein du réfectoire baroque du Musée des Beaux-Arts de Lyon. L’œuvre, un trompe-l’œil hypnotique et tout en angle, jouait avec la confusion des sens, dans un cadre qui tranchait radicalement avec son esthétique minimaliste.


Olivier Ratsi, Pêle-Mêle, Musée des Beaux Arts de Lyon  ©photo

Le choix d’un LED rouge éclairant les fresques religieuses qui décorent ce lieu intemporel n’en était que plus évocateur, replaçant le spectateur dans une position instable, entre illusion et dématérialisation, qui renvoyait tout autant à l’expérience mystique qu’aux jeux d’optiques chers aux arts numériques.

A lire également: [Interview] OLIVIER RATSI, Onion Skin

 

Nibiru - Planet of Crossing (NL)

Etonnante pièce que Planet of Crossing réalisée par la Néerlandaise Nibiru, aka Mariska de Groot. Inscrite dans ce que l’on pourrait appeler « l’archéologie des techniques », Planet of Crossing est une merveilleuse mécanique à graver des formes mathématiques (évoquant le dessin algorithmique) en temps réel. Une installation qui nécessite un investissement physique de la part de sa créatrice, et qui, de ce fait, s’apparente également à la forme performative. La machine gravant des plaques de verre à l’aide de contrepoids et d’une aiguille, produisant ainsi d’étranges nébuleuses simultanément projetées sur le mur. En s’inspirant de l’harmonographe, la structure produit image et son, dans une danse mécanique primitive et puissante qui évoque la technique d’avant la high-tech.

Herman Kolgen - H-Phase (CA)

Créer une œuvre qui entre en résonnance avec le lieu, voilà ce que souhaitait réaliser le Canadien (Québec) Herman Kolgen avec H-Phase, présenté au Grand Temple Protestant de Lyon pendant toute la durée du Mirage Festival. Cette œuvre résonnante qui utilisait le vent conduit dans les tuyaux du grand orgue du Temple invitait à la concentration et au recueillement. Tandis que l’air, passant dans l’instrument, produit un bourdon ambiant, des wind maps énergétiques (surfaces vidéos s’animant au rythme des flux éoliens) agissent sur des filaments lumineux qui s’élancent vers le firmament de la coupole célébrant le lien naturel invisible des éléments qui relit tous les hommes. Inscrite dans la série Windfields du Québécois, H-Phase est une création spécialement conçue pour l’évènement.
 

Myriam Bleau – Soft Revolvers (CA)


Soft Revolvers - Myriam Bleau © Elena Volterrani

On ne présente plus Myriam Bleau, la jeune Québécoise à l’origine de Soft Revolvers. Avec sa chorégraphie pour toupies lumineuses en acrylique transparente associées numériquement à un instrument ou un sample, Soft Revolvers est une performance audio-visuelle qui mêle technique de mixage et de DJing à la pratique artistique multimédia.

En jouant avec ses toupies seule face au public dans la situation du DJ, Myriam Bleau crée ainsi une bande son aléatoire, paysage sonore et plages rythmiques proches de l’univers des musiques électroniques et du hip hop, dont l’artiste est issue, mais également totalement en phase avec l’univers des arts numériques. Un exercice qui a stupéfié le public des Subsistances, le samedi 05 mars dernier.

A lire également: Myriam Bleau : Révolution soft au sein des arts numériques
 

Quiet Ensemble – The Enlightenment (IT)


©Elena Volterrani, Enlightenment, Quiet Ensemble

Le même soir (samedi 05 mars), le duo italien de Quiet Ensemble présentait The Enlightenment, une performance sonore et visuelle composée d’un orchestre de tubes phosphorescents, stroboscopes et de projecteurs, noyés dans un brouillard de fumeroles. « Orchestre », car c’est bel et bien les infimes longueurs d’ondes générées par l’ensemble des lampes présentes sur scène (96) qui produisent les vagues sonores que nous percevons !


The Enlightenment from Quiet ensemble 

L’effet hypnotique est rendu tangible par une scénographie frontale qui capte le public et participe de sa transe. Un grand moment de mysticisme électrique !
 

Scenocosme / Lola and Yukao Meet - La Maison Sensible (FR)

Très belle installation immersive que cette Maison Sensible qui portait si bien son nom. Présentée au Lavoir Public, haut lieu de la (contre) culture Lyonnaise, l’installation interactive est un décalage poétique de l’idée de maison domotique. Pas de « services » ici, mais une autre relation à l’espace, dans un univers de sons et de couleurs qui interagissent avec les visiteurs au rythme de ses déplacements et de ses activités. Equipés de capteurs sensoriels discrets, cette Maison (extrêmement) Sensible signée du couple d’artistes Scenocosme (alias Grégory Lassere et Anaïs met den Ancxt) est une invitation à expérimenter le replis hors du temps, délicatement, sans brusquerie. L’installation redonne ainsi sa dimension de refuge poétique à l’espace que nous habitons. ( voir vidéo)

A lire également: Scénocosme occupe le terrain
 

Herman Kolgen - Aftershock (CA)


Herman Kolgen, Aftershock, Vendredi 4 mars au TNG  ©photo

Pièce s’inscrivant dans ce que l’on pourrait appeler la « politique du désastre », Aftershockse présente comme un film expérimental post-apocalyptique réalisé en modélisation 3D, une simulation virtuelle extrêmement réaliste, qui étudie les tensions intrinsèques à la cohabitation de l’humain et de la nature. Suite de paysages dévastés par un séisme dont on ne sait rien, mais dont on devine l’impact énorme sur notre environnement, Aftershock développe paradoxalement des qualités hypnotiques et un grand abandon. Cette pièce du Canadien Herman Kolgen, illustre en images (et en sons) l’obsession de l’artiste pour les notions de territoire, d’espace et d’écosystème, sujets qu’il déploie en utilisant les éléments naturels, météorologiques et sismiques dans de nombreuses pièces.

A lire également: Les expériences sismiques d'Herman Kolgen
Herman Kolgen présentera 3 performances à Stéréolux (Nantes) le 31 mars 2016. (en savoir plus)
 

Nicolas Maigret – The Pirate Cinema (FR)

Avec The Pirate Cinema, le Français Nicolas Maigret continue de questionner les usages et l’activité de nos contemporains sur les médias en réseau. Jeudi 03 mars, l’artiste interrogeait avec humour notre utilisation quotidienne des réseaux en présentant une courte histoire du P2P, entre performance et conférence. En se connectant en direct aux réseaux de partage mondialisés (UTorrent, BitTorrent) et en échantillonnant le téléchargement de livres, musiques et films, Nicolas Maigret construit une fable moderne, et remet en perspective l’usage d’un espace immatériel initialement dédié au partage et à l’échange.

Composition audiovisuelle originale, et surtout très drôle, proposée sur un mode rétro, The Pirate Cinema est aussi un exercice à la fois politique et artistique, qui participe d’une archéologie des médias pour le moins d’actualité à l’heure où vous lisez ces lignes.

A lire également: Nicolas Maigret: exploration et  résonnance 

Maxence Grugier
 

Digitalarti Media est heureux de compter parmi les partenaires du Mirage Festival.

 

 

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