Les routeurs déroutants de l'exposition OFFLINE ART : new2

offline new2 @ xpo gallery paris

Jusqu'au 4 avril, Aram Bartholl et la XPO Gallery proposent une sélection de net-art déconnectée du net. Une expérience en ligne in-situ, une réflexion aboutie sur le virtuel et l'immatériel. Visite guidée, accompagnée du galeriste Philippe Riss.


12 créations dans 12 clefs usb dans 12 routeurs.

A l'entrée de la galerie, les sensations se croisent. Les routeurs fixés à hauteur d'épaule se font masques primitifs ou insectes numériques. Etrange. De plus près, leurs clignotements et leurs branchements nous ramènent à leur fonction première, faire passer une information. Ces diffuseurs d'oeuvres jouent à la fois de leur nature et de leur fonction. Ces objets habituellement dissimulés sont ici soudainement accrochés tels des tableaux, mais sans cartels, cela a son importance. Les thématiques de l'exposition OFFLINE : new2 se dessinent : l'immatériel, le virtuel, la connexion, la présence, le lien entre contenant, diffuseur, lecteur et visiteur...

xpo gallery offline new2
les quatres différents modèles de routeur utilisés


Connectons-nous.

L'équation est simple : 1 routeur = 1 réseau wifi = 1 oeuvre. Il suffit de se connecter avec sa tablette ou son smartphone (note : la galerie prête des iPad) sur le réseau wifi du nom de l'artiste dont on souhaite découvrir l'oeuvre, ouvrir un navigateur web, taper n'importe quoi dans la barre d'url, enter, et l'oeuvre apparaît dans le navigateur. 

A l'intérieur de ce navigateur, Aram Bartholl a choisi de rassembler des grands noms du net-art, comme JODI, Dragan Espenschield ou Olia Lialina, mais aussi de plus jeunes net-artistes. Au total, ces 12 oeuvres variées, animées, fixes, sonores, vidéo, bouclées, glitchées...  offrent un panorama intéressant et rythmé de la discipline. Cependant, l'artiste le plus novateur de cette exposition s'avère en être le commissaire. La vraie découverte, les interrogations les plus ouvertes et les réflexions nouvelles viennent de la forme de cette exposition. Cette forme ouvre deux champs d'exploration  autour de l'immatérialité supposée du net-art : sa signification pour le marché de cet art, et la portée de cette expérience in situ de l'oeuvre.


choix des réseaux wifi portant le nom des artistes


Evan Roth, Blimp-on-deepskyblue.com, 2013, site Internet

 

Le net-art in situ

Là est tout le paradoxe de la démarche d'Aram Bartoll : restreindre le net-art à un espace physique délimité, sans le soustraire aux outils du net. De ce choix scénographique découle plusieurs réflexions.

Les routeurs (oeuvres ?) sont accrochés les uns à côté des autres à quelques mètres d'intervalle et ont tous une portée d'une vingtaine de mètres. Ainsi, n'importe quelle oeuvre est consultable de n'importe quel endroit de la galerie, dans la rue et même jusqu'au troisième étage de l'immeuble ! Les oeuvres sont donc rassemblées dans le même lieu, mais ne sont pas directement disposées les unes par rapport aux autres. En revanche, leurs routeurs sont disposés les uns par rapport aux autres dans l'espace. Le choix esthétique a conduit à une alternance routeur noir / routeur blanc et les routeurs contenant des oeuvres de jeunes artistes sont placés en fin de parcours. Cependant, la séparation entre la position spatiale du routeur et l'expérience de l'oeuvre qu'il contient donne lieu à des situtations peu communes : on peut par exemple consulter l'oeuvre devant le routeur que l'on pense correspondant, pour finalement s'apercevoir qu'il se trouve dix mètres plus loin ! Et cela ne perturbe en rien l'expérience de l'oeuvre via notre "lecteur" (tablette, smartphone, ordinateur). Les routeurs ne portent pas de cartels mais un plan des oeuvres est disponible à l'entrée. Il est ainsi possible de suivre un parcours de visite spatial, un routeur après l'autre, une oeuvre après l'autre : un parcours classique de visite d'exposition. Sauf que, le système des routeurs permet aussi de changer complètement l'ordre. Il est tout à fait possible de rester au milieu de l'espace et de consulter toutes les oeuvres sans se déplacer : par ordre alphabétique, par niveau de puissance des réseaux wifi, au hasard, le visiteur n'a qu'à passer d'un réseau wifi à l'autre pour découvrir une nouvelle oeuvre : une forme de parcours n'appartenant ni à l'univers de la galerie, ni vraiment à celui du net. Le vertige excitant de la nouveauté.

L'exposition OFFLINE : new2 le montre bien : la galerie peut rester un véritable espace, une surface permettant un parcours, ou devenir un simple "point d'accès", une "entrée", un "portail" proche de la terminologie du net. Si le net-art sur internet est accessible partout et tout le temps, la XPO Gallery a su marquer l'aspect in situ de son exposition par deux choix efficaces : tout d'abord, il n'existe aucun site web regroupant toutes les oeuvres exposées. Leur mise en relation n'est accessible que dans la galerie. Ensuite, à 19 heures, la galerie ferme ses portes, l'exposition n'est plus accessible, les routeurs sont débranchés... jusqu'au lendemain.

Aram Bartholl et Philippe Riss de la XPO Gallery poursuivront peut-être la réflexion lancée avec cette première exposition. Ils ont en tout cas quelques très bonnes idées en réserve. Espérons qu'ils les réalisent...


L'immaterialité du net-art le coupe-t-il du marché de l'art ?

Le net-art n'est pas immatériel, mais il est si volatile et proche d'une idéologie de libre accès qu'il ne peut que difficilement rentrer dans les conditions d'une vente, de la propriété, d'un collectionneur, sauf si... Sauf si une création du net-art se définit plus strictement comme une oeuvre créée et dont l'expérience se fait aux moyens d'outils web, mais pas nécessairement en ligne sur le web. Dans cette configuration, la proposition d'Aram Bartholl et de la XPO Gallery est pertinente. L'oeuvre net-art se restreint aux technologies du web, est accessible "en ligne" via un lecteur web (smartphone, tablette, ordinateur à proximité du wifi) mais n'est pas "en ligne" sur le web. L'achat peut avoir lieu, il sera matérialisé par l'acquisition du routeur et de la clef USB faisant office de serveur. Il reste que le net-art s'inscrit souvent dans une culture de partage. Plusieurs des oeuvres exposées sont trouvables et téléchargeables en ligne. L'achat donnerait alors davantage accès à une propriété qu'à une exclusivité. L'acheteur agirait de manière moins intéressée matériellement mais affirmerait un soutien fort à l'artiste.

Avec cette exposition, XPO Gallery s'offre le rôle de curateur/sélectionneur pertinent pour le net-art  et permet à des acheteurs potentiels de soutenir le net-art sans se transfomer en simples mécènes ou donateurs.

OFFLINE : new2 est bien une exposition à voir, où multiplier les parcours et les approches des oeuvres pour pleinement apprécier sa richesse.

 

Vous allez bientôt voir l'exposition ? Vous l'avez déjà vu ? Partagez vos impressions en commentaires !

Exposition OFFLINE ART : new2
Commissaire : Aram Bartholl
à l'XPO Gallery
17, rue Notre-Dame de Nazareth – 75003 Paris (google maps)
jusqu'au 4 avril 2013

Plus d'images de l'exposition et de son vernissage :

images : Aram Bartholl et Quentin Chevrier pour Digitalarti
texte : Quentin Chevrier

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