Les innovations technologiques qui vont changer le rapport à la musique en termes d'usages

Smartinstruments hybrides, applications créant de nouvelles interactions entre artistes et auditeurs ou imaginant de nouveaux principes communautaires entre auditeurs eux-mêmes, les innovations technologiques en cours de développement réfléchissent également au changement du rapport à la musique en termes d’usages.

À Musicora, le salon de la musique et des musiciens (d’obédience plutôt classique/jazz), la technologie numérique ne fait plus peur. Dans l’auditorium, le concert jazz/noise électro du projet CT4C du musicien Romain Constant montre dans un contexte de traitement audiovisuel numérique live que l’hybridation machines/instruments commence à faire son chemin parmi les amateurs de sensations prioritairement acoustiques. (lire interview)


Performance de CT4C, salon Musicora 2015 ©JBLuneau

Mais la réflexion autour des innovations technologiques musicales ne se limite pas à la démonstration créatrice des artistes eux-mêmes. La présentation d’un certain nombre d’outils permet de se projeter dans les nouveaux rapports à la musique de demain, pas seulement en termes de production mais aussi en termes d’usages.

Incorporé en mode showcase au sein de la manifestation, le séminaire « nouveaux instruments et applications musicales » invite à la découverte d’instruments, d’applications annonciateurs des futurs usages numériques autour de la musique. Un point de vue d’autant plus intéressant qu’il ne s’analyse pas seulement dans l’habituel sens vertical artistes-public en mode performatif, mais également dans une logique beaucoup plus horizontale et interactive, induisant des approches fonctionnelles partagées, voire collaboratives.

Le cœur ne ment jamais

Tel est le cas de l’application HNL (Heart Never Lie) qui propose un principe d’interaction assez insolite entre artistes/compositeurs et usagers autour de la mesure des émotions que procurent l’écoute d’un morceau de musique. Cette application fonctionnant à partir de la captation des rythmiques cardiaques provient à l’origine du domaine médical où elle est utilisée pour quantifier la douleur des patients. Mais les chercheurs et développeurs de l’équipe HNL se sont rendus compte des déclinaisons possibles de ce projet, y compris dans un domaine de création musicale où cette approche pourrait bien s’avérer révolutionnaire.


Antoine Deswarte initiateur du projet et Régis Logier responsable scientifique credit photo

Imaginez en effet un artiste testant « émotionnellement » ses morceaux auprès d’un échantillon d’auditeurs au moment de sélectionner les morceaux de son prochain album. Imaginez donc le pouvoir croissant, analysable en direct, de l’auditeur sur la production à venir de tel ou tel artiste. Développé avec l’aide de Régis Logier, professeur en ingénierie biomédicale, l’application est encore en phase de développement quand à ses potentialités d’intégration artistiques : la musique n’est en effet pas le seul domaine visée et on peut très bien imaginer ce principe de datas sensorielles s’appliquer aux domaines de la télévision, du cinéma, voire pourquoi pas de la parfumerie ou de la mode.

Le streaming social de la Sounderbox

Dans une approche tout aussi potentiellement collaborative, le projet Sounderbox introduit une réflexion nouvelle autour des principes de streaming en y intégrant une dimension sociale inédite. La sounderbox permet en effet à ses usagers de gérer la musique à plusieurs sur une playlist commune de manière collaborative. Applicable notamment sur des radios, l’application permet de créer une nouvelle forme de communauté autour de la musique en permettant de programmer « collectivement », par simple ajout de morceaux de musique, une émission musicale diffusée en direct à l’antenne.

Par sa ligne interactive rappelant un peu la démarche de YouTube, le projet évoque presque l’avènement d’une radio 2.0, totalement en prise avec la logique démocratique édictée par Anthony Gongora, directeur-fondateur de la start-up porteuse du concept, et selon laquelle « la musique appartient à ceux qui l’écoutent ».


Expérimentation de la playlist collaborative SOUNDERBOX au Nid à Nantes

L’hybridation instrumentale des Smartinstruments

Au-delà de ces nouvelles lignes de front collaboratives entre les différents acteurs de la chaîne musicale, le principe d’un mélange technologique actif se retrouve aussi dans la conception des instruments eux-mêmes. Avec les Smartinstruments actuellement développés par l’IRCAM, ce sont de nouveaux usages instrumentaux qui se dégagent pour tous les praticiens. Actuellement développés au sein de l’équipe Acoustique Instrumentale de l’IRCAM, dirigée par le chercheur Adrien Mamou-Mani, les Smartinstruments proposent des instruments (guitare, violoncelle, etc.) gardant toutes les apparences visuelles d’un instrument « classique » tout en proposant des fonctions électroniques embarquées, évitant donc de passer par les habituelles manipulations logicielles sur son laptop lorsque l’on joue live et surtout offrant l’opportunité de passer en temps réel d’une interprétation acoustique à une interprétation augmentée d’effets numériques.


Test de la V2 de la SmartGuitar à l'Ircam

« Il s’agit d’instruments hybrides, à la fois acoustiques et électroniques », explique Adrien Mamou-Mani. « À la différence d’une guitare électroacoustique par exemple, ces instruments n’utilisent pas de capteurs, mais un système intégrable avec une entrée directe sur l’instrument à la manière de la ligne input d’un ampli. Ce système permet de créer un instrument acoustique programmable, directement amplifiable, sur lequel on peut modifier les timbres, rajouter des effets électroniques (écho, réverbération, résonance) en temps réel tout en jouant. »

À une époque où les musiciens veulent intégrer de plus en plus facilement acoustique et électronique dans leur travail d’écriture, ces Smartinstruments aux contours particulièrement organiques tombent sous le sens. « Les Smartinstruments s’adressent directement aux compositeurs qui ont le sens du détournement acoustique », résume Adrien Mamou-Mani. Et comme nous nous en doutons bien, du détournement acoustique au détournement numérique il n’y a qu’un pas.


La guitare augmentée - IRCAM 2015 et entretien avec Adrien Mamou-Mani

Laurent Catala
 

IRCAM : www.ircam.fr

HNL : www.hnl-conception.com

Sounderbox : www.sounderbox.com

 

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Réalité augmentée, performances visuelles, musique immersives et participatives, panorama des innovations technologiques qui vont changer la musique. 1er volet présentant  les nouveaux instruments et façons d’aborder le son pour faire de la musique autrement (lire l'article)

 

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