Le numérique plus que jamais en piste au SÓNAR+D

Sonar+D festival barcelona

Recherche en Intelligence Artificielle et Réalité Virtuelle, installations et pièces audiovisuelles immersives pour diffusion « sous dôme », réseautage et rencontres professionnelles, sont les grandes lignes et éléments performatifs de l’édition 2017 du Sónar+D, la facette arts numériques, nouvelles technologies et musique augmentée en constante expansion du célèbre rendez-vous des musiques et cultures électroniques du Sónar barcelonais.

Si Barcelone peut se targuer du titre de capitale des cultures musicales électroniques depuis la création du réputé festival Sónar au milieu des années 90, l’importance croissante prise depuis son lancement par sa facette arts numériques, nouvelles technologies et musique augmentée, dite Sónar+D, fait de la cité catalane le symbole urbain des principes actuels de création technologique hybride et interdisciplinaire.

Créé en 2012, Sónar +D a confirmé son rôle d’outil complémentaire d’une manifestation déjà très impliquée dans les approches artistiques multidisciplinaires contemporaines, mais toujours en quête de plus de connections technologiques, sociétales et professionnelles. « Le Sónar n’a jamais été un simple festival de musiques, même si son image médiatique, plus liée au public affluant devant ses grandes scènes techno, a parfois éclipsé d’autres aspects de sa programmation », explique José Luis de Vicente, curateur de Sónar +D.
 


video Best of Sónar+D

La technologie, une part d’ADN du Sónar

« C’est dans l’ADN du Sónar de présenter des artistes qui ont pour la plupart une relation fluide avec d’autres disciplines, avec la technologie, avec l’expérimentation. Nous avons toujours inscrit cette idée d’espace d’expérimentation culturelle dans notre identité et dans nos programmes. C’est une très bonne chose que ces vingt dernières années, les gens travaillant autour de la musique, du son, des images, de l’interaction se soient rapprochés. Il y a une époque où les créatifs avaient du mal à de définir comme musicien, artiste sonore, artiste visuel ou designers numériques. Aujourd’hui, les créatifs ont encore plus de mal à se définir entre artistes, chercheurs, développeurs ou entrepreneurs. Je pense que cette hybridation des pratiques nécessite de nouvelles institutions, de nouveaux cadres, où toutes ces personnes peuvent d’épanouir. Nous sommes fiers de pouvoir jouer ce rôle. »

Et cette année encore, c’est le Sónar+D qui va assumer la plus grande partie de ce rôle. Son congrès, du 14 au 17 juin, accueillera plus de 180 intervenants et réunira environ 5000 professionnels accrédités, issus de 260 entreprises et 60 pays pour quatre jours de réflexion et d’échange autour de projets dressant les contours du futur en matière de design, de musique et de technologies numériques créatives.

networking day Sonar+D

Parmi un large choix de conférences, de débats et d’ateliers, une journée réseautage, le networking day, spécialement destinée aux professionnels a été fixée pour la première fois le mercredi 14 juin. Une nouveauté qui vise à encourager les échanges et rejoint ainsi les autres grandes rencontres prévues, comme le Startup Garden – avec les équipes créatives de MacBook Air des studios d’enregistrement Abbey Road ou du Edge Fund, l’une des fondations clés en termes de financement culturel au Royaume-Uni –,  l’Open Music Initiativeun projet ambitieux menée par le Berklee Music College, le MIT Medialab Research Centre et la société IDEO, autour de la création de nouvelles pratiques standardisées dans la distribution de musique numérique incarnée aujourd’hui par YouTube, Spotify, Netflix et Universal -, le MarketLab (avec 30 entreprises technologiques, universités et laboratoires créatifs présents) et le hackhaton Sónar Innovation Challenge  hackhaton (avec la réalisation de six prototypes portés par les sociétés Inflight VR/Airbus, MTG, Audio Commons, Deezer, Teosto Future Labs/NEMO Project et Red Bull Amaphiko) dans l’espace d’exposition, sans oublier le Maker Faire Barcelona – le rendez-vous des makers au Pavillon Italien de Montjuïc. 

Intelligence Artificielle et Réalité Virtuelle en haut de l’affiche de Sónar+D

Pour mettre en exergue toute la pertinence de ces stratégies d’entreprise et de recherche, les thèmes cruciaux de l’Intelligence Artificielle et de la Réalité Virtuelle seront mis en avant. L’impact de l’Intelligence Artificielle sur les arts sera scannée sous les regards croisés de Kenric McDowell, directeur du programme Artists + Machine Intelligence chez Google Research, de Freya Murray, directrice du Google Arts & Culture Lab, et de Douglas Eck, chercheur chez Google Brain, qui présentera Magenta, une intelligence artificielle dédiée à la recherche musicale.


Deep Dream VR, Jessica Brillhart.

Mais d’autres activistes, plus éloignés des business plans de la grande entreprise de la Silicon Valley seront de la partie, tel le chantre du détournement numérique Memo Akten, ou le programmeur de bots  pour Twitter et Tumblr Darius Kazemi.
Les nouveaux principes narratifs portés par la Réalité Virtuelle  seront de leur côté mis en valeur par une sélection de 20 œuvres du genre, parmi lesquelles HomeVR Spacewalk, qui place le spectateur dans le corps d’un astronaute, et DeepDream VR, un voyage dans des mondes oniriques sous interface Deep Dream (toujours chez Google) conçu par la réalisatrice Jessica Brillhart.

Un nouvel environnement immersif, sponsorisé par Movistar+, sera inauguré cette année pour compléter ce passage en revue des dispositifs narratifs et autres environnements 3D. Suivant les traces de l’impressionnant dôme à 360° de la Société des Arts Technologiques (SAT) de Montréal – dont l’équipe assurera d’ailleurs la programmation du lieu –, le Sonar360° accueillera une sélection de pièces pour diffusion « sous dôme » produites à la SAT par des artistes visuels reconnus comme Joanie Lemercier, Will Joung et Nicolas Nöel Jodoin. Une introduction en or pour la ligne très « réalité virtuelle » du programme général du Sónar, où culminera dans ce registre l’exposition immersive Björk Digital au CCCB de la célèbre artiste islandaise, qui sera d’ailleurs conviée à parler de son travail lors d’un talk au congrès de Sónar+D.
 

Sonar +D SAT 360°

A lire également: Les meilleurs courts-métrages 360° au SAT Fest 2017 et La Satosphère fait son show

Tous ces principes collaboratifs se traduiront une nouvelle fois à l’occasion de l’invitation annuelle lancée par le Sónar+D au programme We Are Europe – l’association de huit festivals européens majeurs pour promouvoir, créer et produire ensemble de nouvelles pratiques culturelles innovantes – qui présentera une série de conférences où l’artiste sonore Francisco Lopez croisera la route des designers comme l’Américaine Carla Diana, spécialiste en robotique, ou du Studio Rhizomatics des Japonais Daito Manabe et Motoi Ishibashi

"24 drones" by Rhizomatiks
"24 drones" by Rhizomatiks

Mais le clou du programme We Are Europe sera sans conteste le spectacle Entropy, qui inaugurera le Sónar+D le 15 juin au Sónar Complex auditorium. Floutant les frontières entre conférence, concert audiovisuel et documentaire live, Entropy prend la forme d’une lecture scientifique augmentée, menée par l’astronome et cosmologiste Dida Markovic aux côtés du duo DopplerEffekt et du collectif visuel AntiVJ. Un show multimédia unique portant sur l’origine et la fin de l’univers, et qui servira de porte d’entrée à toutes les performances scéniques et audiovisuelles équivalentes qui se dérouleront pendant la durée du Sónar.
 

Entropy Sonar+D
Entropy, une expérience unique à mi chemin entre la lecture et la performance audiovisuelle.

En effet, la programmation principale du Sónar fera aussi la part belle aux live AV dans des approches plus naturellement tournées vers le public du festival et ses accroches électro prospectives. Cela inclura la performance audiovisuelle synesthésique Multiverse du duo portugais Boris Chimp 504, la création liant mouvement et sons 3D autour du logiciel Versum conçu par l’artiste néerlando-saoudien Tariq Barri et du travail vocal de l’artiste sonore et photographe Lea Fabrikant, la confrontation abrupte entre son et lumière portée par les lignes de projection distordues du duo franco-japonais Nonotak dans leur nouvelle pièce Shiro, ainsi que le nouveau travail scénographique mené conjointement par le producteur abstract hip hop californien Nosaj Thing et l’artiste visuel japonais Daito Manabe – probablement dans le sillage du clip-vidéo du morceau « Fated », réalisé en 2015 par un Manabe composant alors un étonnant décor de danse, de design lumineux, de drones volant et de génération algorithmique d’images.

Daito Manabe, l’incarnation numérique de Sónar 2017

À ce propos, Daito Manabe jouera un peu les porte-étendards de la création numérique durant cette édition 2017 du Sónar, puisque ce créateur aux talents multiples (compositeur, programmateur, designer, DJ et VJ), dont le travail reflète l’interaction entre corps et technologie et les possibles hybridations homme/machine qu’elle suppose – tout le monde se souvient de sa très amusante pièce Electric Stimulus To Face-Test, où son propre visage servait d’appareil à grimace automatique –, est également l’artiste sélectionné dans le cadre du SónarPLANTA, où il présentera son tout nouveau travail, Phosphere.

SónarPLANTA est une autre preuve de l’ouverture croissante du Sónar à la création numérique puisque son nom se réfère à la réunion du festival barcelonais et de PLANTA, un espace de création artistique et d’innovation professionnelle situé à La Plana del Corb (Balaguer, Lleida), où art, architecture, procédés industriels et environnement naturel coexistent. Chaque année, une œuvre spécialement produite pour SónarPLANTA par la Fondation Sorigué est choisie pour être présentée au public du Sónar.

Créée à Tokyo dans les studios Rhizomatiks que Manabe a fondé avec son compagnon de route artistique de longue date Motoi Ishibashi, Phosphere évoque toute l’étrangeté technologique et la multidisciplinarité d’un studio dont une anthologie des œuvres avait été présentée au public parisien il y a deux ans, à l’occasion de l’évènement Transphere, à la Maison de la Culture du Japon.

Dans la suite de leurs mises en scène multidimensionnelles, Phosphere se présente comme un nouveau travail immersif imposant, mettant en synergie les mouvements synchronisés de l’espace physique de la salle où il se déroule et ceux provenant d’un espace virtuel généré par ordinateur, dans une confrontation créant un nouvel espace géométrique en trois dimensions. 
 


Teaser SonarPLANTA 2017: "phosphere" by Daito Manabe

Concrètement, l’œuvre ressemble à un dispositif architectural hybride, dans lequel miroirs synchronisés, machines à fumée, faisceaux lumineux, et jusqu’à 24 vidéo projecteurs s’assemblent pour définir une expérience spatialisée inédite. Mais, comme durant Transphere, où le duo avait imaginé dans un dispositif une manière de révéler l’invisible par prises de photo numérique surimposant en temps réel de nouvelles lignes géométriques virtuelles à des objets exposés, Phosphere joue de la confusion des formes. Cette fois-ci, Manabe a trouvé son inspiration dans la collection de données provenant des champs magnétiques entourant la Terre et a imaginé de pouvoir transposer dans son installation les procédés de cristallisation de certains minéraux dans l’espace physique. Le résultat qu’offre Phosphere procède de l’étonnante transformation de cette méticuleuse technologie de calcul optique pour parvenir à l’obtention de nouvelles formes stéréoscopiques, relevant des designs visuels que les minéraux sont naturellement capables de créer par eux-mêmes et qui dépassent souvent notre imagination. 
L’imagination de l’homme peut-être, mais pas celle de l’équipe du Sónar+D qui semble plus que jamais concentrée sur les plus intéressantes connexions actuelles entre art, science et technologie numérique.

Laurent Catala



Sonar+D - Creativity, Technology and Business
du 14 au 17 juin 2017, Barcelone, Espagne.

www.sonar.es

Digitalarti Media is heureux de compter parmi les partenaires de SONAR+D 2017

Sonar+D Program

 
 

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