L’expérience KIKK en quatre points

En quelques années, le KIKK festival de Namur est devenu une référence belge, sinon européenne, quand il s’agit d’évoquer les cultures numériques. A la manière d’une valse, le KIKK festival pourrait donc s’appréhender en quatre temps, ce qui demeure en définitif, beaucoup plus charmant : conférences, expositions, workshops, market… voici donc quatre temps forts pour apprécier pleinement l’expérience KIKK.

Créé en 2011 par Gilles Bazelaire et Gaetan Libertiaux, fondateurs des agences Dogstudio et Superbe, le KIKK ambitionne désormais de questionner les évolutions technologiques de la société par une approche créative. Résultat, durant quelques jours de novembre, en marge des actions menées à l’année avec le TRAKK, la ville vit, parle, pense, la créativité protéifome, et ce dans quelques uns des lieux symboliques de la cité (Théâtre, Grand Manège ou Palais des Congrès). Architecture, biologie, gastronomie ou design… peu importe le sujet, du moment que le champs des possibles reste ouvert.

Car l’ADN du festival, bien que 100% créatif, est difficile à résumer. Il se caractérise par un subtil mélange d’exigence, de liberté et d’audace, que chacun pourra retrouver sur les temps forts de la programmation. A priori les professionnels de la communication, consultants et designers, pourraient davantage se diriger vers les conférences et les workshops, tandis que les amateurs d’art contemporain, directeurs artistiques ou étudiants en art, pourraient être attirés par les installations. De leur côté les familles ou les simples badauds seraient intéressés par le Little KIKK (programmation jeune public) et par le Market. Pourtant rien n’est aussi simple et des passerelles sont créées entre tous les événements de sorte à faire du KIKK une expérience complète et accomplie. Sur les précieux conseils de Marie du Chastel, programmatrice du festival, voici un condensé du festival, en quatre temps et qui permettra aux lecteurs de savoir sur quel pied danser. 
 

Premier temps : les conférences

A l’origine, où le KIKK était beaucoup plus modeste en taille, la programmation se résumait à des conférences de créatifs pour les créatifs (complétée depuis par le KIKK tech, un cycle de conférence pour des développeurs, par des développeurs). Alors qu’en 2015 le KIKK accueillait Golan Levin ou Daniel Leithinger en têtes d’affiches, l’édition 2016 remet la barre haute avec une trentaine de conférences dont notamment celles très attendues de Utswo, créateur du jeu Monument Valley et celle du célèbre designer Stefan Segmeister. L’Autichien typographe, auréolé de multiples awards viendra donner sa méthode infaillible pour débuter une réflexion sur le design d’objet. D’autres conférences méritent également qu’on s’y attarde.

Marie du Chastel se risque à la confidence « Dans le domaine artistique Memo Akten et Gene Kogan sont des références. Leurs conférences seront vraiment passionnantes. Ils traitent tous deux du machine learning et de lintelligence artificielle en testant des algorithmes lors de performances audiovisuelles. Il y a également chez eux une vraie volonté dactivisme ce qui rend leurs discours encore plus forts ». L’invitation de François Pachet, spécialiste de l’I.A chez Sony Computer Sciences à Paris, complète le sujet d’une belle manière. L’ingénieur français s’intéresse actuellement au processus de détermination des styles musicaux. Concrètement, son projet Flow Machine permet aux utilisateurs d'expérimenter de nouvelles idées à l'aide d'un dispositif visant à composer un morceau. Il s’agit en fin de compte d’un compositeur de musique hautement intelligent. Ses premiers titres, Daddy’s car, de la pop inspirée des Beatles, et The Ballad of Mr Shadow, dans le style des songwriters américains, ont été écoutés par des milliers d’internautes.
 

Deuxième temps : les expositions

Le KIKK n’est pas un festival d’arts numériques ordinaire. Les installations présentées touchent à l’architecture, à la génétique ou au biopainting et beaucoup d’artistes invités fréquentent les circuits contemporains. C’est le cas d’Edith Dekyndt qui présentera Provisory object 03 et dont le MOMA New-York vient d’intégrer plusieurs oeuvres à sa collection. Par ailleurs, dans un espace quatre fois supérieur aux éditions précédentes, quinze artistes exposeront autour d’une même thématique. Placée sous le signe des interférences, la ligne éditoriale promet d’être exaltante. « Linterference peut être interprétée en tant que phénomène physique, comme deux ondes se superposant et créant une nouvelle amplitude donde. Dans ce cas il peut y avoir des interférences lumineuses, sonores, ou de matières, ce qui ouvre à un panel de projets artistiques. » précise Marie du Chastel.


))))) repetition at my distance, Gabey Tjon a Tham 

Parmi toutes les oeuvres exposées, celle de Gabey Tjon a Tham est peut être la plus symbolique. ))))) repetition at my distance prend la forme d’une installation luminocinétique monumentale. Des câbles électroluminescents sont mis en mouvement par des moteurs. S’amorce alors un ballet organique, entre nature et robotique. D’autres artistes habitués à glaner quelques Prix Ars Electronica montreront également leurs passionnants travaux. C’est le cas de Nicolas Bernier avec frequencies (light quanta) (lire l’article), mais également de Ralf Baecker. Véritable archéologue des médias, explorateur du potentiel poétique digital, l’artiste fouille dans les dispositifs devenus obsolètes les traces et les racines des technologies actuelles. Interface 1 se présente comme une machine composée de moteurs et de bandes élastiques. Des impulsions plus ou moins aléatoires et des forces contraires sont générées à partir de capteurs Geiger mesurant le rayonnement naturel de la terre.


Interface I / 2016 from Ralf Baecker 

Enfin d’autres artistes explorent la thématique d’une façon imagée. Ainsi pour Quadrature l’interférence est interprétée dans un sens militant ou « s’interposer » ou « faire obstacle » font écho. Satelliten (prix d'honneur dans la catégorie oeuvre interactive au Prix Ars Electronica 2015) est une machine dessinant en temps réel sur une carte, la trajectoire des satellites qui passent au-dessus de nos têtes. Sur un carré d'environ 10cm², la machine trace les lignes de leur trajectoire jusqu'à ce qu'ils disparaissent de l'horizon. Au fur et à mesure, le carré se remplit de lignes jusqu'à faire disparaître les informations de la carte et même les trajectoires précédentes. Satelliten nous montre ce qui est invisible à l'oeil nu et nous fait prendre conscience du regard des satellites et de leur surveillance de masse exercée.

Troisième temps : les workshops

Design et biologie, nourriture et technologie, scanning et impression 3D, transmedia et design… les workshops sont à l’image du festival, pluriels et décomplexés. Ainsi Ori Elisar, designer déjà exposé lors de l’édition 2015, s'interroge sur la linguistique, la typographie et leur évolution respective. Il travaille sur un processus de transformation des caractères au moyen de la bactérie Paenibacillus vortex. Les participants réaliseront leur propre typographie à partir de cultures de bactéries. Autre exemple tout aussi hallucinant, le worskhop Virtual Hearing animé par Antoine Bertin.

Worksohops KIKK 2016

Il s’agit ici de proposer une exploration de l’appareil auditif humain où les participants seront invités à fabriquer des oreilles virtuelles. Les techniques de scanning et impression 3D permettront de concevoir un système de prise de son binaural. A l'aide de cet outil d'écoute immersif, ils travailleront ensuite à la création d'une expérience de réalité virtuelle sonore.

Quatrième temps : le Market

Pour beaucoup de visiteurs, la porte d’entrée du festival pourrait bien être le Market. Vitrine de projets innovants, technologiques et créatifs développés par des startups, artistes et makers, le Market vise à promouvoir les nouveaux produits technologiques. Aussi une quarantaine de produits seront disponibles en démonstration et à la vente. Marie du Chastel évoque deux des projets exposés et qui résument finalement la raison d’être du Market : « Cubetto est peut être lun des projets les plus représentatifs. Destiné aux enfants, ce projet soutenu par des milliers de personnes sur Kickstarter, permet de manipuler basiquement un langage de programmation, de jongler avec les algorithmes, de jouer avec le debbugging. Spector est un autre projet qui pour le moment na pas de business modèle car toujours à l’état de prototype. Loutil offre la possibilité dextraire une typographie dun livre ou dune affiche cest un peu loutil pipette de photoshop, en réel. ».


gauche: Cubetto     droite: Spector

Plusieurs instruments seront également appréciés des amateurs de musique électronique comme Clay Music Live qui transforme un smartphone en interface gestuelle musicale ; XOXX Composer, sorte de boite à musique et qui permet, à partir d’aimant, de composer intuitivement ; ou Oval un instrument à percussions nouvelle génération connecté à une application.

Les visiteurs qui ne seront pas rassasiés par tous ces événements, pourront également ajouter à leurs agendas les KIKK parties et les KIKK awards. L’annonce d’un tel programme promet donc une édition ambitieuse !
 


KIKK Festival 2016 - Teaser from KIKK Festival

Kikk Festival de Namur
3 & 4 novembre 2016

www.KIKK.be
 

Rédaction Adrien Cornelissen
 

Digitalarti Media est heureux de compter parmi les partenaires du KIKK Festival

 

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