European Lab et Nuits Sonores s'exportent en Corée

Nuits Sonores Corée
 

Fidèle aux valeurs d’échanges culturels qui sont les siennes, Nuits Sonores de Lyon et son pendant prospectif, le « think tank » European Lab, ont eu la chance de présenter la créativité lyonnaise (et plus généralement, française) en matière de musique actuelle mais également d’industries créatives, de pratiques numériques et d’innovation. Cela se passait à Séoul en Corée en décembre dernier, dans le cadre de la clôture de l'année France-Corée 2015-2016, et faisait suite à l’invitation aux Nuits Sonores et à l’European Lab, d’une vingtaine de groupes et représentants de la culture coréenne par Arty Farty en juin dernier.

Lyon est ville de créativité numérique depuis de longues années déjà. On ne présente plus le Mirage festival, la manifestation « arts et innovation » annuelle (dont la prochaine édition approche, on en reparlera), ni les différentes initiatives du Grand Lyon en matière de soutien à la créativité et à l’expertise dans ce domaine. L’émergence du projet « Lyon French Tech » de la Halle Girard (drivé en partie par Arty Farty), mis en lumière dans les médias dernièrement, s’impose comme le dernier exemple en date du dynamisme de la cité en la matière. Au-delà - et en amont - de cet évènement largement relayé, on trouve à Lyon de nombreuses structures, associations, incubateurs, labos, agences et studios qui toutes participent de la diversité de la métropole en matière de pratiques numériques. Avec une particularité qui la différencie peut-être de la capitale, celle d’une identification plus immédiate de ses acteurs locaux, ainsi qu’une circulation plus efficace de la communication au cœur de ce secteur. Si des différences existent évidemment toujours entre les structures d’accompagnement artistiques (associations, festivals et collectifs) et les représentants des industries créatives (start-up, entreprises et agences du secteur événementiel), des rencontres comme l’European Lab Séoul, tendent à resserrer les liens d’un tissu économique et artistique en constante mutation. Une évolution vers la transversalité qu’une série de conférences de l’European Lab mettaient en lumière à Séoul le 16 décembre 2016.
 

Représentation de l’expérience culturelle 2.0. 

Parler de collaboration et de transversalité dans un monde toujours plus compétitif (et la Corée l’est, compétitive, à tous les niveaux) n’est pas forcément évident. Parmi les grands thèmes abordés au cours de ces rencontres European Lab Séoul, celui de l’expérience culturelle, transfigurée et « augmentée » par les outils numériques, était au cœur des réflexions.
 

 Pour débattre de ce sujet et présenter leurs projets, Arty Farty avait réuni un pôle d’excellence lyonnais en matière de créations et dispositifs numériques. Etaient présents Kimchi and Chips (Mimi Soon et l’anglais Elliot Woods) et Binna Choi, pour la Corée, et Martial Geoffre-Rouland, designer interactif, créateur du studio Screen-Club, Christophe Monnet d’Erasme – Living Lab de la Métropole de Lyon (co-fondateur du dispositif Museomix), Jean-Emmanuel Rosnet, fondateur avec Simon Parlange et directeur artistique du Mirage Festival, David-Alexandre CHANEL, co-fondateur de THÉORIZ Studio, artiste, ingénieur et entrepreneur, Gauthier Roussilhe et Oscar Mantilla du Studio Flair et Pierre Amoudruz, artiste et directeur artistique de l'AADN.

Le but de cette première rencontre fut principalement de présenter aux acteurs coréens, les profondes transformations produites par l’usage généralisé de la technologie dans tous les domaines de la création : du spectacle vivant (danse, théâtre, spectacle de rue) aux musiques actuelles, en passant par les nouvelles scénographies des espaces de rassemblement culturel (festivals, clubs, etc.), mais aussi l’architecture et le design. Les participants démontrant, parfois au grand étonnement d’un public coréen pas forcément féru de détournement et de créativité technologique, comment l’expérience culturelle du 21ième siècle est clairement enrichie par l’arrivée et l’usage des nouvelles technologies immersives, interactives, participatives et génératives.

Le boom des industries créatives et des nouveaux modèles économiques

Autre sujet traité ce même jour, l’avènement d’une nouvelle branche de l’économie, ou plutôt le développement accéléré d’un secteur déjà existant, celui des industries créatives.  A l’heure où des marques comme Facebook, Amazon, Google ou Twitter   rassemblent plus de personnes que des continents entiers, il est intéressant de questionner les rapports qu’entretiennent les créatifs et l’industrie du loisir, de l’évènementiel et de l’Entertainment. Les intervenants purent ainsi présenter un nouveau modèle économique qui voit des artistes utiliser des technologies de pointe et collaborer avec des ingénieurs, des architectes, des designers. Mieux, le secteur de la création produit aujourd’hui des œuvres qui ne se limitent plus à la sphère culturelle (musées d’art contemporain, festivals, etc.) mais se retrouvent souvent d’usage public, sur nos smartphone, nos tablettes, nos ordinateurs ou nos téléviseurs numériques. L’occasion d’insister également sur le besoin de production de contenu des acteurs de l’économie mondiale, qui permet le développement d’une nouvelle classe d’artistes et de travailleurs, concentrée autour de ce terme d’ «industries créatives », et se développant en tant qu’intermédiaires indispensables entre la rue, ses usages, ses valeurs, ses engouements, et les entreprises.

Accès à la culture, nouveau modèle économique et nouveau modèle de société

Pour autant, l’évolution « commerciale » de ce secteur de la culture n’exclut pas la recherche de modèles éthiques, solidaires et démocratiques. Les intervenants sur place ont également montré comment le partage, la collaboration, la participation, la formation et l’échange au cœur de la révolution numérique en cours ont également permis l’avènement d’une culture « libre » - et d’une culture « du libre » - propice à l’émergence de modes de fonctionnement entièrement repensés, innovants, transparents, transversaux, horizontaux et accessibles à tous. En prônant l’utopie d’une nouvelle économie basée sur le partage (de compétences, de ressources), la création de monnaies alternatives et le soutien à la collaboration, de nombreuses structures lyonnaises, comme l’AADN ou ERASME, proposent en effet des démarches créatives et participatives, appliquant les principes de l’auto-formation, du métissage de compétences, de la mutualisation des savoirs.

Smart City, Digital City, Big Data

European lab corée du sud

Autre sujet abordé par les intervenants de cet European Lab Séoul, la gestion des villes, de plus en plus tentaculaires et de plus en plus surpeuplées, et les nouveaux outils que cela suppose, mais aussi, le rôle de l’humain au sein de cette machinerie complexe. Alors que la plupart des grandes villes internationales se dotent toutes aujourd’hui de bureaux d’études sur le sujet de la ville « intelligente » et de projets autour des « Smart Cities » (et c’est le cas de Séoul), ces thèmes font souvent encore peur. Sur cette seconde partie, il fut question de gestion du mouvement, des flux de communication, de déplacement des foules, en milieu urbain ou ailleurs, et de son impact sur l’imaginaire contemporain. Les artistes présents, conscients de ces problèmes, utilisent parfois les « armes » mêmes de ces technologies pour ironiser et créer des œuvres dénonçant parfois les abus ou mettant le doigt sur les peurs du grand public. « Allons-nous laisser notre existence entre les mains des machines ? ». « Que devient notre libre arbitre dans un monde de plus en plus géré par l’informatique ? » « Qu’en est-il de notre intimité et de notre vie privée ? », « Que deviennent l’emploi ou la création artistique dans un tel monde ? » sont quelques unes des grandes questions qui animent aujourd’hui – et pour un moment – le débat public.

High tech vs Low tech

Juste retour de bâton d’un engouement parfois démesuré des décideurs pour les nouvelles technologies, les artistes et les citoyens désirent reprendre la main sur leur existence et leur création, réinventer un imaginaire low tech et soumettre les machines à leur volonté. Les questions de ce deuxième fil de présentations abordaient la façon dont, à travers quelques œuvres singulières (comme le Testament Blockchain du Studio Flair) certains artistes reprennent leurs vies en main dans une société sur-informatisée et sur-connectée. La question de l’humain derrière la machine de l’intitulé de cette partie des interventions European Lab « High Tech, Low Tech dans la mégacité : L’homme est-il toujours derrière la machine », était également l’occasion de présenter des projets innovants, comme le dispositif Museomix, par Christophe Monnet (également représentant de l’URBANlab d’Erasme à l’origine d’une autre expérience participative et citoyenne : « Jouez la ville », avec comme mot d’ordre « la ville comme terrain de jeu ») qui prône un réinvestissement de l’acteur public dans les institutions culturelles et la vie de la Cité.

France – Corée, les Nuits Sonores jouent les prolongations

nuits sonores seoul

Accompagnées de nuits, forcément sonores (et assez folles), au cours desquelles on a pu voir s’exprimer le duo Zombie Zombie (Etienne Jaumet et Cosmic Neuman), mais également la jeune pousse française Bambounou, le groupe Cheveu, le krautrocker Turzi ou encore le DJ lyonnais Sacha Mambo, réunis avec des musiciens et DJ locaux (Unjin, Yamagata Tweakster, Wedance, ODD J, Marcus L, DJ Soulscape, etc.) dans les lieux emblématiques de la nuit coréenne que sont le Cakeshop, le Venue, Le Faust (énorme) ou le Stump (pour une clôture épique de ces Nuits Asiatiques), ces deux jours de rencontres pluri et interculturels marquaient en beauté la fin d’une année France – Corée. Pourtant, il a soufflé sur le tout dernier jour comme un vent de renouveau. Et avant d’être une fin, beaucoup ont envisagé ce premier voyage comme le début d’une belle aventure. A suivre donc… 

Maxence Grugier
 

Photo © Stillm Fortyfive – à Seoul, South Korea.

 

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