Julien Levesque, le réseau en perspective

Depuis bientôt 10 ans, Julien Levesque ausculte les pratiques du réseau. De ses observations naissent des œuvres qui empruntent leurs formes au répertoire classique du portrait, du paysage et de l'objet et donnent au Web une physicalité et une temporalité qui en change les perspectives. Jusqu'au 3 juin 2015, trois de ses pièces sont visibles au 60ème Salon de Montrouge, significatives de ses préoccupations techno-sociologiques et esthétiques.

Paysage


Capture d'écran d'un détail du paysage #1 de Books Scapes, 2012. Courtesy de l'artiste.

Les trois tableaux de la série Books Scapes montrent des îlots de paysages surréalistes flottant au centre de feuilles épaisses et granuleuses de format horizontal. Lorsqu'on s'approche, on distingue une multitude de petites images d'origines diverses, dessins et gravures de facture ancienne. Elles sont extraites de livres libres de droit et distribués sur Internet. Les différents points de vue, colorimétries et échelles, ainsi que les bords droits apparents, soulignent leur statut de fragments sauvés de l'oubli pour composer des paysages imaginaires. Il existe aussi une version en ligne qui permet, en cliquant sur chacune des image, de retrouver les livres dont elles sont issues. On peut y voir une parabole du réseau, à la fois simple d'accès et constitué de milliers d'informations et d'actions, la vision parcellaire que nous avons de cet univers de connexions tentaculaires.

Portrait


Zénith, de Julien Levesque, en collaboration avec Aurélien Fache, 2015. Photo Sarah Taurinya.

Cinq cadres verticaux, leurs bords supérieurs alignés en horizon, cinq portraits de personnes différentes, ou plutôt cinq figures de leurs déplacements géolocalisés. Les coordonnées entrées dans Google Street View se traduisent en images dont l'artiste ne garde que le ciel surplombant l'espace visité. Le mouvement du sujet les multiplie à la cadence d'une image par minute, une ligne par heure. La trajectoire se transforme en pixels, nuances de blanc, bleu et noir, abstraction informatique.

En intégrant la notion de temps, ces portraits au "Zénith" sont plus ceux d'une expérience que d'un sujet. Ils collectent des données pour créer l'instantané d'un moment, identité parcellaire et mouvante de nos doubles virtuels.

Objet


Requiem, de Julien Levesque, en collaboration avec Aurélien Fache, 2015. Photo Sarah Taurinya.

Sur un socle, un ancien xylophone en bois est posé tel un readymade. Tout à coup, il s'anime comme par magie (la technologie est invisible), les douze mailloches frappent les lames et font résonner une petite mélodie cristalline. Silence.
Julien Levesque détourne depuis longtemps l'idée d'objet connecté. C'est notamment la marque de fabrique du collectif "We love the net" auquel il appartient. Ici l'instrument réagit en temps réel au mot "requiem" lorsqu'il apparait dans un tweet, alors traduit en notes interprétées par le vieil instrument. Une musique éphémère pour un message rapidement voué à la disparition, ritournelle plus nostalgique que dramatique par ses sonorités et l'objet ludique qui appelle l'enfance.


Les œuvres de Julien Levesque exposées au 60e Salon de Montrouge, 2015. Photo Sarah Taurinya.

Julien Levesque crée des traces de l'activité du réseau Internet, les matérialise, et ce faisant, il y introduit une échelle humaine du temps et de la mémoire. Il investit le Web 2.0 de sa culture et de son imaginaire, le saisit comme un outil à utiliser et non à subir.

Exposition au 60ème Salon de Montrouge
Jusqu'au 3 juin 2015

www.salondemontrouge.fr
 

Sarah Taurinya

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