Hybridation Anthropologique au Cube

Du 10 au 12 mars, les arts numériques et l’anthropologie se rencontrent au Cube pour trois jours d’explorations multidisciplinaires et d’expériences participatives ouvertes à tous. L’occasion de tisser de nouvelles formes de représentation du monde réel et de son imaginaire.

Le Cube d’Issy-les-Moulineaux n’aura décidément jamais autant mérité son label de lieu défricheur des nouvelles corrélations culturelles tournant autour de la création numérique.

Avec la quatrième édition d’Anthropologies Numériques, c’est le champ de l’anthropologie qui s’ouvre aux pratiques numériques en se réappropriant les outils et surtout les process créatif de la discipline (interaction, participation du public), dans une mise en perspective transdisciplinaire tout aussi propice au rôle de passeur qu’entendent endosser les deux préfigurateurs de la manifestation, les anthropologues Nadine Wanono et Jacques Lombard.

Nouvelles écritures anthropologiques

L’enjeu porté par Anthropologies Numériques se connecte en effet avec une notion d’hybridation particulièrement de mise dans la création numérique, derrière notamment ces nouvelles écritures technologiques qu’inventent les artistes et qui questionnent à leur façon le monde dans lequel nous vivons.

« Les sciences sociales et surtout l’anthropologie s’intéressent depuis toujours aux relations interpersonnelles des populations, dans les expressions les plus diverses de leur vie », explique Jacques Lombard, directeur de recherche honoraire à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) et cinéaste. « Dans ce contexte, nous sommes amenés en tant que chercheurs à nous intéresser à l’imaginaire et à sa représentation. Il y a donc un véritable sens pour nous à essayer de relier l’expression de l’imaginaire des artistes, qui se coagule dans leur œuvre, aux expériences menées dans leur recherche par des anthropologues. Très concrètement, par leurs pratiques nouvelles, les artistes numériques nous permettent d’aller plus loin dans les mises en forme de nouvelles représentations du monde et de ce que les gens vivent. La question est de savoir en quoi les outils du numérique peuvent nous aider à améliorer la recherche, l’analyse et l’expressivité dans le domaine des sciences sociales. Comment nous pouvons nous enrichir de l’expérience des artistes dans nos propres questions d’anthropologues. »


Amexica Skin, Installation multimédia interactive de Sylvie Marchand/Giga Circus ©photo

Mémoire et frontières

Nouvel axe d’une réflexion art/science de plus en plus fournie, essaimant à la croisée des chemins disciplinaires, Anthropologies Numériques propose également dans sa programmation - mêlant projections de films, rencontres/débats, installations - plusieurs clins d’œil à des thématiques récurrentes des arts numériques : les questions de frontières, transparaissant à travers le dispositif Amexica Skin de Sylvie Marchand/GigaCircus et le carnet de voyage numérique 3D E-Migrations de Karen Guillorel et Yann Minh - qui sera « consultable » via des lunettes de réalité virtuelle Oculus Rift - ; et le travail de mémoire, que perceront les intrigantes Cross Patterns de Barbara Palomino Ruiz et le projet audio Kabusha Radio Remix de Debra Vidali et Kwame Philips. « Les questions de cartographie et de mémoire reflètent les préoccupations de la société actuelle », entérine Nadine Wanono, chercheuse à l’IMAF (Institut des Mondes Africains) du CNRS. « Mais le plus important est sans doute le processus, la démarche que mettent en place les artistes pour parvenir aux nouvelles représentations qu’ils proposent. »

E-Migrations est une expérience immersive où, avec une wiimote et un casque de réalité virtuelle, le spectateur déambule dans un univers fantastique d’arbres à lettres et à livres parmi lesquels apparaissent dessins de voyage et des vidéos retraçant le périple des E-troubadours.

Cette année, le corps et la notion également très numérique d’interaction physique qui l’accompagne seront aussi de mise. Les interventions performatives de la compagnie chorégraphique Passe-Velours entreront ainsi en résonance avec certaines projections filmiques. Mais attendez-vous également à être sollicité en tant que spectateur ! « La manifestation est un processus en soi », résume Nadine Wanono. « L’an passé, nous avions créé des espaces sonores en demandant au public de mimer une migration à travers le son qu’il entendait. Il y a un côté alchimique auquel nous voulons encore plus convier tous les participants. »


Cross Patterns, Barbara Palomino Ruiz

Une nouvelle génération d’artistes/chercheurs

Mais par sa nouvelle lecture des sciences sociales, Anthropologies Numériques consacre surtout l’avènement d’une nouvelle forme d’artistes-chercheurs, des anthropologues numériques tout à fait dans la trame de cette hybridation formelle. Les pièces Amexica Skin de Sylvie Marchand et Cross Patterns de Barbara Palomino Ruiz en sont l’expression consacrée. « Amexica Skin est la concrétisation d’un travail de terrain mené à la frontière américano/mexicaine par l’artiste/anthropologue Sylvie Marchand », détaille Nadine Wanono. « Elle a essayé de rendre compte de cette perméabilité en s’inspirant du principe du ruban de Möbius, exprimant le fait d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur d’une frontière qu’elle nous invite donc à parcourir. Elle nous expliquera pourquoi elle a choisi cette approche formelle pour exprimer l’analyse de ses données. »


transposition de l'installation Amexica Skin en DVD vidéo

La pièce Cross Patterns de Barbara Palomino Ruiz, passée par Le Fresnoy mais ayant aussi une formation d’anthropologue, s’inscrit encore dans un curieux dialogue audio-matériel. « Cross Patterns est la représentation de chants indiens sous la forme de trames visuelles tissées [en l’occurrence de la tribu amazonienne des Shipibos-Conibos]. C’est une représentation subjective mais matérielle d’éléments de registres sonores dont elle va nous expliquer le processus. »


Cross Patterns, Barbara Palomino Ruiz

Cette explication des processus s’avère d’ailleurs essentielle, car il s’agit aussi de préparer les futurs chercheurs en sciences sociales, ceux qui manient déjà les outils du numérique et qui seront les anthropologues de demain - la rencontre est à ce titre placée cette année sous le signe d’une collaboration originale avec le master en anthropologie des médias et des arts visuels de l’université libre de Berlin. « Pas mal d’étudiants sont à la recherche de cette double identité [anthropologie et numérique] afin de mieux rendre compte de la réalité du terrain », confirme Nadine Wanono. « On a trop longtemps enfermé les étudiants dans des théories et des courants. Ils veulent trouver de nouvelles expressions. Notre volonté est de parvenir à ouvrir l’imaginaire et à sortir du dogme pour arriver à créer d’autres formes de narrativité. Il est important que tout le monde puisse se rendre compte que le réel mérite d’autres formes de représentation. »

 

Laurent Catala

photo titre: « These objects, those memories » de Roger Horn
 

VIDEO


Installation numérique E-migrations from Karen Guillorel

Barbara PALOMINO > "CROSS PATTERNS: PATHS TO BE ABLE TO RETURN" from Le Fresnoy on Vimeo.

Anthropologies Numériques #4, du 10 au 12 mars au Cube, Issy-les-Moulineaux
www.lecube.com

HORAIRES : 
Jeudi 10 et vendredi 11 mars  17h - 22h - samedi 12 mars 2016 14h - 17h

TARIFS : 
Gratuit - sur réservation

MOYENS D'ACCÈS : 
Le Cube, centre de création numérique 20 cours Saint-Vincent / 92130 Issy-les-Moulineaux / / www.lecube.com / Accès : Tram T2 - Les Moulineaux.

 

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