Festival Bruits Blancs: White Light White Noise

festival Bruits Blancs

La sixième édition du festival Bruits Blancs se déroulera à Arcueil (Anis Gras, le lieu de l’autre) du 23 au 26 novembre 2016, et à Toulouse le 10 décembre prochain. Fondé par le musicien, performer Franck Vigroux et Michel Simonot, écrivain, metteur en scène, sociologue de la culture, cet évènement à part dans le paysage des festivals transdisciplinaires français (et européens) offre un espace d’expression aux musiques et performances audio-visuelles hors-mode et à la littérature du hors-champs. Un temps exploratoire bienvenu dans le cadre de plus en plus formaté des productions culturelles actuelles.

Musiques acousmatiques, expériences électroniques, improvisation, performances mais aussi interprétations, sonores et visuelles, de textes d’auteurs contemporains, temps de rencontre entre artistes « numériques », écrivains, musiciens, le festival Bruits Blancs s’impose comme un événement ouvert à toutes les formes d’expressions nées des nouvelles technologies et du numérique, tout en s’inscrivant dans la durée et l’héritage de ce que l’on appelait, fut un temps, l’avant-garde. Rencontre avec les fondateurs d’une manifestation dont la singularité et la personnalité s’exprime jusque dans son intitulé : « Formes audiovisuelles, musiques exploratoires, littérature, poésie ».
 

Tout d’abord, le sous-titre du festival interpelle : « Formes audiovisuelles, musiques exploratoires, littérature, poésie. », ça n’est pas banal ! Surtout la mention « poésie »… Bruits Blancs explore donc l’aspect musicale, visuel, mais également littéraire de la création contemporaine ?

Franck Vigroux : Oui, c’est ça. Il faut voir le festival comme un coup de main de plus offert aux auteurs. Cette catégorie d’artistes qui en a bien besoin, qui travaille dur, et sur le long terme, qui ose explorer des formes originales, tout en reconnaissant leurs pairs, ceux qui ont avancé des idées et expérimenté des thèmes, des usages technologiques, différents et inédits, avant eux.

Michel Simonot : L’idée avec Bruits Blancs, était de créer un espace de croisement et de rencontre, du langage. Des différents langages : le langage musical, la littérature et les mots, le langage visuel, l’image. Ce n’est pas vraiment nouveau, c’est même quelque chose de très ancien finalement, et cela semble aujourd’hui original, alors qu’en vérité, nous sommes les descendants d’une très ancienne tradition, peut-être un peu oubliée.

Franck Vigroux tempest
franck vigroux-antoine schmitt : tempest 

On peut le comprendre quand on sait que le festival est crée en 2010 par le compositeur et performer, Franck Vigroux et vous Michel Simonot, qui êtes écrivain, dramaturge… quelle est la genèse de cette rencontre ?

Franck Vigroux : En 2009, Michel m’a invité à travailler sur Septembres, un texte de Philippe Malone, pour lequel il faisait la mise en scène. Il s’agissait d’une forme hybride de théâtre musical, avec un comédien, Jean-Marc Bourg, et moi comme intervenant musicien. Cela a été notre première rencontre. Depuis je travaille beaucoup sur ce type de formes exploratoires, sur des textes de Heiner Müller, Philippe Malone, ou sur des performances mêlant l’imaginaire de la littérature, l’image et la musique. Avec Antoine Schmitt sur « Nous Autres ? » ou « Tempest », par exemple, ou avec Marc Ducret, pour « Un sang d’encre », qui se situe quelque part entre le concert et le récit radiophonique, et fait appel à des textes de Perrault, Franz Kafka, Shakespeare, Mickaël Gluck ou Francis Ponge.

Michel Simonot : Pour ma part, j’ai découvert cette scène artistique récemment. Je ne connaissais pas du tout, et j’ai découvert une véritable famille musicale. Ce qui est intéressant ici, c’est que c’est toute une dramaturgie sonore et visuelle qui vient en appui du texte. Ici, texte, sons, images, tout est tissé ensemble. Il s’invente quelque chose sur scène, quelque chose de vivant et de neuf. Je pense que nous avions bien besoin d’autres façons d’aborder la mise en scène et la création aujourd’hui. Le festival Bruits Blancs se propose justement d’ouvrir une espace de rencontre entre ces différentes disciplines, ces rencontres qui donnent naissance à des formes inattendues, inédites, qui sortent du formatage.
 

Floy Krouchi
Floy Krouchi

Une autre chose évidente à la lecture du programme de cette sixième édition c’est le souci de parité. Sur la prochaine édition, une journée est consacrée à des artistes masculins, la seconde à des artistes féminins et la troisième est mixte, avec des collaborations… C’est important dans un univers qui peu apparaitre comme souvent majoritairement masculin ?

Franck Vigroux : Oui, c’est vrai. Ce que l’on peut appeler les musiques « expérimentales » sont principalement représentées par des hommes. On peut le regretter, et oui, c’est important d’offrir un espace de diffusion à la création féminine qui existe bel et bien, évidemment. Pour autant, la façon dont cela s’est agencé dans la programmation du festival est un pur hasard. Nous n’y avons pas pensé en termes de parité, c’est venu naturellement. On ne s’étonne pas de voir des festivals essentiellement proposer des artistes masculins ! Pourquoi devrions-nous nous étonner d’y voir des artistes féminins ? En l’occurrence nous sommes ravis et fiers de recevoir Floy Krouchi, et son interprétation unique de la musique indienne de la  Rudra Veena, mais aussi Clara de Asís, Annabelle Playe, les écrivains et dramaturges Claudine Galea et Dominique Maurizi, à part égal avec leurs collègues masculins, Christian Zanesi, Marc Perrin, Charles Robinson, Antoine Schmitt ou Arnaud Rivière pour ne citer qu’eux.
 

La plupart des artistes présents sont engagés depuis des années dans la voie de l’expérimentation, et même, pourrait-on dire, de l’expérience. Peut-on parler de « festival laboratoire » ?

Franck Vigroux : Personnellement je ne vois pas cela comme ça. Je ne considère pas ce que je fais comme « expérimental ». Je fais ce qui m’intéresse et surtout je pense que je poursuis, humblement, les travaux entamés par mes pairs dans l’histoire de la musique. J’essai même d’éviter d’être expérimental. Bien sur, si l’on considère les médias de masse et les grosses productions commerciales, ce que je fais et ce que font beaucoup d’artistes avec qui je collabore, peut sembler étrange, non-commerciale et marginal. Souvent, nous nous produisons dans de petites salles, ou des festivals avec des jauges modestes. C’est ce que les gens voient. En vérité c’est bien plus simple que ça, nous travaillons tous les jours, nous créons, parce que c’est notre métier. Nous marchons sur les traces d’auteurs, qui ont osé braver le goût général avant nous, qui ont eux aussi, proposé des choses plus originales.

Michel Simonot : Aujourd’hui c’est important de présenter un évènement comme un « laboratoire ». C’est une plus value, c’est à la mode si l’on peut dire. Le terme peut donc sembler agaçant. Pourtant il y a vraiment quelque chose de cet ordre dans le travail des artistes présents à Bruits Blancs. Le laboratoire pour eux, et pour nous, c’est la banalité du travail au quotidien en fait. Ces expériences, ces croisements entre musique écrite et écriture, entre mise en scène, visuels, images et sons, c’est vieux comme le monde. Le théâtre grec utilisait déjà ces formes. Alors oui, peut-être en effet Bruits Blancs peut être envisagé comme cela, un laboratoire, mais c’est toute la création qui est, ou devrait être, un constant travail de recherche, d’expérimentation de nouvelles formes, de rencontres.
 

On pense également, avec l’intitulé du festival, au mythe du bruit blanc, cette « baleine blanche » de l’histoire de la musique. Une esthétique que l’on retrouve dans tous les courants de la musique, du rock (avec le Velvet Underground par exemple) à la techno. Le bruit blanc c’est aussi le produit d’une friction, de grincements, de frottement…

Franck Vigroux : Oui, voilà, tu as tout dit (rire).

Nicolas Maigret
Nicolas Maigret, A.I.Q TESTS

Il faut souligner l’importance de l’image également dans le choix de la direction artistique du festival…

Franck Vigroux : Bien sur, c’est aussi le but du festival, mélanger les genres et les disciplines. Bruits Blancs est un évènement ouvert. Nous sommes des auteurs, des artistes, nous avons des intuitions et nous essayons de suivre des pistes. Bruits Blancs propose beaucoup de performances. C’est une forme artistique qui porte en elle une part d’imperfection, d’exploration. Du coup nous pouvons présenter plusieurs fois une pièce sans pour autant nous répéter. Et puis il y a une fidélité au sein du festival. Des artistes visuels qui reviennent à chaque édition. C’est le cas d’Antoine Schmitt, avec qui je travail depuis longtemps. « Tempest » par exemple, était différent la première année où nous l’avons présenté. Il y a aussi Nicolas Maigret qui vient montrer la première partie d’une nouvelle performance, A.I.Q TESTS qui détourne les innovations charnières dans le domaine de l’intelligence artificielle, et qui reviendra peut-être l’an prochain pour la suite.

Michel Simonot : Comme je le disais nous ouvrons un espace des possibles où se fait la confrontation des langages et des genres. Un lieu qui offre une voie d’exploration propre à chacun, singulière, susceptible d’ouvrir sur une aventure, des collaborations inattendues, voire inespérées. Parfois ! 
 

Bruits Blancs est aussi un temps de confrontation donc, de transdisciplinarité, entre mots et images, concerts et performances…

Franck Vigroux : Forcément, nous proposons des soirées dédiées aux musiques exploratoires, aux formes audio-visuelles traitées de manières personnelles et singulières par des artistes qui ont un vrai univers. Il s’instaure donc un dialogue. Mais c’est naturel, c’est quelque chose qui a toujours été là. Toute forme artistique est obligée de dialoguer avec l’histoire des autres arts, et les différentes disciplines dialoguent entre elles.

Michel Simonot : Nous ne sommes pas dogmatiques, surtout pas. Il y a une exigence de travail avec les personnes que nous invitons. Nous évoluons sur le long terme et essayons de proposer un rendu, inattendu, ou « neuf », si l’on peut dire. Des auteurs comme Charles Robinson ou Laurent Gaudé ont ouvert la voie en littérature. Ce sont des auteurs importants, qui ont une exigence, celle de s’inscrire dans une démarche forte, de ne pas se laisser distraire par les « tendances » et de créer quelque chose de différent. C’est aussi tout le propos de Bruits Blancs.

Franck Vigroux : Edgar Varèse disait : «Je ne suis pas à l’avant-garde, ce sont les autres qui sont en retard». (rire)

Propos recueillis par Maxence Grugier

Festival Bruits Blancs
23-26 Novembre + 10 Décembre 2016

 bruitsblancs.fr  | page FB

Festival Bruits Blancs

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