[Exposition] La Maison Populaire de Montreuil revisite la place du numérique dans l'Art

La Maison Populaire de Montreuil vient d’ouvrir sa nouvelle exposition « L’art et le numérique en résonance : 1/3 convergence » qui se déroule jusqu’au 4 avril 2015. Bien connue des Montreuillois pour ses actions pédagogiques et artistiques, la Maison Populaire de Montreuil sélectionne chaque année un commissaire invité pour explorer une thématique en trois volets. Cette année, c’est au tour de Dominique Moulon, professeur, critique et curateur, de développer une réflexion sur l’influence du numérique dans l’art. Ce premier volet propose une sélection d’œuvres dont la diversité des dispositifs témoigne de la richesse formelle et de la profondeur de réflexion de ces artistes des nouveaux médias.


Olia Lialina, Summer, 2013. Courtesy de l’artiste.

Olia Lialina, net artiste de la première heure, se balance en GIF animé de 24 images distribuées par 24 serveurs répartis dans le monde entier. Sa navigation est visible dans la fenêtre où défilent les adresses web au gré de son mouvement. Elle témoigne de la légèreté (ici charmante) avec laquelle nous utilisons les ressources de l’Internet. Dominique Moulon dit de cette œuvre pré-cinématographique qu’elle est « la plus globale qui soit ».


Gwenola Wagon & Stéphane Degoutin, Telepathic Mice, 2014. Crédit photographique : Guillaume Onimus.

Toujours centré sur la toile, mais du côté des machines qui la propulsent, Gwenola Wagon & Stéphane Degoutin construisent un Data Center à échelle 1/5ème. Les Data Centers sont les lieux de stockage des milliards d’informations qui circulent sur les réseaux informatiques. Grands consommateurs d’énergie, ils expriment une matérialité du numérique. Lorsqu’on est face à la boîte, on voit les grandes armoires noires se refléter à l’infini à la lumière d’un neon blafard, ligne de fuite se perdant dans l’obscurité. Dans ce micro-monde froid multiplié par les reflets implacables, on aperçoit sur le sol carrelé blanc des crottes de souris éparses, vestiges d’une présence organique disparue. Sommes-nous les souris de laboratoire d’un monde de machines qui nous dépasse ?


Samuel Bianchini, Keywords, 2011. Courtesy de la galerie ilan engel (Paris) et de l’artiste.

Samuel Bianchini fait dialoguer des programmes informatiques entre eux sur le mode de l’échec. Dérivé du test de Turing qui permet de différencier humain et machine, le Captcha est ce petit programme qui vous demande de reproduire des lettres et des chiffres pour valider, donc, votre humanité. Ici, dans la fenêtre de réponse, un programme s’escrime à répondre correctement sans jamais y parvenir. Son acharnement (programmé) à vouloir être humain, l’accumulation des ses tentatives infructueuses, provoquent une sorte d’empathie. On le plaindrait presque…


Petra CORTRIGHT, Arrows_Krystel_W-Sounds, 2013. Collection Hampus Lindwall (Paris)

Sur un tout autre registre, Petra Cortright crée des animations Flash en mélangeant des économiseurs d’écran. La projection montre une jeune femme aguicheuse qui se montre, se caresse, mange une banane de façon suggestive dans un cadre de nuages artificiels, sorte de paradis bon marché souligné par une nappe sonore lancinante.


Emilie Brout & Maxime Marion, Bliss (La colline verdoyante), 2013. Courtesy de la Galerie 22,48m2 (Paris) et des artistes.

Fond d’écran encore, revisité par Emilie Brout & Maxime Marion qui livrent, sur un tirage lenticulaire, l’image qui sert de fond d’écran à Windows XP (photo prise par Charles O’Rear à Napa Valley en 1995 et image la plus vue au monde) et les détournements qui en ont été fait. Nos déplacements en révèlent les fragments mouvants.

Vous pourrez aussi voir une pièce de Samuel St-Aubin dont nous avons parlé récemment (lire l’article). Un collage grandiose de Du Zhenjun qui présente la ville du futur comme un défilé militaire à grande échelle, les civils réduits au statut de spectateurs. La seule violence représentée se trouve en bas à droite où deux personnes s’empoignent sous le regard impassible des badauds. Le déploiement des forces guerrières en forme de spectacle glace le sang par son potentiel destructeur et l’assentiment béat de la foule. Christa Sommerer & Laurent Mignoneau sondent la valeur de l’art et Marie-Julie Bourgeois fait léviter une pièce en équilibre instable. Tout un programme !

Le prochain épisode  traitera de la ré-émergence des pratiques historiques dans le numérique, le troisième des conséquences.

« L’art et le numérique en résonance : 1/3 convergence »
Du 15 janvier au 4 avril 2015
Maison Populaire de Montreuil

Sarah Taurinya

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