DON FORESTA, Un Américain de Paris…

 

C’est un leurre de vouloir décrire la carrière de Don Foresta en si peu de place, car l’itinéraire de ce diplomate américain devenu l’un des artistes chercheurs majeur de l’art international est une suite incessante de connections à travers le monde, les arts et les sciences.

En effet, ce serait un leurre de vouloir raconter l’aventure de Don, l’histoire de ce jeune homme qui débarque à Paris en juin 1971 pour un poste de conseiller culturel à l’Ambassade Américaine. Heureusement pour nous, loin de l’american way of life, il a pensé "image" et "contemporain". Il a dans ses valises quelques reliefs de la culture underground new-yorkaise de l’époque. Il apporte, en France, de la photographique, du cinéma expérimental et… de la vidéo. 1971 est la grande époque avec le mouvement Fluxus, des artistes qui expérimentent le corps et l’image électronique avec les dérèglements magnétiques, les électro-aimants et LE premier système portable de captation et d’enregistrement vidéo en temps réel enfin à la portée des artistes : le fameux Portapack. Enregistreur vidéo avec lequel Nam June Paik a, quelques années auparavant  et pour la première fois, réalisé une œuvre au cours d’un simple trajet en taxi. 

Alors à Paris, Don Foresta expose au public français non seulement les créations de Paik et des Vasulkas, mais propose aux créateurs français de vivre des expériences de collaboration entre art et la technologie électronique. Pour bien comprendre la vie et le travail de Don Foresta, il faut imaginer que sa carrière est une suite d’aller et retour entre NYC et Paris, entre la France et les US, entre la vieille Europe et le Nouveau Monde, entre les arts et les sciences. Suite d’allers et retours entre le passé et le futur, entre ses racines et ses rêves, entre le pragmatisme US et sa passion pour la vidéo. Des aller et retours géographiques et sémantiques qui ont tracé un réseau de compétences et de connaissances, un réseau de créations et d’innovations. Car Foresta sera tout au long de sa longue carrière (encore en devenir) l’homme qui relie les hommes.

Récapitulons : Don Foresta débarque dans la création il y a plus de 40 ans, par la petite porte, devient un passeur un montreur, un éducateur, un utopiste plongé dans le monde post soixante-huitard parisien. Pris dans le tourbillon de la réaction aux projections qu’il initie et des créateurs qu’il invite à Paris. Foresta se passionne pour ses contemporains plasticiens, danseurs, musiciens, bidouilleurs de l’image, de sons et de leur matière électronique. L’aventure s’arrête pourtant. Retour aux  États-Unis. Mais un come back qui n’est pas régression, car Don Foresta a fait une découverte : il sera artiste. 

En rupture de diplomatie, c’est Nam June Paik qui change sa vie et, au détour d’une bourse Rockefeller, le renvoie en France pour filmer Paris et s’adonner à sa passion pour le film de danse. Foresta réalise Paris à la Carte et, caméra au poing, dresse les premiers jalons de ce qui sera la Vidéo Danse. Avec Karine Saporta, Philippe Découflé, Daniel Larrieu et le laboratoire vidéo qu’il monte de toute pièce à l’École Nationale des Arts Décoratifs, dès 77/78, Foresta invente la Vidéo Danse toute en propageant l’utopie US d’une chaine TV artistique.  Mais c’est un fiasco. Il remarque alors que les artistes n’ont jamais été à la pointe des médias. Que ça soit avec le cinéma, la télévision, ils se sont toujours réveillés trop tard. Alors il faut voir plus loin. Les réseaux (futur web) pointent leur nez et Foresta y voit une opportunité qui ne pourrait (sur la piste de ce qui s’est entretenu pour les arts électroniques) que passer par une collaboration totale entre les artistes et les scientifiques. 

Alors, comme notre jeune diplomate-artiste adore les gens et les rapports entre les gens, le réseau devient vite son terrain de jeu. D’abord par des échanges d’images dès 1981 entre l’American Center, qu’il dirige, et le MIT de Boston. S’en suivent des essais avec le téléphone, le fax, le minitel et le futur web. Commissaire de la Biennale de Venise en 1986, Foresta crée dès 88 le premier laboratoire interactif informatique, mettant en place un réseau international de communication entre plusieurs artistes créant ensemble une "œuvre unique" (concert, toile, performance, spectacle !).

Reliant par le réseau artistes et scientifiques, à travers des événements, des concerts et de multiples créations aujourd’hui devenues historiques, Don Foresta imagine non seulement les notions d’art en réseau mais aussi d’art collaboratif et de transdisciplinarité. Toujours au fait des dernières technologies avec les créateurs et les réseaux, Foresta s’attaque aux réseaux à très haut débit, snobant le web (perdu pour l’art) et crée MARCEL. Ce réseau acronyme est créé en hommage à Duchamp (Marcel), qui fut aussi un grand artiste transatlantique. Ce Multimedia Art Research Centres and Electronic Laboratories (MARCEL) à aussi un nom français : LECRAM (Laboratoires Électroniques et Centres de Recherches en Art Multimédia). C’est une communauté de communautés qui assemble et rassemble artistes et scientifiques du monde entier autour de groupes de travail et de réflexion sur les réseaux et leur utilisation. 

Mais Don Foresta propose aussi avec Marcel TV une mise à disposition d'œuvres des pionniers des arts électroniques aux étudiants et chercheurs. Marcel TV débute, mais reste l’avenir de l’enseignement de ces artistes chercheurs que sont Gary Hill, George Quasha, Benoit Mandelbrot ou Steina et Woody Vasulka… Malheureusement, il est dommage qu’il manque beaucoup d’artistes français dans les programmes de Marcel TV… ces pionniers des arts électroniques européens que Foresta a formé à l’ENSAD, à l’École Nationale d’Art de Cergy Pontoise et lors de toutes ses projections mythiques de l’American Center.

À la question d’une spectatrice lors de l’hommage que lui a rendu la SCAM en février 2012, Don Foresta à bien résumé la situation artistique contemporaine hexagonale avec les nouvelles technologies : en 1979 on avait 20 ans d’avance… et aujourd’hui on a 25 ans de retard ! La faute à qui ? En tous les cas pas à Don, naturalisé Français depuis 1996, et qui continue à tisser sa toile, à construire des passerelles et à diffuser le savoir comme l’art de demain.

 

 Jean-Jacques Gay

Don Foresta > www.donforesta.net

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