Digital Choc 2016: projecteur sur la création franco-japonaise

Du 19 février au 21 mars 2016, Digital Choc revient pour sa 5e édition. Organisateur du festival tokyoïte, l’Institut français du Japon y présente une programmation strictement franco-japonaise. A travers un thème intitulé “futurama”, les artistes invités explorent le futur et interpellent par leurs regards hétéroclites. Ce mélange bi-national et les différences culturelles qui en découlent, rendent l’événement tout particulièrement fascinant.

Digital Choc a le mérite de se positionner au croisement de deux cultures fortement reconnues pour leur créativité dans le champs numérique. Pourtant, s’il existe une réelle admiration des Français pour l’art nippon, peu d’artistes japonais associés à la scène numérique sont encore connus dans l’Hexagone. La réciproque est tout aussi vrai, au point que certaines célébrités nationales, comme 1024 Architecture, peuvent n’avoir quasiment jamais été présentées au Japon. L’Institut français du Japon, à l’initiative du festival Digital Choc, permet une perspective nouvelle sur ces deux pays. Il s’agit ici de créer une passerelle entre quelques uns des artistes les plus prometteurs et de faire rayonner deux cultures numériques incontournables dans divers lieux phares de Tokyo.

Une programmation franco-japonaise

Pour la 5e édition du festival Digital Choc, les artistes, parfois chercheurs ou ingénieurs, présentent des travaux autour de la thématique “futurama”, immense caisse de résonance pour tous nos fantasmes futuristes. Alex Augier et 1024 Architecture seront les têtes d’affiches de l’événement. Le premier, déjà programmé au festival Mapping ou Vision’R, joue oqpo_oooo, un superbe live audiovisuel à l’esthétique minimaliste (décliné en installation avec vVvoxel). Le collectif 1024 présente, avec le dernier volet du triptyque Euphorie-Crise-Recession, les ruines promises à notre civilisation. Leur Walking Cube, sorte de machine organique et absurde, animée par des secousses mécaniques, est également exposée à la Tour Mori dans le cadre du Media Ambition Tokyo.


MEDIA AMBITION TOKYO 2015

Côté japonais, Yoichi Ochiai, chercheur et directeur du laboratoire Digital Nature Group, approfondie ses travaux sur la lumière avec looking glass “time”. Une installation dans la tendance low-tech, où une dizaine de loupes associée à une série d’horloges, projette sur un mur, une nouvelle image du temps, affolé et torturé. Enfin Goh Uozumi invite le visiteur à contempler THE MATRIX project, une monumentale installation vidéo. L’artiste propose un système d’archive chimérique contenant la mémoire de l’homme sur les 1000 prochaines années.


Goh Uozumi,  "Trustless trust"  Production : French Institute of Japan/Zinc/Seconde Nature

Le Prix Digital Choc 2016

Ce dernier artiste, lauréat du Prix Digital Choc 2015, a déjà pu présenter son installation à Marseille lors de Made in Friche suite à une résidence à la Belle de Mai (Zinc / Seconde Nature). Né de la volonté d’inviter des artistes japonais en France, le Prix Digital Choc 2016 s’associe cette fois au festival Scopitone et permettra à un jeune artiste japonais de présenter son travail en septembre prochain à Nantes. L’ouverture des candidatures sera officialisée lors du lancement du festival Digital Choc.

En quelques années seulement, grâce à un projet ambitieux, Digital Choc s’est installé dans le paysage des festivals numériques prometteurs. En offrant une visibilité aux artistes japonais et français, ce festival a su prouver toute sa légitimité. Samson Sylvain, responsable de la programmation de Digital Choc et responsable du service artistique à l’Institut français du Japon de Tokyo, détaille l’action et les enjeux de l’événement :
 

Existe t-il une différence entre la culture numérique japonaise et française ?

“Au Japon il existe une grande perméabilité entre les disciplines. Il y a un regard plus débridé dans la création et les Japonais exploitent pleinement l’outil numérique. Je pense par exemple au collectif Rhizomatiks qui s’intéresse autant aux possibilités techniques qu’aux résultats finaux. En France l’approche est différente. Il y a un regard critique sur les technologies. Il permet d’interroger le médium et donne naissance à des projets dont l’empreinte conceptuelle est assez forte. Ce sont deux esprits différents mais qui sont néanmoins traversés par les mêmes problématiques. A savoir, les liens entretenus entre l’art contemporain et le numérique.”

Pourtant Digital Choc ne présente pas que des oeuvres d’arts numériques...

“Le festival est né en 2012. A l’époque l’idée était de présenter les domaines traversés par le digital. L’une des priorités fut donc de travailler autour des arts numériques mais pas uniquement... Depuis, nous présentons plusieurs disciplines : des installations plastiques, des lives electros, des jeux vidéos où même de la bande dessinée (voir dossier) comme se fut le cas avec les travaux de Marc-Antoine Mathieu l’an passé. L’objectif primordial est de faire découvrir les créations numériques françaises aux Japonais, et vice versa.”


Report vidéo de Digital Choc 2015 - La Fabrique du Réel (credit: Eve Garnier)

Afin de promouvoir ces deux cultures numériques, Digital Choc s’est appuyé sur des festivals reconnus...

“Il était absurde de porter la création numérique française et japonaise sans nous associer à d’autres festivals. Nous avons noué de fructueux partenariats avec des personnalités et des structures reconnus comme par exemple avec le Japan Media Arts Festival, l’une des références internationales en matière de création numérique, le Media Ambition Tokyo ou le AMIT festival (Art, Media & I, Tokyo). Certains de nos artistes programmés sont alors invités pendant ces temps forts pour une performance ou une conférence.”

“futurama” est le fil rouge de la programmation. Pourquoi ce thème ?

“Pour chaque édition le festival reprend une ligne éditoriale précise qui centralise un propos. La première année nous avions évoqué l’identité dans les flux internet en invitant par exemple, le collectif AntiVJ, Gregory Chatonsky ou encore la cie Adrien M / Claire B. Les territoires numériques, les machines ou le réel furent les thématiques des années suivantes. Cette fois nous avons travaillé la programmation autour de “futurama”. Il s’agit d’une allusion à l’une des attractions proposées lors  de l’exposition universelle de New-York en 1939. Cette attraction a nourri tous les fantasmes du retro futurisme et d’une certaine façon de l’avenir de l’humanité. Ce besoin de questionner notre postérité est aujourd’hui une évidence...”
 

Rédaction et propos recueillis Adrien Cornelissen
 

Festival Digital Choc | Site | Page Facebook
Du 19 février au 21 mars 2016
Tokyo

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