Acces)s( #17, expérience sensible des machines

Le festival Acces)s(, don’t la prochaine édition a lieu du 10 octobre au 9 décembre 2017, a confié son commissariat à Christian Delécluse. Artiste, on connait ses installations architecturales et lumineuses, il s'essaie cette fois-ci à la programmation sous le thème "Machines sensibles". Nous l'avons rencontré pour qu'il nous raconte son cheminement.

(image titre : The spleen 2.2, sculpture de Zaven Paré, 2010. Photo DR)

On vous connait en tant qu'artiste, qu'est-ce qui vous a donné envie de candidater à l'appel à projet d'Acces)s( ?

L'année dernière, pour Nuit Blanche, j'ai co-organisé l'exposition de street art Mondes souterrains. Cette première expérience m'a donné envie de poursuivre dans cette voie. Le commissariat permet de réfléchir autrement à des questions que je me pose en tant qu'artiste, de donner un panel de réponses à une même question à travers les différents points de vue développés par les projets artistiques présentés. Quand l'appel à projet est arrivé, je travaillais sur Inner Space et je me demandais en quoi c'était une machine "sensible", quel type de rapports nous entretenons avec ces machines. J'ai effectué des recherches sur le sujet et trouvé des propositions artistiques qui en donnait des visions très diverses, j’ai eu envie de les rassembler dans une exposition que j'ai proposée à Acces)s(.


L’assemblée des objets, installation déambulatoire de Julie Brugier, Filipe Pais, Olivain Porry, 2017. Photo DR.

Qu'est-ce qui a motivé l'appel à projet artistique qui forme le cœur de l'exposition Machines utopiques présentée à la Médiathèque André Labarrère ?

J'ai une casquette d'enseignant et j'ai vu beaucoup de projets étudiants de qualité qui n'étaient pas développés. J'ai donc eu envie d'offrir un cadre à de jeunes artistes, d'expérimenter un format de production particulier au sein duquel on offre un accompagnement qui ne se limite pas à des moyens pratiques mais ouvre sur le théorique, qui soit de l'ordre du développement de la pensée. Dans ce sens, nous avons fait un partenariat avec la Gaîté Lyrique et organisé une semaine en mai 2017 avec des intervenants conférenciers spécialistes qui développaient certaines questions avec la possibilité d'échanger avec les participants. Être présent à Paris a donné un double ancrage à l'événement et a permis une visibilité à l'échelle nationale. Il y a eu aussi une résidence au Bel Ordinaire en juin. Certaines machines ont abouti, d'autres sont présentées à l'état de projet.


CON GRAZIA, performance de Martin Messier & Anne Thériault.
 

L'axe local est important pour Acces)s(, comment l'avez-vous investi ?

Acces)s( n'a pas de lieu propre et négocie donc chaque année des partenariats avec des lieux et des structures d'accueil. Certaines sont historiquement liées comme le Bel Ordinaire qui accueille l'exposition principale. Ces interactions font la richesse du festival. Cette année nous investissons principalement la Médiathèque André Labarrère, avec l'exposition précédemment citée, des conférences et performances. Je pense que sa situation, dans le centre de Pau, peut permettre d'ouvrir à des publics non spécialistes. Nous serons aussi à Espaces Pluriels (spécialisé en théâtre et danse contemporains) pour présenter la performance de Martin Messier et Anne Thériault. Le cinéma Le Méliès accueille des projections : Ikarie XB1 de Jindrich Pol.k et Her de Spike Jonze. La clôture se déroule à la Chapelle des Réparatrices avec une performance de Matthieu Saladin et une sélection musicale Artkillart.


Refunct Modular, installation de Benjamin Gaulon. Photo DR.

Dans l'exposition principale, vous avez choisi de montrer des machines fabriquées par les artistes et non des détournements de machines industrielles. Pouvez-vous nous expliquer ce choix de l'artisanal ?

La question du geste artistique m'intéresse. Il me semble qu'avec des machines artisanales, ce n'est pas seulement la pensée mais aussi le corps de la personne qui l'a fabriquée qui s'incarne vraiment dans l'objet. Un point essentiel aussi est que les artistes ne peuvent pas être dans une posture de fascination par rapport à l'objet qu'ils créent parce qu'ils ne sont pas face à une boîte noire. Les machines sont des artefacts particuliers, elles prolongent et incarnent les intentions de leurs auteurs. Le propos de l'exposition n'est pas une apologie ou une crainte du progrès et des innovations. Ce qui m'intéresse c'est la machine comme miroir des fantasmes, des peurs de la condition humaine.


Panœuptique, installation de Loïc Pantaly, 2014. Photo DR.
 

Pourquoi avez-vous choisi de présenter des machines autonomes plutôt qu'interactives ?

Généralement je trouve que l'interactivité pousse au ludique, cela donne au spectateur l'impression d'être face à un instrument dont il peut jouer, ce qui ne me semble pas pertinent. Mais cela dépend de ce qu'on entend par interactivité. Je suis plus intéressé par une interactivité perceptuelle au sens où l'œuvre est suffisamment ouverte pour que le spectateur projette son imaginaire. Il y a une notion de co-construction du sens de l'œuvre, le spectateur participe à la fabrication de l'œuvre.

L'important est que des formes de dialogues s'installent. Par exemple l'œuvre de Katerina Undo investit une pièce entière. Le corps du spectateur entre dans cet univers de petits modules sensibles à la lumière, il l'investit. Il a une forme d'action sur lui. The spleen 2.2 de Zaven Paré renvoie au corps d'une façon différente, plus anthropomorphique. c'est le corps-machine, tel qu'il est appréhendé par la médecine occidentale. Dans leurs textes de l'Anti-œdipe, Deleuze et Guattari disent des humains qu'ils sont des machines animées par un désir, ce qui nous permet d'échapper à la transcendance et nous ancre dans le réel. Nous sommes soumis aux même lois de la physique que les machines mécaniques. L'installation de Loïc Pantaly figure la mécanique des pensées. Il en présente les rouages, les déductions logiques. La machine se construit avant tout dans un imaginaire. Souvent les plus grandes inventions sont nées de fictions avant d'être réalisées par la science.
 

Propos recueillis par Sarah Taurinya.

Festival Acces)s( #17
Du 10 octobre au 9 décembre 2017 à Pau.

http://acces-s.org
 

festival acces

 

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